Homélie du mercredi des Cendres par Laurent Capart SJ

Cendres 2Homélie rédigée et prononcée par Laurent Capart le 18 février

« Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez- vous réconcilier avec Dieu. » Quelle est belle cette demande de Dieu. Peut-être ne nous sentons-nous pas en brouille avec Dieu, mais malgré tout, l’appel nous concerne et nous invite à soigner nos relations avec les autres, avec Dieu et avec nous-mêmes.

Dans l’évangile, Jésus dit très clairement l’esprit dans lequel nous devons soigner nos relations en vérité : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. » Les actions qu’il cite ensuite ne nous rapprocheront des autres qu’à condition de ne pas les accomplir pour nous faire remarquer, ce qui induirait des comparaisons qui nuisent aux relations au lieu de les rendre meilleures.

Faire l’aumône rapproche des autres quand nous considérons que le meilleur usage que nous pouvons faire de ce que nous avons reçu est de le partager. Nous nous rendons bien compte que ceux qui donnent pour se « donner en spectacle » et « recherchent la gloire qui vient des hommes » ne se rapprochent pas vraiment des autres.

Prier rapproche de Dieu quand nous faisons de nos prières un temps personnel de rencontre avec Dieu à qui nous pouvons nous confier avec nos propres mots ou bien, si nous utilisons des formules, en le faisant comme les enfants qui pour la fête des mères ou des pères, utilisent des mots qui ne sont pas d’eux, mais qu’ils ont appris « par cœur » ou plutôt, pour éviter toute ambiguïté, « avec le cœur » et peu importe, finalement qu’il y ait des hésitations dans la récitation. Prier c’est donc aller à un rendez-vous d’amour avec Dieu où non seulement nous nous exprimons mais où nous nous mettons à son écoute. Cela nous permet, quand il le désire, de l’entendre nous dire personnellement qu’il nous aime et de recevoir les invitations qu’il nous adresse à faire du bien en sa présence. Jésus nous révèle que ce dont Dieu veut nous combler quand nous prions est bien plus précieux et profond que de se montrer en cherchant à attirer les regards sur soi.

Jeûner nous réconcilie avec nous-mêmes quand cela nous permet de prendre conscience que nos besoins ne sont pas seulement matériels.  Comme le dit Jésus dans un autre évangile, « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu. » En jeûnant nous nous fragilisons et nous renonçons à chercher directement des forces dans la nourriture. L’occasion nous est alors donnée d’expérimenter que nous avons encore plus besoin de savoir que Dieu croit en nous et nous aime inconditionnellement que de nourriture. Et nous avons aussi besoin des relations avec les autres. C’est pour cela que Jésus dit : « Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes (…) ». En prenant distance par rapport à la nourriture, il s’agit aussi de lui donner son vrai sens. C’est une illusion de croire qu’il faut d’abord se remplir le ventre avant de pouvoir commencer à aimer. Jésus nous apprend que la nourriture est au service des relations : il demande de nourrir ceux qui ont faim et l’évangile comprend plusieurs repas festifs parce que remplir le ventre des autres ne suffit pas non plus. Il s’agit de faire la fête ensemble et de partager ce qui nous nourrit.

« Déchirez vos cœurs », est-il écrit dans le livre de Joël. Oui, pendant ces quarante jours qui nous séparent de Pâques, déchirons nos cœurs pour qu’ils ne battent pas que pour eux-mêmes et par eux-mêmes, mais en relation avec les cœurs des autres et celui de Dieu.