Homélie du jour de Pâques par Thierry Dobbelstein SJ

Resurrection 02Homélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein le 5 avril

Pâques, fête du passage. Fête de la non-stabilité, de la non-installation. En Egypte, le peuple juif était esclave. C’était pas génial, mais on peut se complaire dans l’esclavage : « Au moins je ne suis pas responsable de ce que je fais, je ne dois pas réfléchir, je ne dois pas me prendre la tête. Je peux me contenter de râler, de rouspéter ». Mais le peuple est passé de l’Egypte à la Terre promise : il a passé la Mer Rouge, il a traversé le désert. Des rouspétances, il est passé à la responsabilité des citoyens libres. Mouvement et transfert, passage et transformation.

C’est particulièrement clair dans ce petit passage d’Evangile, en ce matin de Pâques. Nous pourrions même nous dire frustrés par la teneur de ce récit. Quand on nous parle de résurrection de Jésus d’entre les morts, on aurait pu s’attendre à un récit résonant au son des trompettes. Des anges venant rouler la pierre dans un grand fracas, et le Christ triomphant, sortant fier du tombeau. Sur ce point-là également nous sommes déplacés, remués. Tous les récits de résurrection que nous entendrons dans les deux prochaines semaines, sont d’une grande sobriété ; mais tous insisteront sur le mouvement.

Dès aujourd’hui, une femme part la première et sort dans l’obscurité – comme souvent d’ailleurs elles sont les premières à se mettre en route. Dès qu’elle aperçoit le tombeau ouvert commence une nouvelle discipline olympique : la course-relai mixte. Marie-Madeleine court vers Pierre et Jean. Et ceux-ci prennent le relais : ils se mettent immédiatement en route pour courir. Un vrai jogging des deux apôtres : et sans surprise c’est le plus jeune qui gagne la course ! Mais comme il est plus jeune, et qu’il n’a pas la préséance dans la communauté naissante, il laisse l’aîné passer en premier.

Mouvement de Jean et de Pierre ; un mouvement qui les essouffle ! C’est donc essoufflés qu’ils entrent l’un après l’autre dans le tombeau. Leur course les a préparés à un fameux mouvement intérieur, un fameux passage intérieur : « il voit et il croit ». Jusque là ils n’avaient pas encore compris ce que Jésus avait annoncé ; ils n’étaient pas encore en situation de croire réellement en lui. Et la conclusion : « après cela les disciples s’en retournèrent chez eux ! » A nouveau du mouvement.

Vous êtes-vous déjà demandés où étaient ce « chez eux » ? Ce n’est pas dit, mais c’est facile à deviner : sur la croix Jésus a confié Jean à sa mère, et sa mère à Jean. Et il est dit que Pierre est avec Jean. Or Pierre vient de renier Jésus ; il est donc descendu très bas sur l’échelle de la confiance en soi – il a donc dû errer pendant de nombreuses heures ; puis c’est auprès de Jean et de Marie qu’il s’est retrouvé. La communauté est née, une communauté s’y construit. C’est vers cette communauté embryonnaire que Pierre et Jean retournent. 

A Pâques, on ne s’installe pas, on se laisse remuer, on est en mouvement, on est en passage. Pâques, passage, car Pâques, passage de Jésus. Il n’est pas resté en Galilée, il a sillonné le pays et est monté à Jérusalem ; il ne s’est pas laissé faire roi, il a fui dans la montagne ; finalement il n’est pas resté prisonnier d’un tombeau, prisonnier de la mort, il a été relevé, il est passé à la vie. Et pendant ces apparitions, il y a toujours la désinstallation : « ne me retenez pas, je monte vers le Père ».

Notre foi désinstalle : elle dérange ! mais elle doit aussi nous déranger, nous maintenir en mouvement, en passage. Le lieu du chrétien, c’est la route.

Comment se termine chacune de nos célébrations ? Quelle est la dernière interpellation de nos célébrations ? Aujourd’hui ce sera « alléluia » … que j’essayerai vaille que vaille de chanter correctement. Mais cet alléluia ponctue le « allez dans la paix du Christ ». « Allez ! » C’est bon de venir à l’église, c’est bon de venir prendre des forces, de rompre le pain, de reconnaître Jésus dans le pain. Mais l’église que nous avons nettoyée le samedi saint, lors de la matinée-service, et rendue pimpante pour ce jour de fête n’est pas notre lieu de vie habituel. Allons sur les routes, allons dans nos lieux de vacances, nos lieux de travail, nos lieux de vie… pour dire : « C’est vrai le Christ est ressuscité ». Mouvement, passage, désinstallation. Allez aussi désinstaller !

Aujourd’hui, en cette fête de Pâques, fête du passage, il n’y avait pas trois points, ni même deux, mais un seul : la vocation du chrétien est d’être en mouvement, de se laisser mettre en mouvement, et d’inciter autrui au mouvement, au dynamisme. Le chrétien ne s’installe, pas … il déménage !