Homélie de la Trinité par Louis Piront

Trinite 1Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 31 mai.

Parler de Dieu, c’est vouloir mettre des mots sur l’indéfinissable par excellence … Longtemps, je me suis dit que le mot Trinité n’apportait rien qui concerne ma vie concrète…

Je prenais cela comme une vue de l’esprit qui passionnait sans doute les théologiens, mais me laissait indifférent : je n’avais nullement envie de me passionner  ni de me battre pour des mots …

Par contre, dans l’Evangile, Jésus parle du Père, de son Père et notre Père, il se reconnaît comme fils envoyé par le Père pour révéler son visage. Le Père prend donc visage humain dans son Fils devenu l’un des  nôtres. Mais Jésus nous parle aussi de l’Esprit qu’il va nous envoyer pour nous faire comprendre de l’intérieur ce qu’il nous a dit. Je constate que Jésus est continuellement en contact avec son Père et que l’Esprit ne fera que reprendre ce que Jésus a dit pour nous le redire au fond de notre cœur. On dirait qu’il se passe, entre le Père, le Fils et l’Esprit, quelque chose d’une communion et d’une complicité extraordinaire, telle que je me prends l’envie d’en rêver …

De rêver de diversité dans l’unité et d’unité dans la diversité. Pour nous, ce n’est vraiment pas facile à vivre. De rêver de paternité et de filiation. Là non plus, les choses ne sont pas faciles à vivre. De rêver d’échange, de convivialité. Nous vivons davantage des situations de domination ou de soumission … De rêver de donner, de faire vivre, mais aussi de recevoir, d’être nourri, de redevenir enfant. D’entrer dans un Royaume qui est celui du donner et du recevoir, de ce va-et-vient construisant mon équilibre dans une sorte de mouvement perpétuel.

Je regarde une de ces horloges « à mouvement perpétuel » qui n’arrête jamais le mouvement de va-et-vient et je me dis que toute ma vie se situe là-dedans : donner et recevoir, être père et être fils dans un esprit d’échange qui me garde dans un bel équilibre. Cet équilibre se retrouve parfaitement en Dieu, Père, Fils et Esprit.

Je crois qu’il est important de me découvrir fait à l’image de Dieu et appelé à le devenir tous les jours davantage.

Si je ne vois en moi que ma capacité de donner, d’inventer, de créer, de produire, d’être « père », je finirai par croire que je me suis fait tout seul, que je ne dépens de personne, que je n’ai de compte à rendre à personne.      « je n’ai besoin de personne en Harley Davidson » !!

Si Dieu est unique, dans le sens de monolithique, seul, le danger, tant de fois prouvé par l’histoire et l’actualité, même dans l’histoire de l’Eglise chrétienne,  le danger est de basculer dans l’intolérance, le fanatisme et même la guerre des religions !! …

Si je ne vois en moi que ce qui me manque, si je crois que je ne suis capable de rien, que je suis obligé de tout recevoir et que je n’ai rien à donner, que je ne me sens utile à personne, je vais très vite déprimer, car je ne peux pas supporter de dépendre tout le temps de tout le monde …

Si je réduis ma foi à Jésus seul, dans son humanité, la foi peut se réduire à un programme social en vue de la construction d’une société meilleure, mais enfermée dans des horizons terrestres.

On peut ajouter que si je réduis ma foi à l’Esprit seulement, je peux m’évader dans un monde irréel, commandé par des illusions faussement religieuses et entraînant dans une espèce d’ésotérisme irresponsable…

Un grand philosophe russe, Nicolas BERDIAEV, disait :

« Notre programme social, c’est la Trinité ! »

Reconnaître le Père, c’est reconnaître mes racines, tout ce qui m’a aidé à me construire, que cela vienne de mes parents ou de mon entourage.  Vivre à l’image du Père, c’est répondre à ma vocation de créer, d’être utile, d’apporter ma part dans la construction du monde, être père, donner la vie, la développer.

Reconnaître le Fils, c’est laisser engendrer le Fils en moi, devenir moi-même parole et geste de Dieu dans notre monde tout en restant  en communion avec le Père.

Reconnaître l’Esprit, c’est entrer dans un esprit d’échange, celui qui existe entre le Père et le Fils, un échange que je suis invité à vivre dans les relations avec mes frères les hommes.

Il est frappant de remarquer que le geste de notre main tendue est le même pour donner et pour recevoir ; et nous utilisons l’expression « s’il vous plaît » aussi bien pour offrir que pour demander…

J’ai envie d’ajouter que nous avons introduit, dans notre jargon chrétien,  une expression qui n’a rien de chrétien : « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » : il y a, dans cette expression, davantage une envie de pouvoir qu’une envie d’échange.  Notre vocation de chrétien est d’entrer dans l’échange, dans ce va-et-vient du donner et du recevoir : heureux ceux qui savent recevoir autant que donner : eux seuls entrent vraiment dans la vie trinitaire.