Homélie du dimanche de la Trinité par Laurent Capart SJ

Trinite c l esprit de verite viendraHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 22 mai.

Nous fêtons aujourd’hui la fête de la Sainte Trinité. Il n’y a bien entendu qu’un seul Dieu, mais trois personnes. En effet il y a un seul projet d’amour de Dieu. Les religions qui professent qu’il y a plusieurs dieux présentent des dieux à l’image des hommes : les hommes se disputent et se tuent, par exemple ; les dieux également. Rien de tel dans la foi chrétienne où ce sont les hommes qui sont créés à l’image de Dieu.  

Il y a cependant trois personnes parce que la vie sociale est présente au cœur même de Dieu. Cette réalité, les hommes, créés à l’image de Dieu, ne sont pas invités à la contempler de l’extérieur, mais à l’approfondir parce qu’ils sont appelés à y entrer et à y vivre. Pour ce faire, une réflexion sur la méthode de Monseigneur Joseph Cardijn, fondateur de la « Jeunesse Ouvrière Chrétienne » peut aider. Cette méthode s’articule autour de trois verbes : voir, juger, agir.

Voir : il est possible de comprendre qu’il s’agit de voir ce qui ne fonctionne pas bien, pour y remédier, mais il est aussi possible d’adopter une attitude plus large, centrée sur le projet initial de Dieu, comme nous venons de l’entendre dans le livre des Proverbes où la Sagesse de Dieu s’exprime ainsi en parlant du Seigneur: «(…) quand il établissait les fondements de la terre. Et moi, je grandissais à ses côtés. Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »  Cela semble contradictoire : comment la Sagesse peut-elle trouver ses délices avec les fils des hommes quand la terre, qui est leur lieu de vie n’est pas encore solidement fondée ? Mais la contradiction n’est qu’apparente quand on se rend compte qu’en fait, même aujourd’hui, les fondements de la terre ne sont pas encore définitivement établis. Les cosmologues nous apprennent que notre univers est encore en expansion, les plaques tectoniques ne sont pas stabilisées, plusieurs volcans sont régulièrement en éruption… Il ressort de ceci que la Sagesse nous indique qu’elle n’attend pas que le monde soit stabilisé pour jouer devant le Seigneur et trouver ses délices avec les fils des hommes. Les yeux de ces derniers ne doivent donc pas d’abord se tourner vers les instabilités et les dysfonctionnements du monde, mais vers la Sagesse qui joue et trouve ses délices avec eux.

Juger : l’Évangile est clair, dans d’autres passages que celui entendu aujourd’hui. Il ne s’agit pas de juger des personnes et encore moins de les condamner. En fait il s’agit d’analyser la situation dans le but de déterminer son action et de décider des moyens à mettre en œuvre. Les discours et attitudes de Jésus relatés dans l’Évangile sont éclairants à ce propos, et il les complète en disant : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. » Lui qui dit aussi qu’il est la vérité, ne parle pas de vérité à posséder une fois pour toutes, mais d’être conduit vers la vérité. Comme le monde physique n’est pas achevé, la vérité n’a pas à être atteinte de manière achevée. Il s’agit plutôt de se laisser conduire sur un chemin de vie où les interactions entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint nous attirent et nous accompagnent continuellement.

Agir : pour oser agir, il est fondamental que nous nous sachions aimés inconditionnellement par le Père tout en accueillant Jésus qui s’offre particulièrement à nous à chaque eucharistie. Il s’agit de nous offrir à lui pour qu’il agisse à travers nous. Les autres sacrements, par exemple celui de la réconciliation, de notre histoire personnelle avec Dieu, nous aident dans cette démarche, comme en témoignent ce que Saint Paul écrit aux Romains : « Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » Le chemin qui conduit de la détresse à l’espérance passe par la persévérance et par la vertu éprouvée.        Cette vertu éprouvée n’est pas une perfection morale, mais le signe que même la détresse ne doit pas empêcher de persévérer dans l’amour. C’est pour cela que le mariage chrétien, image de la relation entre la Sainte Trinité et les hommes, est une union d’amour « pour le meilleur et pour le pire ».  L’amour dans lequel nous sommes invités à entrer n’est pas un vague sentiment pour les jours où tout va bien, mais ce don, venant du cœur de la Trinité, qui nous est fait pour que nous le recevions en le partageant avec les autres. L’espérance ne se confond pas avec un optimisme béat qui attendrait que tout se termine bien, mais le fruit de notre persévérance pour que l’amour Trinitaire ait le dernier mot, même dans les situations de détresse.