Homélie du Christ Roi (par Louis Piront)

34 dimanche ordinaire a christ roi 2Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront à l'occasion du 34ème dimanche du temps ordinaire, fête du Christ-Roi

On pourrait se poser beaucoup de questions à propos de cette fête du Christ-Roi….

D’abord : était-ce opportun d’ajouter cette fête au calendrier liturgique ?   Ceux qui ont connu l’action catholique dans toute sa splendeur diront, certes, que cette fête a joué un rôle mobilisateur pour le témoignage des chrétiens dans le milieu dans lequel ils travaillaient : 

chaque milieu de vie avait son action catholique spécialisée : milieu ouvrier, rural, indépendant, étudiant. (Jac,Jec, Jic, Joc, Juc) (toutes les voyelles y sont passées !)

Beaucoup de chrétiens se sont formés au témoignage de l’esprit du Royaume de Dieu à construire, en se servant de la méthode bien connue : voir, juger, agir.Il y avait un aspect qui faisait partie intégrante de cette spiritualité : aspect un peu ambigu d’ailleurs : c’était le militantisme. Un groupement était né de ce militantisme : « la milice du Christ-Roi » avec comme chant phare : « Parle, commande, règne, nous sommes tous à toi ; Jésus étends ton règne, de l’univers sois Roi ». Il y avait un danger, qu’on n’a pas perçu à ce moment, celui du triomphalisme et aussi de l’embrigadement : on a d’ailleurs vu apparaître, à ce moment-là, des mouvements extrémistes (le rexisme) utiliser cette spiritualité, s’appuyer sur cette spiritualité, pour conduire les gens « mobilisés » vers tout autre chose que la construction du  Royaume de Dieu ... C’est que, souvent, les plus grands ennemis du Royaume de Dieu sont à l’intérieur des institutions et aussi des personnes …

Et voilà que le Dieu incarné dans la fragilité et la vulnérabilité, devient, dans la tête de certains, le « Gott mit Uns » qui justifie les pouvoirs qui écrasent, sèment la terreur et veulent étendre leur suprématie dans l’orgueil et la grandeur … Le Dieu de Bethléem, le Roi couronné d’épines sur la croix, devient à nouveau « le dieu des armées » !!!

Cà, c’est insupportable. Pourtant, le but de cette fête était d’ordre spirituel. Personne n’en doute.   Comme quoi, il est temps de rester vigilant pour ne pas dévier, lorsqu’on parle du Royaume de Dieu … Ce Royaume de Dieu nous est présenté par Jésus comme un Royaume de service des plus petits. Un Royaume où on n’écrase pas les pieds des autres, mais où on lave les pieds des autres, en se faisant petits parmi les petits. Un Royaume où le Roi se défait de son manteau royal pour revêtir le tablier de service. Un Royaume où le Roi refuse toute couronne, excepté la couronne d’épines.

Cela veut dire qu’il choisit d’être écrasé plutôt que d’écraser et de rejoindre ainsi tous ceux qui sont au plus bas et les accompagner sur un chemin qui conduit à la vie : un chemin qui n’est pas facile, mais c’est le chemin de la solidarité : on ne s’y sauve pas tout seul … On se sauve en sauvant les autres … On ne peut pas sortir quelqu’un de la boue sans se salir les pieds … On ne peut pas, non plus, sortir quelqu’un de l’eau qui engloutit, sans « se mouiller »…

Il est question aussi d’un Royaume où la vérité ne nous appartient pas … mais où nous avons, chacun, à travailler pour appartenir au monde de la vérité de Dieu … « Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité … » La vérité nous dépossèdera petit à petit de nos illusions de vérité. Le monde est rempli de ces illusions qui nous écartent du chemin de notre accomplissement et de l’accomplissement du Royaume de Dieu. 

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, tournons nos regards vers le Christ en croix en pensant à cette phrase de la Bible (livre de Zacharie) reprise dans l’Evangile de St Jean : «  Ils tourneront leur regard vers celui qu’ils auront transpercé »… Plutôt que de tuer le cœur de Dieu avec nos cœurs de pierre, laissons-nous greffer un cœur de chair, battant au rythme de Dieu, pour que nous devenions capables d’apporter humblement notre part à la construction du Royaume de Dieu sur la terre.