Homélie du 7ème dimanche de Pâques par Thierry Dobbelstein SJ

7 paques ab pere l heure est venueHomélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 17 mai

Nous sommes dans l’« entre-deux », dans une situation intermédiaire entre l’Ascension et la Pentecôte : après l’expérience rassurante de la présence toute proche et sensible de Jésus, et avant l’expérience de l’Esprit Saint. Il faut donc inventer : on sent déjà qu’une nouvelle histoire doit commencer, mais on ne sait pas encore laquelle. 

C’est dans ce contexte qu’on nous raconte le choix de Matthias pour rétablir le nombre symbolique d’apôtres. Douze c’est plus rond, c’est plus symbolique, c’est mieux que onze ; cela correspond aux douze tribus d’Israël.

Comment procéder ? En présence de Jésus, tout était simple : chaque matin, on ne se cassait pas la tête pour savoir où aller, comment faire : on allait où Jésus allait ; on faisait comme Jésus faisait, on se comportait comme il ordonnait de faire. Ainsi pour le choix des apôtres : il est bien souligné que c’est Jésus qui a appelé, choisi et désigné, après avoir prié. Il est aussi raconté combien les disciples et les apôtres pouvaient vite se disputer pour savoir qui était le plus grand, qui était le premier. Cela se passe ainsi dans les familles : on vit ensemble, on se frotte les uns aux autres, parfois il y a des étincelles qui déclenchent des crises de jalousie et des éclats de voix. Mais tant que le père ou la mère de famille est présent, cela se calme rapidement : de par la présence de la maman ou du papa, on se calme, on fait un effort d’unité.

Voici que Jésus n’est plus présent ; comment va-t-on faire pour désigner un apôtre … quelqu’un qui doit participer au rassemblement, à l’unité ? C’est bien délicat.

On tombe d’accord sur une procédure : il faut établir des critères… Il faut repérer ceux qui correspondent à ces critères. C’est le travail de la raison et de la réflexion.

Mais la communauté n’en reste pas là. Il y a deux étapes supplémentaires : la prière et – cela surprend davantage – le tirage au sort. Les deux démarches soulignent cet abandon dans les mains de Dieu. Ce n’est pas nous qui décidons ; nous acceptons que des éléments peuvent échapper à notre analyse ! Que ce soit le Seigneur qui désigne ! Pour ce qui est du tirage au sort c’est discutable que ce soit la meilleure manière de laisser le Seigneur choisir : on pourrait d’ailleurs affirmer qu’ils ont finalement tiré au sort parce que c’était avant la Pentecôte. Après la Pentecôte on pourrait espérer que leur raison soit davantage travaillée par le don du discernement.

Toutefois cette anecdote est intéressante : dans l’Eglise (comme partout ailleurs, où nous nous engageons comme chrétiens) nous pouvons affirmer : cette fonction que j’exerce (comme évêque, comme catéchiste, comme fabricien, comme administrateur, comme chef de chorale, comme…), un autre que moi aurait pu le faire. C’est la pointe du tirage au sort : cela aurait pu être un autre – c’est donc un service que je rends ; ce n’est pas une source d’orgueil « moi parce que le meilleur ! » Plusieurs étapes donc : travail de la raison (mise en activité de nos facultés humaines), prière et humilité, et enfin indifférence ; cela reste des balises actuelles de nos manières de procéder.

 

Il a fallu bien des procédures, et bien des essais et erreurs pour parvenir à progresser dans le sens de la prière de Jésus : « Pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes ». Un long chemin pour que nous, chrétiens, soyons unis, autant que possible, plus que possible – car le modèle c’est l’unité du Père et du Fils dans l’Esprit. Nous avons tant de raisons de nous diviser. Avec nos amis, avec nos collègues… nous pouvons vivre tant de belles choses qui nous unissent ; il suffit d’un incident, il suffit d’un malentendu, il suffit de trois fois rien, pour que des années d’unité, soient oubliées et pour que dominent la division et l’incompréhension. Ici encore « notre manière de faire » pourrait se résumer ainsi :

-         travail de la raison – mise en activité de nos facultés humaines, qui peuvent relativiser, qui peuvent répartir les responsabilités

-         prière qui nous remet en face du  Seigneur et de son désir, de son projet d’unité pour nous

-         humilité et indifférence : « je ne suis pas le centre du monde ! mon avis n’est pas la vérité absolue ». 

Et cela n’est pas anodin ou secondaire. Il y a en effet cette confession de Jean : « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous ». Dans la bouche de Jésus, il y a cette promesse : « Pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. » Dans l’unité que nous vivons se joue la présence de Dieu, dans notre unité est donnée la joie, la joie qui comble. Se mettre en condition d’unité ce n’est donc pas un détail, c’est le premier point sur notre « to-do-list ». Sur les post-it collés à la porte du frigo, vous pouvez rajouter celui-ci : « travailler à l’unité, avec mes possibilités, ma prière et humilité ».

 

Encore un mot au sujet de cet intermédiaire entre l’Ascension et la Pentecôte. Le jour de l’Ascension, des anges, des messagers interviennent en disant : « Que restez-vous là à regarder le ciel ». Ces messagers ne faisaient que répéter les paroles de Jésus ; dans sa prière il demandait : « Je ne demande pas que tu les retires du monde (…) moi aussi je les ai envoyés dans le monde ». Non pas retirer du monde, non pas s’échapper vers le ciel, mais être envoyés au monde… comme à la fin de chaque eucharistie. « Merci pour la belle messe ! » qu’elle ne fasse pas échapper du monde, mais qu’elle nous renvoie à celui-ci… pour travailler à l’unité, avec notre intelligence, notre attitude priante et notre humilité.