Homélie du 7ème dimanche de Pâques par André de L'Arbre SJ

7 paques c tous unHomélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre, le 8 mai.

Nous sommes le Jeudi Saint, lors du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Il leur a longuement partagé ses dernières confidences. Maintenant il s’adresse à son Père. Il prie à haute voix.

Il a 33 ans environ. Il va mourir demain. Il a à peine pu lancer son œuvre. L’un des douze vient de quitter la table pour le trahir. Les autres vont l’abandonner. Il prie pour ceux qui vont accueillir sa parole. Il prie ce soir-là pour tous les chrétiens. Il a prié pour moi. Il continue de prier pour chacun de nous. Il intercède pour nous à tout instant.

Que dit-il dans sa prière ? « Père, que tous soient un. » Voilà le souhait fondamental de Jésus pour son Eglise : l’unité. Mais Jésus est très lucide. Il pressent aussi le grand drame de l’humanité : la division. La religion, en tant que telle, porte en elle le risque du schisme, à cause des absolus qu’elle véhicule et des générosités qu’elle suscite. Le sectarisme, hélas, n’est pas loin de la vérité. Les déviations, le fanatisme, menacent toutes les religions et toutes les idéologies. Les chrétiens ont connu des guerres de religion terribles. Et nous ne sommes pas les seuls.

« Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. » Il ne s’agit pas d’une vague bonne entente, il ne s’agit pas de tolérance, il ne s’agit pas de non-violence, ni de coexistence pacifique, il s’agit d’aimer au sens fort du terme. Et le modèle donné par Jésus est la Trinité : à plusieurs ne faire qu’un.

Nous rêvons toujours, en fait, d’une unité facile, qui serait que les autres qui ne pensent pas comme nous nous rejoignent. Quand deux personnes sont séparées par toutes sortes de goûts, d’options, de coutumes, ce n’est pas une vraie unité quand simplement on supprime l’un des deux termes : l’unité se fait alors par la suppression de l’un des deux. C’est l’uniformité et non l’unité. En Dieu, au contraire, les personnes restent totalement distinctes, tout en vivant une communion totale. Dieu parvient à réaliser la pleine unité en y intégrant les richesses différentes de chacun.

Pourquoi faudrait-il que toutes les races, toutes les cultures, perdent ce qui fait leur originalité, donnée par Dieu comme élément de l’harmonie universelle ? Il faut loyalement reconnaître que l’Eglise catholique a longtemps confondu unité et « européanité ». Sommes-nous prêts à vivre cette unité profonde entre personnes différentes ?

Le pape nous donne l’exemple. Il s’entoure d’un conseil de huit cardinaux venant des cinq continents. Ce ne sont pas des bureaucrates, mais des pasteurs qui sont sur le terrain et dans des contextes très différents.

Le pape donne aussi plus de responsabilités aux conférences épiscopales. Elles doivent concrétiser et contextualiser des orientations plus générales prises ensemble à Rome, par exemple lors de synodes.

Déjà vers 250, saint Cyprien, évêque de Carthage, disait : « L’Eglise est un peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint. » L’Eglise est le sacrement visible de Dieu, le signe de Dieu. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde croira que vous êtes mes disciples. » La communion entre les chrétiens est le meilleur moyen pour évangéliser le monde. Ce qu’ils annoncent alors, ils le vivent.

Jésus est évidemment notre modèle, car il est décentré de lui-même et totalement consacré au projet de son Père, celui de rassembler tous les enfants de Dieu dispersés, de réaliser l’unité entre tous les hommes. C’est pour ce projet, pour ce rêve, que Jésus a donné sa vie. Et c’est cela qui nous est promis en plénitude au ciel. Le ciel commence ici-bas dans la mesure où nous nous aimons les uns les autres et travaillons à cette unité, à cette communion.

Pour conclure, nous pouvons nous interroger. Quel spectacle offrons-nous dans nos familles, nos équipes, nos communautés chrétiennes, notre unité pastorale : celui de gens unis dans le même amour, le même respect des autres et de leur personnalité, ou celui de gens désunis, même sous un vernis d’unité ?