Homélie du 8ème Dim ordinaire A par le Père LAurent Capart

Voici d’abord une question et un petit moment de réflexion pour y répondre : pourquoi travailler dans la vie professionnelle ? Si vous avez répondu pour gagner ma vie, donc de l’argent,   l’argent est peut-être votre maître. En effet, le maître, que l’on choisit d’ailleurs parfois comme le montre la question de Jésus, est celui en fonction de qui on agit puisqu’on lui obéit. Si donc vous travaillez dans une entreprise uniquement pour gagner de l’argent, il ne faut pas vous étonner que des actionnaires de cette entreprise la considèrent aussi exclusivement comme un moyen de gagner de l’argent et donc n’hésitent à délocaliser l’usine où vous travaillez s’ils peuvent en tirer de plus grands bénéfices. En fait, vous avez le même maître, l’argent, mais c’est un maître qui vous divise ce qui est d’ailleurs une manière de plus de vous dominer.

Considérons maintenant une école, qui est une entreprise puisqu’elle emploie et rémunère des collaborateurs. Souvent, cette entreprise est une association sans but lucratif, une appellation qui indique clairement que le but poursuivi n’est pas la recherche de profit. Il s’agit de transmettre des connaissances à des enfants et de les socialiser, c’est-à-dire de leur apprendre à vivre ensemble. Cet objectif est jugé tellement important dans notre pays que les clients ne sont d’abord ni les enfants, ni leurs parents, mais les pouvoirs publics qui investissent beaucoup dans l’enseignement. Il est donc facile de comprendre à partir de cet exemple ce que Jésus veut dire quand il enjoint de choisir le Royaume de Dieu et sa justice. L’école peut en effet être un endroit privilégié où apprendre à se découvrir toutes et tous enfants d’un même Père tout en acquérant des compétences et connaissances qui pourront être mises au service de toute la famille humaine. 

                C’est peut-être plus difficile à comprendre dans le cas de la production de biens. Prenons ici l’exemple d’une boulangerie, qu’elle soit artisanale ou industrielle. Le boulanger peut être heureux de pétrir des pains qui vont nourrir des personnes, et, en plus, apprendre le partage aux familles qui doivent le couper en tranches pour le partager. Il se découvre alors plus qu’un propriétaire de moyens de production et devient alors en quelque sorte un intendant des mystères de Dieu, comme l’a écrit Saint Paul dans l’extrait de la première lettre aux Corinthiens que nous venons d’entendre. Quant aux clients, ils trouveront naturel de payer leur pain pour continuer à bénéficier des services du boulanger qui recevra donc bien par surcroît, comme le dit Jésus, tout ce dont il a besoin.

                On pourrait multiplier les exemples, y compris quand le travail est plus complexe et moins visible directement par tous. L’autre jour, en communauté, un de nous s’émerveillait que l’on puisse téléphoner gratuitement par Internet à l’autre bout du monde tout en voyant son interlocuteur, et se demandait comment cela avait été possible. Je lui ai répondu que c’était le résultat de plusieurs années de recherches en électronique dans les entreprises, les universités et les Hautes Écoles.

                Les exemples qui précèdent font référence à la vie professionnelle rémunérée, mais le service de Dieu peut aussi s’exercer à travers tout travail rémunéré ou non, conséquent ou non. Une personne affaiblie pourrait par exemple choisir de prendre les poussières dans sa chambre pour soulager la personne qui est payée pour le faire.

                Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. Choisissons de servir Dieu et de rechercher son royaume et sa justice. C’est une voie de vrai bonheur pour celles et ceux qui y cheminent et pour tous leurs frères et sœurs en humanité.