Homélie du 6ème dimanche ordinaire par André de L'Arbre SJ

06 dimanche ordinaire b guerison d un lepreux 1Homélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre le 15 février

La lèpre était une maladie terrible. Elle était mortelle et contagieuse. La première lecture nous dit que le lépreux était exclu de la communauté. Il devait sortir de la ville ou du village et aller vivre sur un terrain vague pour y mourir seul et désespéré. Il s’habillait de vêtements déchirés et avait les cheveux en bataille. A l’approche de quelqu’un, il devait crier « impur, impur », afin d’éviter toute contagion.

LA COLERE ET LA PITIE

Ayant entendu parler des guérisons de Jésus, le lépreux de l’évangile d’aujourd’hui  joue sa dernière carte et risque le tout pour le tout. Il n’a plus rien à perdre. Il transgresse l’interdit et se jette aux pieds de Jésus. Celui-ci est pris de pitié. En fait, dans d’autres manuscrits, on dit que Jésus est pris de colère. On peut donc garder ces deux sentiments et concevoir que Jésus est habité tant par la colère que par la pitié.

Jésus ressent la colère devant cet enfant de Dieu à ce point abîmé, défiguré, dont la chair tombe en lambeaux. Toute sa vie Jésus luttera à mort contre la maladie, la souffrance, le mal. Il est également pris de pitié. Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu est pris de pitié devant les traitements qu’on fait subir à son peuple en Egypte et il décide d’envoyer Moïse pour le libérer. Plus tard, pris de pitié, il enverra son propre fils Jésus pour sauver le monde.

JE VEUX

Le lépreux a crié : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Jésus répond : « Je le veux, sois purifié ». En fait, le texte grec n’a pas de complément d’objet direct. Il dit : « Si tu veux » et « Je veux ». Toute la force se trouve uniquement sur le verbe « vouloir ». Jésus est habité par cette volonté décidée et totale de sauver les hommes, de leur rendre la vie et la vie en plénitude.

IL TOUCHE

La parole de Jésus est accompagnée d’un geste : il touche le lépreux. Par ce contact, Jésus transmet sa vie, lui qui est la Vie par excellence. Il régénère ce moribond et le ressuscite. C’est tout le sens de l’Incarnation : Jésus vient régénérer l’humanité pécheresse et moribonde. Dieu seul peut nous sauver de la déchéance et de la mort. Il est la Vie et il vient parmi nous pour nous la donner en plénitude et pour toujours.

En touchant le lépreux, Jésus se laisse aussi contaminer par la lèpre de notre humanité et à cause de cela les hommes l’ont exclu de leur monde, l’ont rejeté et mis à mort. Jésus est l’exclu par excellence et il s’est fait solidaire de tous les rejetés d’ici-bas. Sur la croix, il était d’ailleurs entouré de deux bandits.

A sa suite, beaucoup d’hommes et de femmes se sont voulus solidaires des rejetés de ce monde. L’exemple le plus évident, c’est le Père Damien qui volontairement s’est enfermé sur l’île de Molokai avec les lépreux. Il les a soignés, il les a aimés, il est mort lépreux avec eux.

Plus près de nous, Michel et Colette Collard partagent volontairement la vie des SDF. Ils vivent dans la rue par idéal évangélique, logeant dans un recoin d’immeuble et fouillant les poubelles comme leurs compagnons de misère. Ils ont écrit un livre qui s’intitule : « Quand l’exclu devient l’élu », qui décrit parfaitement leur projet et leur vécu.

Plus modestement, les Sentinelles de la nuit embrassent les SDF dans les rues de Liège. Regarder un SDF ou lui parler est déjà très bien. Lui serrer la main et l’embrasser va plus loin. Ce n’est plus le traiter en SDF, mais comme un frère et le sortir de sa solitude et de son exclusion

ET NOUS ?

Le Seigneur ne nous demande pas d’être tous des Père Damien ou des Sentinelles de la nuit, mais il nous demande de garder notre cœur ouvert à tout homme. N’ayons pas peur, ne nous barricadons pas, n’excluons pas d’office telle ou telle catégorie de gens, mais restons accueillants et hospitaliers à tous nos frères et sœurs. « Ce que vous aurez fait au plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’aurez fait », nous dit Jésus.