Homélie du 6ème dimanche de Pâques par Thierry Dobbelstein SJ

6 paques c si quelqu un m aimeHomélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 1 mai.

Ce sixième dimanche de Pâques est celui de l’expansion missionnaire. Tout le récit des Actes des Apôtres (dont nous lisons des larges extraits pendant les 50 jours de période pascale) nous raconte cette expansion depuis Jérusalem, en passant par la Judée, la Samarie et la Galilée, puis jusqu’à toutes les nations, jusqu’aux confins de la terre.

Aujourd’hui nous avons entendu une étape importante de cette expansion, et celle-ci ne s’est pas faite sans tension. Le Peuple de Dieu peut-il s’ouvrir à des non-juifs ? La réponse a rapidement été positive, déjà du temps de Jésus. Mais que fallait-il imposer à ceux qui ne sont pas juifs ? et qui pourtant reconnaissent en Jésus le Messie, l’envoyé de Dieu ? Fallait-il imposer la circoncision ? les régimes alimentaires ? les très nombreux préceptes de la Loi de Moïse ?

Des débats théologiques, il y en a donc eu dès le début de l’Histoire de l’Eglise. C’est bien que Luc nous raconte : les réponses ne tombent pas du ciel ! Il faut réfléchir, débattre ensemble, prier ! Décider et confier la décision prise au Seigneur.

Quant à la décision, elle est révolutionnaire : c’est l’ouverture ! Cela fait du bien de l’entendre, à une époque où on a l’impression que les médias nous présentent les chrétiens comme refermés sur eux-mêmes. Que du contraire ! l’Eglise est par nature ouverte à tous et toutes. Et quand nous nous comparons à d’autres religions, reconnaissons cette liberté extraordinaire dont nous jouissons : pour être chrétiens, il ne s’agit pas de s’abstenir de tels aliments, il ne s’agit pas de parler un langue particulière, il ne s’agit pas d’avoir le prépuce coupé, il ne s’agit pas … Il n’y a pas toute une série de conditions qui feraient qu’il y a les bons d’un côté – ceux qui sont à l’intérieur et qui se distinguent par leur régime, leur tatouage, leur couleur de peau… – et ceux qui sont à l’extérieur. Si on doit reconnaître les chrétiens, c’est à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres !

Dans le livre de l’apocalypse cette ouverture est exprimée en langage symbolique : l’Eglise apparaît comme la Nouvelle Jérusalem. On y décrit une ville entourée d’une grande muraille, mais il y a surtout douze portes qui ouvrent cette muraille : trois vers chaque point cardinal. C’est l’ouverture aux quatre coins de l’horizon ! Le projet : un seul peuple – universel – car une cité où tous sont invités. Si seulement la Jérusalem actuelle pouvait s’inspirer de ce rêve de la Jérusalem céleste…

 

De notre côté, il n’y a pas à nous targuer d’une quelconque qualité de « privilégiés par nature ». A l’extérieur de nos églises, de nos chapelles, de nos communautés locales, il y a la multitude de celles et ceux que Dieu accueille et bénit en vertu de leur bonne volonté, en vertu de leur justice. Nous ne pouvons donc jamais nous reposer sur nos lauriers. Reconnaître que l’autre – qu’il se dise agnostique, musulman, bouddhiste, intégriste – reconnaître que l’autre est aussi de bonne volonté, qu’il cherche la justice (peut-être plus que moi !), qu’il cherche à connaître et à servir la vérité, c’est un aiguillon continuel pour moi ! C’est un appel à vivre tous les jours l’ouverture et la rencontre.

 

Les lectures de ce dimanche nous laissent déjà pressentir les fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte : l’annonce d’une distance (« Je m’en vais » dit Jésus), l’annonce aussi de la proximité d’un Défenseur. C’est notre lot : Jésus nous ne le voyons plus comme les disciples pouvaient le voir avant sa mort. Mais il y a l’Esprit Saint ; il est présenté comme notre Défenseur.

Quand nous sommes en conflit, quand nous sommes insécurisés, nous avons l’habitude de prendre un bon avocat. « Il me conseillera, il parlera pour moi. Il sait des choses que moi je ne maîtrise pas » C’est pourquoi on parle de ‘maître’. Et voilà que Jésus nous dit que l’Esprit qui est avec nous est ce défenseur, cet avocat. Alors que certains ont encore tendance à considérer Dieu comme un juge, voire comme un accusateur – celui qui fait instruction pour mener l’enquête, et par rapport auquel on devrait se justifier tant bien que mal.

C’est tout le contraire : l’accusation vient d’ailleurs que de Dieu ; elle vient du monde et de nous-mêmes. Dieu est celui qui nous défend, Dieu est celui qui nous justifie.

Je résume :

L’expansion missionnaire, c’est Dieu qui dépasse les frontières, qui les fait dépasser, chaque fois qu’humainement nous voudrions spontanément mettre des frontières, construire des murailles ou des murs.

L’expansion missionnaire c’est aussi reconnaître toute la valeur de l’autre, de celui qui ne se dit pas chrétien, et qui pourtant est ami de Dieu, en cherchant la vérité, en essayant de servir la justice.

Par ailleurs, si Dieu offre l’audace pour nous ouvrir aux autres, c’est parce que nous sommes libérés de nos scrupules qui nous accusent : nous avons le meilleur défenseur qui soit, et ses honoraires sont très bon marché.