Homélie du 6ème dimanche de Pâques par Laurent Capart SJ

6 paques b pas de plus grand amourHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 10 mai

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. » Voilà bien une parole de Jésus qui peut nous surprendre. Dans un monde où les consommateurs ont l’embarras du choix quand ils font leurs achats, il peut sembler qu’il en va de même en termes de religion et de spiritualité. 

Il suffit d’aller dans une librairie et de faire l’inventaire des ouvrages de théologie, de philosophie et aussi d’art de vivre qui sont proposés. Dans le contexte de cette variété, il semble donc naturel de considérer que les parents qui demandent à l’Église de baptiser leurs enfants constituent un bel exemple de personnes qui choisissent Jésus. Et pourtant, Jésus dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. » Notons d’emblée que Jésus parle à ses disciples d’eux-mêmes. Il ne dit rien des autres qui ne sont pas ses disciples.

En disant cela, Jésus exprime d’abord qu’il n’y a pas de choix parce qu’il n’y a que Dieu qui donne la vie. Qu’il soit suivi ou non, reconnu ou non n’y change rien. Il en va de même dans les familles idéales : ce ne sont pas les enfants qui choisissent leurs parents, mais les parents qui choisissent de concevoir leurs enfants, de les recevoir de Dieu, de les accueillir et de continuer à leur donner la vie, jour après jour, même après leur naissance. Il est vrai qu’un jour les enfants pourront choisir comment se situer par rapport à cet amour, et c’est vrai également vis-à-vis de Jésus. Ce dernier parle donc du choix initial, de l’initiative de donner la vie le premier, d’aimer le premier. En parlant ainsi, il indique le sens de la vie : nous ne sommes pas, comme le pensent certains philosophes, jetés dans la vie, avec certes la possibilité de choisir une spiritualité pour y vivre le moins mal possible. Dès le départ de notre vie, nous sommes choisis et aimés personnellement.

En effet, Jésus poursuit : « c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Il vous est probablement déjà arrivé d’être dans une foule, de voir passer quelqu’un que vous admirez, et d’espérer que, bien qu’il y ait beaucoup de monde, la personne admirée choisira de vous adresser la parole à vous personnellement. Ainsi, alors qu’elle compte déjà beaucoup pour vous, vous pourrez espérer compter pour elle. Ce que Jésus nous révèle dans ce passage, c’est qu’il n’est pas seulement celui qui est admiré, mais celui qui est à la source de notre vie, mais aussi que, dans son cas,  chaque disciple est choisi. N’étant pas limité par le péché, quand il choisit d’aimer un disciple, il ne doit pas renoncer à aimer tous les autres. « Mais alors, direz-vous, s’il choisit d’aimer tout le monde, cela revient au même que s’il n’aime personne. Comment voulez-vous que nous comptions beaucoup pour lui si nous sommes très nombreux à compter pour lui ? » Ce que Jésus nous révèle c’est qu’il peut aimer chacune et chacun avec une très grande intensité.

L’intensité de cet amour permet d’expliquer la suite de la phrase.  Aimés intensément, nous sommes établis dans un amour tellement fort qu’il nous met en route vers les autres. Une image nous permet de comprendre comment concilier stabilité et mouvement : nous sommes sur une embarcation tellement stable que nous n’avons pas peur de prendre le large. Et prendre le large, dans ce cas-ci, ce n’est pas aller aveuglément où il nous est commandé de nous rendre : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » Jésus nous comble de joie en nous offrant d’offrir consciemment la joie et la vie avec Lui. Le texte que nous avons entendu aujourd’hui vient, dans l’évangile de Saint Jean, immédiatement après celui que nous avons entendu la semaine dernière. Jésus nous y révélait à la fois que tous les sarments reçoivent la sève de la même vigne et que chaque sarment achemine la sève reçue de manière à porter des fruits variés et différents. Cette image, il la complète : en effet, à la différence des sarments, nous sommes tellement amis de Jésus que notre joie est de savoir consciemment quel est son projet et que la joie qui nous fait vivre intimement reliés à Lui est la même que celle qui nous donne de porter beaucoup de fruits en nous aimant les uns les autres comme il nous a aimés.