Homélie du 5ème dimanche de Pâques par Benoît Willemaers SJ

5 paques c un commandement nouveauHomélie rédigée et prononcée par Benoît Willemaers, le 24 avril.

L'évangile de cette semaine nous met devant une triple difficulté. La plus évidente est le défi que nous lance la fin du texte. C'est à l'amour que nous aurons les uns pour les autres que nous serons reconnus comme disciples du Christ. Il suffit d'entendre cet appel à aimer pour réaliser à quel point il nous donne une direction et nous engage. Et à quel point nous en sommes souvent bien loin... Inutile d'en dire plus, gardons juste cette question: comment être signe interpellant de l'amour du Christ pour ceux qui nous entourent ?

La deuxième difficulté se cache dans le don de ce nouveau commandement: "aimez vous les uns les autres". Difficulté de compréhension cette fois. Après tout, Jésus, tout au long de sa vie, n'a-t-il pas insisté sur cet amour mutuel ? Quand on lui demandait le commandement premier, n'était-ce pas toujours l'amour de Dieu et des frères, intimement liés ? Où vient se cacher la nouveauté ? Jésus dit aussi que cet amour doit être semblable au sien. Si c'est cela la nouveauté, quelle est la façon d'aimer de Jésus qu'il donne à voir à ses disciples ?

Elle se cache certainement dans la troisième difficulté du texte: comment comprendre ces quelques phrases très ramassées qui parlent de glorification ? Au présent, au futur, à l'actif, au passif, un seul verbe qui revient tout le temps... mais que veut-il dire ? Glorification, c'était un peu le mot-clé qu'employait Jésus lorsqu'il annonçait auparavant, dans l'Evangile de Jean, ce qui allait lui arriver, sa mort et sa résurrection tout à la fois. Un mot-clé un peu ambigu. En grec, il évoque surtout des idées positives. Etre glorifié, c'est être connu largement pour ce que l'on est vraiment. Mais c'est aussi être revêtu de splendeur, avoir une bonne réputation. Pour des disciples souvent un peu lents à comprendre, rien d'étonnant à ce qu'ils se soient attendus à une gloire toute royale, toute humaine.

Mais l'on n'est plus dans le temps de l'annonce un peu voilée. C'est ce que manifeste le "maintenant" qui commence ces phrases. Maintenant, Jésus est vraiment connu pour ce qu'il est (et Dieu à travers lui). Et ce "maintenant" est-il un maintenant glorieux ? Non, c'est le maintenant qui suit le départ de Judas. L'engrenage qui va conduire Jésus à sa mort vient d'être lancé, plus moyen maintenant de l'arrêter. Ce pour quoi Jésus va être connu, c'est pour un amour qui ne fixe pas de conditions. Pas de conditions de personnes. C'est autant pour ses disciples qui ne comprennent rien que pour ceux qui vont le mettre à mort qu'il se donne. Pas de conditions de succès. C'est vers un échec humain qu'il va, la croix. A travers Jésus, Dieu donne à voir son amour réellement sans condition. Et c'est à cet amour-là que nous sommes aussi invités. C'est pourtant tellement plus facile d'aimer celui qui nous aime. Ou celui qui peut nous rendre quelque chose en retour. Et tellement difficile d'aimer celui qui nous dérange. Tellement facile de s'émouvoir sur le sort de l'étranger et tellement difficile d'encore le considérer avec amour lorsqu'il se transforme en migrant qui menace notre confort. Mais c'est bien à cet amour un peu fou que Jésus nous invite.

Ce n'est pas tout ce que Jésus dit à propos de la glorification. Il y a un deuxième chose qui est dite. L'amour fou de Jésus ne va pas dans le mur. Au-delà de l'échec humain de la croix, il y a l'affirmation forte de la confiance dans le Père qui va faire de l'échec tout autre chose, par la résurrection. Oui, Jésus nous invite à une façon d'aimer qui n'est pas raisonnable mais qui est pourtant fondée sur une espérance. Cela vaut la peine de se donner sans réserve; Dieu saura donner un avenir à ce don.

Alors oui, le défi qui nous est lancé n'est pas simple à vivre au quotidien. Oui, la façon d'aimer qui nous est demandée n'a rien d'évident et est vraiment nouvelle. Mais ces difficultés bien réelles doivent être mises en balance avec l'espérance tout aussi nouvelle qui nous est donnée par la bonne nouvelle de la résurrection.