Homélie du 5ème dimanche de Carême par Louis Piront

5 careme b 2Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront le 22 mars 

Lorsque nous analysons notre comportement religieux, nous pouvons compter trois étapes dans la croissance spirituelle :

1e étape : celle qui ressemble à l’attitude de l’enfant qui ne connaît que son désir : il peut aller jusqu’à taper du pied par terre en disant : je veux (« que ma volonté se fasse »)

2e étape : lorsque quelqu’un a pris conscience de son impuissance à combler par lui-même tous ses désirs, il demande l’aide de Dieu et sa prière devient :

« que ma volonté se fasse avec ton aide ». On pourrait sans doute s’arrêter pour réfléchir à cette étape, car beaucoup de nos prières ressemblent encore à celle-là …

3e étape : celle de la foi, de la confiance totale dans le projet de Dieu, qui veut que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance.  Et la prière devient :     « Que ta volonté soit faite et non la mienne … »

« Celui qui aime sa vie, la perd ; celui qui s’en dessaisit en ce monde, la garde pour la vie éternelle » :  cette parole nous surprend ! Elle nous choque !

Jésus fait-il l’éloge du renoncement à la vie ? Faut-il refuser de vivre sa vie, ses sentiments, ses émotions, sa liberté ?? N’y a-t-il pas quelque chose de suicidaire là-dedans ? Non. En fait, lorsque nous voulons faire de notre vie un absolu, nous nous éloignons de ce qui pourrait « accomplir » notre vie. Nous refusons des choses qui font partie intégrante de notre vie : nos limites, nos fragilités, nos échecs.  Nous voudrions que ces limites n’existent pas ; nous voudrions être parfaits, non pas à la manière de Dieu, mais à notre manière, pour être admirés, reconnus comme les meilleurs, quitte à écraser les autres, ou en tout cas, en leur faisant de l’ombre… C’est « un peu » le défaut de ceux qui ne savent pas dire « non », qui veulent toujours être disponibles, tenir le coup, ne jamais décevoir, être le sauveur de tout le monde … Mais les limites nous rattrapent vite, parce qu’elles sont toujours là.

Lorsque je veux donner une image parfaite de moi, je finis par craquer  et m’écrouler, en ayant beaucoup de peine à me relever, parce que j’ai cru que je pouvais faire l’impasse sur mes limites. Il y a quand-même un peu d’orgueil là- dedans …

Mais alors ? Faut-il se déprécier ? … Voilà l’autre excès : celui qui se déprécie se donne sa propre loi de mort en disant : « je n’ai aucune valeur ». Et là, c’est une injure au Créateur, puisqu’il se considère comme un échec de la création. Cette dépréciation de la vie est une véritable perversité (une véritable aliénation).

L’Evangile ne veut pas de cela. L’Evangile nous invite à livrer notre vie, mais pas pour être parfaits, mais par amour pour les autres, dont nous avons besoin pour nous réaliser. Jésus n’a pas gardé sa vie pour lui : il s’en est dessaisi par fidélité à l’alliance d’amour qu’il voulait révéler. Et en cela il est resté en pleine communion avec le Dieu de la vie, qui est le Dieu de l’Amour. C’est pourquoi, son chemin d’amour, qui l’a conduit  jusqu’à la croix, est un chemin glorieux qui l’a conduit jusqu’à la résurrection.

Nous aurions tendance à utiliser le mot « gloire » pour parler uniquement de la résurrection. Mais la gloire de Dieu, c’est ce qu’il est vraiment. Et Jésus a révélé ce Dieu à travers tout ce qu’il a vécu sur la terre, en étant ce « serviteur aimant » y compris dans  sa souffrance et sa mort. C’est en cela qu’il révèle la gloire de Dieu et qu’il est le vrai Vivant .

Cela n’a évidemment rien à voir avec la gloire dont parlent habituellement les hommes. Lorsque Jésus dit, dans sa prière : « Père, glorifie ton nom » cela veut dire : « fais-toi connaître tel que tu es » c’est-à-dire comme le Dieu d’Amour. Et la gloire de Dieu va se révéler dans la passion et la mort de Jésus.

St Jean parle davantage de la Gloire de Dieu à l’occasion de la Passion du Christ : Jean nous entraîne à lire le visage que Dieu exprime en Jésus au sein même de la réalité de la Passion.

Nous avons tendance à considérer Dieu comme « infiniment grand » et il nous faut le découvrir en son infinie humilité.

Nous croyons en un Dieu Tout-Puissant, et nous devons le découvrir pauvre et vulnérable. Il n’a d’autre grandeur que celle de son Amour. Et Jésus est l’Image vivante de cet Amour.

Pour le reste, il a été homme comme nous, pour que nous soyons capables d’accepter nos limites, nos vulnérabilités, en gardant toute notre confiance en Jésus-Christ qui reste vivant au milieu de nous et nous accompagne tous les jours sur ce chemin où il nous invite à restaurer de plus en plus, en nous, l’image de Dieu telle qu’il l’a révélée, lui, l’Icône parfaite du Père.