Homélie du 5ème dimanche de Carême par André de L'Arbres SJ

5 careme c femme adultere 2Homélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre, le 13 mars.

C’est une perle de l’Evangile que ce récit que nous venons d’entendre. Ce n’est pas par hasard si l’Eglise a choisi cet épisode pour le dernier dimanche avant la passion et la mort de Jésus. Prenons garde à ne pas dévaluer cette merveilleuse page en la réduisant seulement à une sorte de leçon de tolérance envers les faiblesses humaines. Cette tolérance, on la retrouve dans toutes les civilisations. Si Jésus n’était venu nous redire que cela, nous n’avions pas besoin de lui, à la limite. Cet évangile de la femme adultère est une révélation très profonde de la nature du péché et de la nature du pardon du point de vue de Dieu.

LA NOTION RELIGIEUSE DU PECHE

Quand on étudie le comportement humain, on découvre d’abord l’infraction. La société humaine ne peut fonctionner qu’à certaines conditions avec des lois, des interdits qu’il s’agit de respecter, sinon on est puni. Ne tue pas, le vole pas, ne mens pas, ne prends pas la femme du voisin.

Ensuite vient la notion de faute. Si l’enfant en reste aux interdits, l’adolescent, en sortant de l’appréciation élémentaire du permis et du défendu, découvre normalement que ce qu’on lui interdit lui fait mal à lui, personnellement. Quand je mens, ou vole, ou commets l’adultère, je détruis quelque chose de mon humanité. La faute me ronge de l’intérieur et me fait du tort.

On en arrive à un troisième niveau avec le péché. Au sens strict, le péché fait intervenir la relation à Dieu. C’est une notion théologique. On parle de péché uniquement dans un cadre religieux. Dimanche dernier, avec l’enfant prodigue, Jésus parlait du péché comme rupture d’amour avec le Père : on coupe la relation et on part au loin. Aujourd’hui, l’évangile évoque une autre relation. Toute la Bible comparait le péché d’Israël à un adultère entre Dieu et son peuple bien-aimé. Les prophètes comparaient l’humanité à une épouse infidèle à son époux. Faire mal à quelqu’un qui nous aime toujours, tel est la véritable révélation de ce qu’est le péché. Pour Jésus, on n’a le sens du péché que lorsqu’on a le sens de Dieu. Le péché est une blessure d’amour que les fautes font à Dieu, lui qui nous crée et nous aime tant.

LA VRAIE NATURE DU PARDON

La merveille de la Bible, c’est que le péché ne nous est vraiment révélé que dans son pardon. La miséricorde de Dieu précède nos repentirs. Voilà la vraie découverte à faire dans la foi. Oui, l’amour de Dieu est inconditionnel et toujours premier : Il continue à aimer ceux qui ne l’aiment pas. Dieu n’est pas un époux intéressé qui est plein de tendresse pour son épouse aimante, mais qui se mettrait à la détester quand elle n’est plus aimable, ou infidèle et le trompe. Non, Dieu continue à chérir son épouse adultère. Il est toujours en état de pardon. Il ne rompt jamais son Alliance.

Il faut donc rectifier le réflexe trop fréquent qui dit que Dieu nous pardonne si nous nous convertissons. La rémission des péchés ne succède pas au repentir, elle est première. L’enfant prodigue est pardonné d’avance. La femme adultère est pardonnée d’avance. L’amour de Dieu est absolument inconditionnel et gratuit. Pour pardonner, Dieu ne nous attend pas. Il nous devance.

Mais pour se réconcilier, il faut être deux. L’Epoux divin ne pourra embrasser son épouse infidèle que si elle revient librement vers lui.

Demandons au Seigneur de mieux comprendre la merveille de son amour et de son pardon et courons vers lui pour faire la fête.