Homélie du 4ème dimanche ordinaire par Thierry Dobbelstein SJ

04 dimanche ordinaire b guerison d un possede 1Homélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein le samedi 31 mars

Dans la première lecture, le livre du Deutéronome, il est souligné l’importance du prophète. Cette importance est rappelée aux écoutants : « Ecoutez-le ! quand il parle, c’est moi Dieu qui vous parle » ; mais elle est aussi rappelée au (candidat-)prophète : « Ne parle en mon nom, que pour dire ce que j’ai moi à dire, et pour ne rien dire d’autre »…

Un mot sur le contexte de ce trop court passage : Moïse rappelle au peuple qui est entré en Terre Promise qu’il doit se garder de ceux qui pratiquent des incantations, qui consultent des oracles, qui veulent faire parler les esprits, qui font passer par le feu leurs enfants, etc. L’insistance sur le rôle du prophète coïncide avec une mise en garde contre les superstitions. Et cela reste actuel ! Tant de personnes aimeraient nous mettre du côté des superstitieux : comme si notre foi rimait avec naïveté ! Comme si les motifs de notre foi résidaient dans une peur à exorciser ! Comme si la religion était du côté des ténèbres, et donc opposée à la raison, aux sciences.

Notre foi en Dieu – jusque dans ses textes les plus anciens – est un appel à nous débarrasser des superstitions et de la crainte ! Et Jésus vient confirmer cela : dans le passage de l’Evangile de ce dimanche, il apparaît comme le Prophète par excellence … qui parle, qui enseigne, qui incarne la parole de Dieu, sans rien en retrancher, et sans rien exprimer d’autre que ce que Dieu dit. « Il enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes ».

Nous disons parfois que notre foi est déraisonnable : quand nous exprimons cela ce n’est pas pour dire, que nous croyons n’importe quoi ; ce n’est pas non plus pour dire que nous devons mettre notre raison en poche une fois que nous rentrons dans une église ou une chapelle ; qu’il nous faudrait arrêter de réfléchir. L’expression « foi déraisonnable » exprime plutôt l’excès de générosité, l’excès de charité, l’excès de miséricorde auxquels nous incite, nous pousse notre foi. Mais elle n’exprime pas un quelconque obscurantisme, ou une quelconque superstition. « Si un prêtre vous dit : ‘arrête de réfléchir, tu n’as pas à comprendre’ fuyez bien vite ! »

C’était mon premier point : foi n’est pas superstition. Nous avons sans cesse à comprendre combien le message de l’Evangile éclaire et convainc par lui-même !

 

Dans la deuxième lecture nous avons entendu la distinction que Paul fait entre celui/celle qui est marié et celui/celle qui ne l’est pas ; et donc distinction entre celui/celle qui a le souci des affaires de Dieu et celui/celle qui est marié et a les soucis de cette vie.

Il distingue, mais ne séparons pas ce que Paul distingue !

Le texte exprime une partie de l’idéal que tout religieux, toute religieuse – qu’il soit jésuite ou moniale – essaie de vivre, par son engagement au célibat, par son vœu de chasteté. Cette année est consacrée aux consacrés ! et ceux-ci essaient d’avoir le souci des affaires de Dieu. A l’image de Jésus au Temple : « ne saviez-vous pas qu’il me fallait être aux affaires de mon Père ? » Ca c’est l’idéal !

Mais pensez-vous un seul instant que le seul fait d’être célibataire, ou d’avoir prononcé un vœu de chasteté, suffise à « être tout entier consacré aux affaires de Dieu, que le cœur ne soit jamais partagé » ?! Tout jésuite ou toute moniale reconnaîtra que c’est un combat de tous les jours : avoir le souci des choses de Dieu, sans partage, sans compromis. La chasteté exprime ce désir, le désir de cet idéal, mais elle n’est nullement une garantie que ce soit vécu.

A l’inverse ceux qui sont du côté des mariés, ceux qui sont « engagés dans le monde » …  – que ce soit le monde de la finance, de l’entreprise, de la politique, de l’art, etc. – leurs soucis quotidiens sont d’abord horizontaux, mais cela ne devrait pas les empêcher d’avoir pour souci premier et fondamental le souci des affaires de Dieu : « aimer, louer, servir Dieu ».

Votre défi, c’est de voir comment dans votre engagement familial, dans votre passion artistique, dans les soucis techniques de votre entreprise, dans vos rapports avec mes collègues,… vous vivez « l’amour, la louange et le service de Dieu ».

Distinguer consacrés et laïcs : certes ! pour comprendre le sens d’une consécration religieuse, si souvent incomprise et mise en question de nos jours.

Mais séparer : non ! Consacrés comme laïcs nous avons à viser les affaires de Dieu, que nous chantions les laudes ou étudions la Parole de Dieu ; que nous portions le souci très concrets de nos enfants malades ou bien que devions faire réparer la photocopieuse du bureau.

Car la conclusion de Paul s’adresse à toutes et tous : « Je veux vous proposer ce qui est bien, pour que vous soyez attachés au Seigneur sans partage ».