Homélie du 5ème dimanche ordinaire par Louis Piront

05 dimanche ordinaire b guerison belle mere de pierre 1Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront le 8 février

Un cri traverse   les siècles : celui de l’homme déchiré dans son corps et dans son cœur, celui de l’humanité aux prises avec le malheur et les questions sans réponse … Le livre de Job est ce cri.

Il ne s’agit pas d’un récit historique : c’est ce qu’on appelle un « livre de sagesse ». Le héros de ce livre n’a jamais existé, mais il existe à des milliards d’exemplaires : Job, c’est l’homme de douleur, celui que nous sommes tous, plus ou moins, un jour ou l’autre.

Dans nos hôpitaux, dans l’angoisse et la solitude des mourants, dans la misère des lieux de la faim et de la soif, dans la violence de nos guerres et de nos barbaries … Partout où quelqu’un souffre, on pourrait redire ces mots, ces cris de souffrance, sans en changer une ligne.

Job, c’est l’histoire d’un homme juste, irréprochable, pour qui tout allait pour le mieux et qui voit, tout à coup, TOUT s’écrouler autour de lui… Lui-même devient malade, lépreux, après avoir tout perdu.

Et pourtant il garde la foi … malgré tous les jugements injustes prononcés par son entourage.

Son entourage exprime des choses que, de tout temps, on a trop facilement répétées à propos de la souffrance et de la maladie :

Si tu souffres, c’est que tu as péché ! ! ! Ta souffrance est une punition de Dieu ! ! !  Dieu récompense les bons et punit les mauvais :

Allez donc sortir de leur tête cette idée toute faite répandue par ceux qui, évidemment n’ont jamais souffert …

D’ailleurs, c’est tellement ancré dans les esprits que nous disons tous à certains moments difficiles : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour qu’il m’arrive ceci ou cela » … Ou, quand il s’agit des autres : « oh ! celui-là, il ne l’a pas volé ! ! ! »

Puis, peu à peu, l’homme s’est rendu compte que beaucoup de bandits vivaient heureux et sans souffrance alors que beaucoup de gens honnêtes ont des vies d’enfer. « Il n’y a pas de justice », disent les gens. Bien sûr que c’est injuste, si l’on croit que les bons doivent être récompensés et les méchants punis…

Ce sera toujours une grave erreur de faire un lien entre le comportement moral et le lot de souffrance que nous devons subir.

Mais ce n’est pas mieux de subir la souffrance comme on subit un destin, comme on subit la fatalité : on se résigne … Cela risque de paralyser nos capacités de rebondir dans la vie. Cela risque aussi de freiner la solidarité par rapport à ce qui se passe. On dit facilement, dans ce cas : « On ne sait rien y faire : de toute façon, ce que je ferai sera comme une goutte d’eau dans l’océan … »

Il y a une autre attitude est à l’opposé de la résignation : c’est la révolte. Mais il y a 2 sortes de révolte :

                      Celle qui se dresse contre Dieu et conclut à la négation de Dieu : 

- comment Dieu permet-il tout ce mal  et cette souffrance qui existe dans notre monde ???

- « La seule excuse de Dieu » écrit Stendhal, c’est qu’il n’existe pas !!

- Pourquoi lever les yeux vers un ciel qui se tait ??? !!! dit Camus.

                      Mais ces cris de révolte se trouvent aussi dans la Bible, chez Job, bien sûr, mais aussi chez Elie qui veut mourir et chez Jérémie quand il maudit le jour de sa naissance et dit à Dieu : « Tu n’es pour moi qu’un ruisseau trompeur aux eaux décevantes ».

Jésus lui-même n’a-t-il pas dit : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?? ».

Les psaumes reprennent souvent des cris de révolte, parce que la révolte peut être le premier pas vers un nouvel engagement pour lutter contre le mal en étant solidaire de ceux qui souffrent :

Je me souviens avoir lu cette phrase, sans me souvenir de qui

elle est : « seule, la révolte peut engendrer l’amour ! ! ! » :

Il faut d’abord prendre conscience de la souffrance et se révolter contre cette situation pour déclencher en nous une capacité de développer la solidarité.

L’abbé Pierre disait : l’amour, c’est « quand tu souffres, j’ai mal ».

Ce qui est le pire dans la souffrance, c’est la solitude pour la porter.

Ce qui arrive souvent, c’est que, mal à l’aise devant la souffrance de l’autre,  nous préférons éviter de le rencontrer parce que nous ne savons que dire ni que faire.

 Mais nous oublions que ce qui est important avant tout, c’est d’être là, à côté, même sans rien dire. Parce que le pire, dans la souffrance c’est d’être seul ! ! !

Bien sûr que nous n’avons pas de solution : ce serait trop facile ! ! !

Le Christ n’a jamais prononcé de discours sur la souffrance : il est contre la souffrance ! Il ne l’explique pas : il la saisit et la vit aux côtés des hommes.

Les hommes cherchent toujours à répondre à la question : « pourquoi le mal ? » Jésus répond plutôt à la question : « Que faire contre le mal et avec ceux qui ont mal ? »

Comme le dit Claudel : « Il n’a pas supprimé la souffrance, mais il l’a habitée, il l’a remplie de sa présence. »

Alors que les hommes cherchent les causes de la souffrance, Jésus a rendu à la souffrance son mystère et pour ce qui le concerne, il a donné à sa propre souffrance un sens, le sens le plus profond qu’on puisse lui donner : il l’a remplie d’une présence d’amour, d’amour total qui va jusqu’au pardon donné à ceux qui le torturaient.

Il nous invite à entrer dans cette même dynamique, en respectant notre limite et notre liberté.

Il prend la tête de ceux qui mènent croisade contre toutes les formes de souffrance et qui cherchent à détruire les racines sans cesse renaissantes du mal : là où le mal recule, Dieu est présent !

Comme pour la belle-mère de Pierre, Jésus vient nous rendre la santé évangélique,  transformer les libérés en libérateurs, les aveugles en guides, les paralysés en serviteurs, les gens abattus en personnes debout se mobilisant pour l’avènement du Royaume de Dieu.