Homélie du 4ème dimanche de Pâques par Laurent Capart SJ

4 paques b bon pasteurHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 26 avril.

Nous prions aujourd’hui pour les vocations, mais nous ne demandons pas au Seigneur des pasteurs. En effet, les lectures que nous venons d’entendre sont claires : il n’y a qu’un seul Pasteur et c’est Jésus. On peut avoir l’impression que tel n’est pas le cas quand, dans un autre extrait de l’Évangile Jésus dit à Pierre : « Pais mes brebis », mais précisément il parle là de ses brebis. 

Pierre est donc invité à collaborer avec l’unique Pasteur. Cette réalité que Jésus est l’unique Pasteur, je l’ai clairement ressentie en Californie un samedi après-midi. Je venais d’arriver pour plusieurs mois dans un pays que je ne connaissais pas, et dans la communauté jésuite, j’ai été très bien accueilli, mais je ne connaissais encore personne. En pensant à la messe à laquelle j’allais participer, j’ai réalisé que le Seigneur, lui, je le connaissais déjà et que c’était le même que celui que j’avais célébré en Europe. Il y a donc bien un seul troupeau, même si les brebis font partie de plusieurs bergeries. Les cultures sont en effet différentes, mais c’est le même Seigneur, et il faut éviter d’imposer une culture déterminée quand on annonce le Pasteur qui est venu pour toutes les cultures. Cet enjeu était déjà présent au tout début de l’Église quand Pierre voulait imposer aux païens devenus Chrétiens des coutumes juives. Cela a provoqué une forte réaction de Paul et Pierre a reconnu s’être trompé. La question reste d’actualité quand encore aujourd‘hui le christianisme est associé à la société occidentale.

Une autre remarque permet d’illustrer que le Pasteur est unique : quand un malade change de médecin, son dossier médical est transféré de son ancien médecin au nouveau ; ce n’est pas le cas quand un Chrétien change de communauté. Le Seigneur est le même. Il est celui qui a le pouvoir de donner sa vie ainsi que de la reprendre. Dans son Évangile, Saint Jean montre bien que Jésus a choisi librement d’aimer jusqu’au bout et de donner sa vie pour cela si nécessaire. Mais Jésus avait aussi le pouvoir de reprendre sa vie en ressuscitant. Et maintenant il continue à donner la vie non seulement en créant, mais aussi dans les sacrements. La mission de l’unique Pasteur est de donner la vie. Les personnes consacrées participent à la mission du Christ. Avant de donner des exemples, je précise deux choses : je décris ici un idéal qui est loin d’être toujours atteint et je ne prétends pas que ce que je dis ne peut s’appliquer qu’aux personnes consacrées, aux évêques, aux prêtres et aux diacres. Ceci est particulièrement vrai du fondement de la vie consacrée qui est de mettre Dieu au centre, ce que des époux chrétiens peuvent également décider de faire dans la famille qu’ils fondent.

Traditionnellement, l’action sociale est une des formes de collaboration à la mission du Christ comme en témoignent les hôpitaux et les écoles ouvertes à tous fondées par des congrégations religieuses. Dans ce cas, il est clair que les congrégations ne sont plus seules, et c’est tant mieux. La question qui pourrait se poser maintenant est de savoir si elles n’ont pas à prendre de nouvelles initiatives sociales pour répondre à des besoins réels auxquels personne ne répond. La proclamation de la Parole de Dieu, commentée pour en montrer le caractère actuel, est une autre forme de cette collaboration avec le Christ seul Pasteur. Le rôle du commentateur est bien d’aider à se mettre en présence du Seigneur. L’idéal est alors que le commentateur se retire sur la pointe des pieds, comme nous essayons de le vivre pendant les « prières ignatiennes ». Les sacrements sont une troisième manière de collaborer à la mission du Christ qui se donne lui-même comme nourriture à chaque eucharistie. Et quand un prêtre pardonne les péchés d’une personne, il ne se demande pas s’il a la force de donner ce pardon parce que c’est le pardon de Dieu qu’il donne et non le sien.

Ne pas être sauveur lui-même libère le prêtre qui sans cela serait accablé par une responsabilité bien lourde. Certains journaux parlent maintenant du « burn out » des prêtres. Il s’agit d’un épuisement et d’un découragement liés au fait d’être submergé par son activité. Sans être présomptueux au point de prétendre que je ne serai jamais atteint, il me semble que savoir que la mission est celle du Christ et non la mienne m’aide à rester serein, et c’est en tous cas un grand bonheur de collaborer avec Jésus le seul Pasteur qui aime et connaît personnellement toutes ses brebis, quelles que soient leurs bergeries, et les rassemble dans un seul troupeau.