Homélie du 4ème dimanche de l'Avent par André de L'Arbre SJ

4e avent bHomélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre le 21 décembre

Chers Frères et Sœurs, Le récit de l’Annonciation raconte la vocation et la mission de la Vierge Marie. En faisant intervenir l’ange, l’envoyé de Dieu, il s’agit de bien montrer que c’est Dieu lui-même qui interpelle Marie et qui lui confie sa mission. Cette mission consiste à donner au monde le Fils de Dieu, le Sauveur des hommes.

L’ange commence par dire à Marie : «  Réjouis-toi ». Lorsque Dieu appelle et fait confiance à quelqu’un, c’est toujours une grande joie et un grand honneur. La mission qui saisit toute la personne et toute sa vie, baigne dans cette joie profonde que seul Dieu peut nous garantir.

Ensuite, l’ange ne nomme pas Marie, mais lui donne un nouveau nom : « Comblée-de-grâce ». L’identité profonde de Marie, ce qui la définit, c’est cette plénitude de grâce. Elle est le reflet de l’amour infini et totalement gratuit de la part de Dieu. C’est à partir de cette expression que l’Eglise a peu à peu compris ce qui deviendra le dogme de l’Immaculée Conception. Cette vérité ne s’est pas imposée d’emblée, mais elle a progressivement gagné du terrain. La Vierge Marie est venue elle-même nous aider à mieux comprendre qui elle est vraiment.

En 1830, elle apparaît à une novice des Filles de la Charité, Catherine Labouré, dans la chapelle de la rue du Bac à Paris. Et la Vierge lui demande de faire frapper une médaille en son honneur sur laquelle serait gravé : « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Cette médaille a effectivement été frappée et envoyé dans le monde entier.

Le 8 décembre 1854, le Pape Pie IX, après avoir consulté l’ensemble des évêques du monde entier, proclame le dogme de l’Immaculée conception. Voici le texte : « Dès le premier instant de sa conception, par grâce et privilège unique du Dieu tout-puissant, la Bienheureuse Vierge Marie a été, en considération des mérites de Jésus Christ, Sauveur du genre humain, préservée de toute souillure du péché originel ».

Mais ce n’est pas fini. Le 25 mars 1858, en la fête de l’Annonciation, à Lourdes, Bernadette demande à la Vierge quatre fois de suite qui elle est. Elle le lui avait déjà demandé plusieurs fois depuis le 18 février, mais la Vierge se contentait de sourire. Bernadette insiste et finalement la Vierge répond : « Je suis l’Immaculée Conception ». Bernadette ne comprend pas cette expression et en courant vers le curé de Lourdes, elle répète la formule tout le long du chemin pour pouvoir l’annoncer à l’abbé Peyramale. Celui-ci est bouleversé, car il est courant, lui, du dogme proclamé quatre ans plus tôt.

Mais ce qui est original ici, c’est la formule utilisée par la Vierge : « Je suis l’Immaculée Conception ». Comment peut-on être sa propre conception. On est conçu par ses parents et non par soi-même. Que voulait alors dire exactement Marie ?

Voici comment on peut comprendre cela. Comme créature humaine, Marie est conçue par l’intervention d’un acte créateur de Dieu, mais cet acte créateur n’est pas simplement ponctuel, mais permanent. Et Marie doit y consentir activement et librement durant toute sa vie. Le premier instant de sa vie, sa conception, symbolise parfaitement la totalité de son existence, chaque instant de sa vie. Et donc, cette conception permanente la définit : « Je suis l’Immaculée Conception ».

J’ai bien dit qu’elle consentait librement à cet acte créateur, à cet amour comblant de Dieu. L’ange l’appelle : « Comblée-de-grâce ». Elle va donc aussi consentir totalement et librement à l’acte le plus fécond de toute l’Histoire humaine, mettre au monde le Fils de Dieu, le Sauveur de toute l’humanité. Elle est parfaitement unie à Dieu le Père dans cet acte de donner Jésus aux hommes, de permettre à Dieu de s’incarner dans notre Histoire, de mettre au monde l’Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous.

A la suite de Marie, nous sommes invités nous aussi à consentir à l’amour de Dieu, à obéir toujours plus librement à son projet, à sa volonté : « Que ton Règne vienne, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Notre vie prend toute sa grandeur, tout son poids, toute sa profondeur, dans cette libre collaboration avec notre Dieu.

Prions les uns pour les autres.