Homélie du 4ème dimanche de Carême par Louis Piront

Fils prodigue c 6 pardonHomélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 6 mars.

Celui qui est le père de ses deux fils !

Quel Père ? Celui que Jésus nous révèle à travers son évangéliste Luc.

Il me fait penser à tous ces parents, bien plus nombreux que nous l’imaginons, qui ont dit à l’un de leurs enfants, celui qui avait commis une gaffe, des gaffes, ou qui avait sombré dans une façon de vivre qui leur faisait très mal, qui ont dit cette parole bouleversante restée dans le plus profond de la mémoire de leur enfant :

« Mon enfant, quoi que tu fasses, quoi qu’il t’arrive, nous t’aimons et nous serons toujours là, tu resteras toujours notre enfant … »

Quelle belle sécurité, même si elle n’est pas toujours consciente au moment même, pour celles et ceux qui ont eu la chance d’entendre une telle parole : savoir qu’il y a un endroit où ils pourront revenir et où les bras seront toujours ouverts ;  qu’il suffit pour cela, de revenir, de reconnaître que l’on s’est trompé, accepter que l’erreur fait partie intégrante de notre humanité…. Sans doute, l’orgueil et la fierté en prennent un fameux coup, mais c’est au profit de bien plus important que notre fierté : notre vie … et l’amour échangé !

Savoir qu’il y a quelque part, une épaule sur laquelle nous pouvons nous épancher ; savoir, surtout, qu’elle n’est jamais bien loin, cette épaule.

Ce n’est pas pour rien que Jésus dit à ses auditeurs :

« Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père, dans sa bienveillance, donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent… »

Pardonner, c’est ouvrir’, dans le cœur de celui qui est rongé par la culpabilité, un chemin nouveau sur lequel il pourra continuer d’avancer, de vivre, avec un fardeau moins lourd.  C’est lui permettre ainsi d’aller à la rencontre du meilleur de lui-même …

Ce n’est pas par hasard que les gens qui se pressent pour écouter Jésus et l’accueillir à leur table, ce sont justement des gens qui, de notoriété publique, sont des pécheurs (les publicains et les pécheurs).

Mais il y avait aussi des gens honnêtes qui faisaient tout leur possible pour mériter l’estime de Dieu en accomplissant fidèlement les préceptes de la loi de Moïse.

Voilà justement la difficulté d’être Père … : c’est de faire face à deux enfants différents : celui qui semble se couler normalement dans le moule de son éducation,  et puis, celui qui fait des détours, parfois de larges détours !, avant de retrouver le monde des racines qui l’ont construit.

Aucun des deux n’a compris quelque chose à l’amour de leur père …

L’un croit ne plus « mériter » d’être appelé fils,  et l’autre râle parce que son père n’a jamais reconnu le « mérite » de sa fidélité…

Les enfants parlent de mérite, tandis que pour le père, tout ce qui est à lui est à eux …

Ces deux enfants, même s’ils se sont conduits de façon très différente, se ressemblent dans leur manière d’envisager la relation avec leur père …

Tous deux font des calculs :

« Je ne mérite plus… »

«  Je mériterais quand même bien quelque chose… »

Le Père, lui, est à cent lieues de ces calculs : il aime ses fils .

Tous les deux fils doivent faire du chemin pour reconnaître leur père tel qu’il est et non pas tel qu’ils l’avaient imaginé chacun …

Et nous ? quelle est la vraie question qui nous est posée en ce dimanche, où, en plus, nous faisons la première collecte du carême de partage ???

Il y en a deux :

  1. Reconnaissons-nous l’histoire de nos racines : nos racines chrétiennes et nos racines parentales, quels que soient les difficultés que nous ayons pu rencontrer ? … (On ne choisit pas sa famille …)
  2. Faut-il partager ? Est-ce normal de le faire ?

    Comment partager ce que nous avons reçu avec ceux qui n’ont pas eu notre chance, matériellement ou moralement ? … A chacune et à chacun de voir comment ne pas trop calculer pour entrer dans la dynamique de la gratuité de Dieu …

    La meilleure façon de témoigner du Père, c’est de témoigner de sa miséricorde. Quelle bonne idée notre pape a eu en lançant cette année sainte sur le thème de la miséricorde ! (= ouvrir notre cœur sur la misère)

    Dieu n’a aucun problème de relation avec ses enfants. Il est bien plus difficile pour Dieu de mettre en relation les enfants qui ont tout reçu dès le départ … avec ceux qui ont été moins bien lotis ou qui ont fait des détours en se croyant plus malins que Dieu ! …

    Je voudrais davantage insister aujourd’hui sur nos frères moins bien lotis : c’est que la pauvreté du Tiers-monde n’est pas due au gaspillage de leur héritage :

    Leur héritage, c’est la pauvreté !!...

    Alors, je vous invite, je nous invite simplement à partager, selon ce que nous croyons être juste, les richesses que nous attribuons trop facilement à nos mérites ou, dans le meilleur des cas, aux mérites de ceux qui nous ont précédés.

    C’est ainsi que nous serons les enfants bien-aimés de celui que notre foi appelle  Notre Père.

     La fidélité de Dieu ne veut pas faire défaut aux hommes. Elle est miséricorde et elle nous concerne: "Laissez-vous réconcilier avec Dieu", insiste Paul. Et la grande parabole de l'enfant prodigue nous met face à ce Père prodigue de sa miséricorde autant pour l'enfant perdu et retrouvé que pour le fils aîné. Nous sommes tous responsables de cette miséricorde à répandre dans la vie de tous les hommes : Dieu a besoin de nous pour cela !