Homélie du 4ème dimanche de Carême par Laurent Capart SJ

4 careme b croixHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart le 15 mars.

Les lectures que nous venons d’entendre nous aident à nous situer par rapport à Dieu. Dans le second livre des Chroniques, le peuple ne respecte pas les commandements de Dieu : « En ces jours-là, tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités (…) Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes ». 

Les conséquences de cette désobéissance sont aussi décrites : « finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. (…) Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur proclamée par Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposera durant septante ans, jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repos tous les sabbats profanés. » Depuis quelques années, ces dernières lignes nous parlent beaucoup. Nous mesurons bien l’importance de l’écologie et de respecter la nature. Des lignes qui précèdent, il ne faut pas déduire que celui qui souffre est toujours celui qui a commis le mal. Il peut être la victime de catastrophes naturelles ou encore du mal commis par d’autres. Par contre, celui qui fait le mal provoque des souffrances.

Après avoir décrit le péché et ses conséquences, le texte nous montre comment Dieu intervient en se servant de Cyrus qui pourtant ne fait pas partie du peuple à sauver. Encore aujourd’hui, il peut arriver que Dieu se serve de personnes qui ne partagent pas nos convictions religieuses, pour nous sauver. Pour discerner si une parole vient de Dieu, c’est cette parole qu’il faut accueillir et méditer, et peu importe l’appartenance philosophique ou religieuse de la personne qui la prononce.

Dieu intervient. Comment pouvons-nous répondre ? Les lectures que nous venons d’entendre et quelques paroles liturgiques peuvent nous indiquer des pistes de réponses. Il s’agit d’abord de nous reconnaître pécheurs et de demander le pardon : «  Seigneur Jésus, envoyé par le Père pour guérir et sauver les hommes, prends pitié de nous. » Nous reconnaissant malades, nous pouvons demander d’être guéris. Nous le faisons en demandant, dans la prière qui prolonge à la messe le « Notre Père » : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par ta miséricorde, libère-nous du péché », c’est-à-dire de nos péchés. La prière se poursuit : « rassure-nous devant les épreuves ». Ces dernières ne sont peut-être pas toujours des conséquences de péchés, mais elles nous contrarient. Voir ces contrariétés comme des épreuves conduit à voir en quoi elles peuvent nous aider à grandir dans l’amour. La prière se poursuit : « en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus Christ, notre Sauveur. » Dieu veut notre bonheur. Ce dimanche est d’ailleurs celui de « Laetare », « Réjouis-toi ».

Peu après, le prêtre dit : « Ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Église ». Il était important de reconnaître nos péchés, pour être conscients du besoin d’en être guéris, mais précisément, il ne faut pas s’y enfermer. Nous venons de l’entendre dans l’Évangile : « Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. » Les péchés nous enferment dans l’obscurité, mais nous ne devons pas avoir peur de la lumière qui révèle celles de nos œuvres qui « ont été accomplies en union avec Dieu. » Pour ce faire, nous sommes invités à contempler le Seigneur sur la croix : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Jésus se compare au serpent de bronze évoqué dans le chapitre 21 du livre des Nombres. Le peuple récriminait. À long terme, c’est mortel. Pour que le peuple se convertisse, Dieu anticipe les conséquences et envoie des serpents dont la morsure est mortelle, mais il demande que soit édifié un serpent de bronze vers lequel ceux qui auront été mordus pourront se tourner pour être guéris. Le serpent de bronze, fait avec du feu, symbole de la chaleur et de la lumière de Dieu, est un serpent paralysé. Il ne mord pas. Jésus, en pardonnant sur la croix ouvre un horizon de résurrection où le péché est paralysé. La source de notre joie est là.