Homélie du 3ème dimanche ordinaire par Laurent Capart SJ

03 dimanche ordinaire c jesus a la synagogue de nazarethHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 24 janvier.

Nous venons d’entendre deux parties de l’Évangile de Saint Luc. Dans la première, l’évangéliste, qui n’a pas directement connu Jésus, insiste sur l’importance de la solidité des enseignements à son propos : « C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. » Notons aussi que la phrase s’adresse à l’ « excellent Théophile ». Or « Théophile » se traduit « ami de Dieu ». L’Évangile s’adresse donc aux amis de Dieu qui veulent vivre profondément cette amitié, et pas à ceux qui veulent polémiquer.

Après cette première partie constituée par les quatre premiers versets du premier chapitre de l’Évangile, viennent des récits concernant les naissances de Jean et de Jésus et l’enfance de ce dernier. Nous arrivons alors au deuxième extrait lu aujourd’hui, les versets 14 à 21 du chapitre 4. Nous y voyons Jésus revenir à Nazareth, entrer dans la synagogue et y faire la lecture, comme il en avait l’habitude, nous apprend, comme en passant, Saint Luc. La fin de l’extrait nous indique clairement que le texte lu par Jésus constitue son « programme politique ». Le mot n’est pas usurpé parce que ce « programme » a des implications pour la vie sociale. Avant de commenter très brièvement ces paroles, je rappelle que dans beaucoup de religions, il s’agit surtout de demander de bonnes choses pour soi-même, par exemple de bonnes semailles et de bonnes récoltes dans les sociétés agraires. Jésus indique autre chose. « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » : les pauvres sont ceux qui ont besoin des autres, de Dieu et des relations pour vivre. Ce sont donc eux les destinataires de la Bonne Nouvelle. « Annoncer aux captifs leur libération » : il s’agit de libérer ceux qui sont prisonniers de leurs peurs, de leurs angoisses, de leurs échecs, des préjugés des autres, etc.  « Et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue » : il s’agit notamment ici de voir le sens de ce qu’on vit, ce qui n’est, par exemple, pas le cas des personnes qui disent qu’elles ne voient plus clair dans leur situation et dans leurs relations aux autres. « Remettre en liberté les opprimés » : c’est encore un des objectifs des commissions « Justice et paix » actives dans plusieurs diocèses dont le nôtre.

Le texte lu annonce enfin « une année favorable accordée par le Seigneur ». L’ensemble de l’Évangile, où Jésus demande par exemple d’aimer ses ennemis et de prier « pour ceux qui vous persécutent », ne signifie pas que l’on demande quand même de bonnes récoltes, pour rester dans l’exemple pris plus haut. Cela ne l’exclut pas nécessairement, mais si, tel est le cas, la demande doit s’inscrire dans un contexte plus large. Les personnes les plus âgées de notre assemblée ont connu la deuxième guerre mondiale, et il était légitime qu’elles prient d’être délivrées du joug des occupants, puisque le texte lu par Jésus comprend la libération des opprimés. Il n’y a par contre évidemment pas lieu de comprendre que Dieu vient aider ceux qui attaquent injustement d’autres personnes ou d’autres peuples.

Par ailleurs, l’évocation d’« une année favorable accordée par le Seigneur » ne me semble pas s’appliquer uniquement aux rares années jubilaires telles celle de la miséricorde dans laquelle nous venons d’entrer. Il me semble que cette expression nous donne une clé de lecture de toutes les années. Il est en effet possible chaque année de considérer que l’année n’est pas favorable parce que l’on en retient que les contrariétés et les difficultés. Mais il est aussi possible d’être attentifs aux bienfaits reçus, aux bonnes actions réalisées et à tous les autres constituants d’une « année favorable ». Ce faisant, nous pouvons faire de chaque jour cet « aujourd’hui » où « s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ».