Homélie du 3ème dimanche de Pâques par Louis Piront

3 paques b apparition apres la resurrection 2Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront le 19 avril

Etre témoins, c’est quoi?

1. Etre croyant à fond, d’une foi bétonnée dans des vérités définies qui doivent être transmises de générations en générations ?

2. Une connaissance de la foi qui permet d’instruire ? Transmission d’un savoir ?

3. Etre crédible, ce qui suppose beaucoup de choses au niveau d’un être et d’un agir qui soit communicable et recevable dans un échange avec d’autres ?

Des témoins cohérents, il n’y en a pas beaucoup : même les saints sont loin d’être des modèles dans tous les domaines. Même les évangélistes sont des témoins imbibés de la culture de leur époque, d’où la difficulté de décrypter le message de Jésus à travers leurs écrits … 

En fait, personne ne peut prétendre être un témoin fiable du message de Jésus : nous sommes tous limités dans notre capacité de vivre selon l’Evangile. Nos structures ecclésiales sont dans la même situation. Nous sommes des écrans, plutôt que des vitraux, quant à laisser passer la lumière … Mais alors : allons-nous chacun rester chez nous et surtout ne rien risquer au dehors de ce qui risque de toute façon de ne pas être crédible ?? Ce serait refuser l’appel qui nous est adressé dans l’Evangile de ce jour … Ce serait refuser la confiance que Dieu nous fait lorsqu’il nous invite à être témoins …

En fait, aucun homme ne peut être pleinement cohérent par rapport à ce qu’il croit. C’est vrai pour nous, mais c’est vrai aussi pour ceux qui ont une foi différente de la nôtre ou pour ceux qui ne croient pas. Etre témoins consistera donc à partager notre foi, à confronter nos idées avec ceux qui pensent différemment, avec une attitude suffisamment ouverte pour que chacun puisse s’enrichir de la réflexion de l’autre. Il faut prendre le risque du dialogue qui va permettre de progresser chacun sur son propre chemin, grâce au regard de l’autre qui vient éclairer le mien. Je voudrais vous lire une partie de l’éditorial de la revue « Reliures » qui exprime bien ce que le pape François dit lorsqu’il demande aux chrétiens d’aller aux périphéries … ou encore ce que Jésus veut dire lorsqu’il demande aux disciples de le rejoindre en Galilée

Voici cet éditorial : « Allez aux frontières pour créer des liens, mettre ensemble, non pas pour construire une fausse unanimité, mais pour communiquer ensemble, pour débattre, pour se confronter et construire ensemble un avenir qui nous soit commun. Dialogue lent, difficile, mais déterminant. Relier des agnostiques, des athées et des croyants de tous horizons, pour essayer de trouver la clé de l’avenir de l’homme. Aller aux frontières pour relier des hommes et des femmes appartenant à des traditions et des institutions philosophiques, spirituelles et religieuses différentes. Chacun avec sa spécificité, ses richesses, ses visions complémentaires ou contradictoires. Et pour cela, apprendre à découvrir l’autre et s’ouvrir à lui, approfondir sa propre identité sans crispation, entrer en débat sereinement et entamer des actions autour de valeurs communes. La vraie liberté de foi s’acquiert en refusant l’obscurantisme, le dogmatisme, le sectarisme, l’ignorance et la peur. Il ne s’agit pas de se renier pour fabriquer une espèce de mélange de tout n’importe comment ; mais nous resterons fidèles à nos racines en laissant remettre en question ce qui est davantage des habitudes que des valeurs. Il s’agit de réajuster sans cesse notre manière de parler et d’agir, pour que notre témoignage s’exprime avec des mots plus adéquats et compréhensibles, et soit accompagné de gestes qui viennent conforter nos discours. »

C’est ainsi que nous serons témoins, sans ostentation, sans esprit de supériorité, mais conscients de nos contradictions et de notre pauvre capacité de comprendre le projet de Dieu qui nous dépasse infiniment. On peut être un vrai témoin sans être parfait, du moment qu’on ne se prend pas au sérieux et qu’on se laisse interpeller par ceux qui ont un regard différent du nôtre.