Homélie du 3ème dimanche de l'Avent (par Thierry Dobbelstein SJ)

3e avent bHomélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein le 14 décembre.

Quand nous lisons l’Evangile, nous avons la nette impression que c’est une répétition de dimanche dernier, avec Jean-Baptiste qui reprend à son compte ce que Marc avait dit à son sujet la semaine dernière ; il cite Isaïe pour présenter son action : « La voix de celui qui crie dans le désert : ‘redressez le chemin du Seigneur’ ». Je vous rappelle que ce n’est pas un petit chantier de rénovation, mais bien une restructuration complète du relief. Et que chacun peut y contribuer à la force de ses bras … avec sa propre brouette. Jean poursuit : « Moi, je baptise dans l’eau. … et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. » Nous connaissons tout cela, je n’insiste donc pas.

Ce dimanche c’est aussi la collecte pour « Vivre Ensemble ». Un témoignage nous sera donné par un des nombreux engagés dans les associations de nos quartiers pour les plus démunis. Et cela tombe bien quand nous lisons la première lecture : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » Ces paroles font du bien à ceux qui déploient énergie et imagination au profit des déshérités, des repris de justice, des malades… Que ce soit dans les services sociaux, les groupes d’alphabétisation, les tables de conversation, les écoles de devoirs, les abris de jour ou de nuit …

Comme Jean-Baptiste a repris à son compte certaines paroles d’Isaïe, ainsi Jésus reprendra aussi à son compte ces paroles du prophète,  lors de son passage par la synagogue de Nazareth, en introduction de sa vie publique. Elles ne sont donc pas anodines.

C’est parce que l’Esprit est sur lui, qu’il est le Messie, le « oint ». Mais n’oublions pas que c’est aussi notre nom à nous, qui nous disons « chrétiens ». Nous sommes nous aussi des « oints », des imprégnés … et pas seulement de saint chrême – parce que baptisés et confirmés – nous sommes des imprégnés de l’Esprit Saint.

Il y a une phrase que j’aime beaucoup dans les lectures de ce dimanche : « N’éteignez pas l’Esprit ». En ces mois où on nous parle de risque de  « black out », on nous incite à couper nos lumières, à éteindre les appareils complètement, à ne pas les laisser en veille. Mais pour nous en cet Avent, c’est exactement l’inverse ! Surtout rester en veille ! Surtout ne pas nous éteindre ! Surtout ne pas éteindre l’Esprit en nous ! 

Nous connaissons tous des personnes qui sont éteintes. Surtout ne pas leur ressembler ! Elles vivent comme des zombies, longeant les murs ; comme si elles n’avaient plus rien à recevoir, ni à donner. L’un va avec l’autre d’ailleurs : donner et recevoir ; recevoir et donner. Et toutes les raisons peuvent être invoquées pour justifier qu’on est éteint ! « Je suis veuf, je suis malade, je vieillis, j’ai été victime d’abus, on m’a trompé, … » Pourtant pas une seule raison ne devrait suffire pour se contenter de demeurer éteint. Cela ne rend pas heureux de se complaire dans l’obscurité, dans le ressassement des frustrations et des blessures.

Ne laissez pas éteindre ! L’Esprit, c’est comme un feu en moi. Je peux le laisser s’éteindre, l’étouffer sous le découragement, la plainte ou le mal. Je peux aussi l’attiser : souffler délicatement, pour qu’il reprenne vigueur, qu’il éclaire et réchauffe. Alors mon regard n’est plus éteint, il rayonne, il parle … même sans mot.

Comment l’attiser ? Avec quoi est-ce que j’attise ? Paul nous donne l’un ou l’autre conseil dans la deuxième lecture : « priez sans relâche et rendez grâce en toute circonstance ! » Ma prière peut être un arrêt dans ma morosité. Certains se reconnaîtront peut-être dans ce récit, qui m’arrive parfois : « Je me lève du mauvais pied ! J’ai mal dormi. J’ai pris ma voiture, j’étais dans un embouteillage. On me klaxonne, je m’énerve. Espèce d’enc… Et ma journée est foutue ! J’ai décrété que j’aurais mieux fait de rester chez moi, et encore dans mon lit ! » La prière – surtout si elle est action de grâce – m’empêche de rester dans cet état d’âme. Elle relativise mes frustrations du matin. Elle les situe par rapport à une confiance bien plus grande : « Mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtu des vêtements du salut, il m’a couvert du manteau de la justice ». Cela pourrait être cela, que laisser l’Esprit brûler en moi ! C’est dans une prière qui coupe court à la morosité et qui est élargissement à l’action de grâce que j’empêche l’Esprit de s’éteindre.

Mais ce qui vaut pour moi, vaut aussi pour les autres ! Nous pouvons contribuer à éteindre l’Esprit chez les autres ! « Tu as raison tu n’es qu’un imbécile ! » « Ah oui, Madame, que les temps sont durs, tout était tout de même mieux dans le passé ! » « Demain ira nécessairement plus mal qu’aujourd’hui ». Nous pouvons aussi dire : « Stop ! Vos misères, elles sont réelles ! Mais ce ne sont pas elles qui doivent vous déterminer ! confiez-les au Seigneur, pour qu’il vous permette de vivre avec ! Et surtout, surtout, … regardez et rendez grâce pour les flammes qui brûlent autour de vous, et en vous ! »

N’organisez pas le black out de l’Esprit ! Restez en veille ! Allumez ! Et vous serez dans la joie ! et vous partagerez la joie.