Homélie du 3ème dimanche de l'Avent par Thierry Dobbelstein SJ

3e avent c 1re lectureHomélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 13 décembre.

Aujourd’hui ce sont les deux premières lectures qui se répondent comme en écho l’une à l’autre : « Pousse des cris de joie, réjouis-toi, tressaille d’allégresse ! » dans la première lecture – « Soyez dans la joie, laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. » dans la seconde lecture.

Cet extrait de l’épître de Paul aux Philippiens est d’ailleurs en théologie, dans le cours d’homilétique, un sujet favori. Comment lisons-nous cet extrait dans nos liturgies ? Faut-il absolument avoir un ton monocorde, et une dernière syllabe nécessairement tombante ? Quand j’écoute la radio et que je scanne les différents programmes, il est si aisé de repérer la Première (RTBF) qui nous propose la messe dominicale. Aisé et facile mais pour de mauvaises raisons. Surtout quand on compare, quand on repère combien il est facile de repérer l’autre chaîne (Vivacité) qui propose un match de football ou l’arrivée d’étape du Tour de France. Serait-il possible d’échanger les deux tons, que nos églises soient comme un stade de football lorsqu’un gardien marque à la 95ème minute ?

C’est ce qu’a compris Jean-Paul II quand il a lancé l’initiative des Journées Mondiales de la Jeunesse : il faut que l’on puisse reconnaître les chrétiens à leur joie : « soyez dans la joie ». C’est ce que comprennent aussi les communautés charismatiques ou encore les églises évangéliques.

Ils vous reconnaîtront comme mes disciples à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. Je paraphraserais par « ils vous reconnaîtrons pour mes disciples pour la joie dont vous rayonnez ».

« C’est une bonne nouvelle que je vous apporte », allons-nous entendre une fois encore dans la soirée ou la nuit du 24 décembre. Mais est-ce vraiment une bonne nouvelle ? L’accueillons-nous comme une bonne nouvelle ? Que Dieu se soit fait homme. Que Dieu nous aime. Que l’humanité soit divinisée. Que je sois aimé. Que rien ni personne ne puisse me séparer de l’amour du Christ. Est-ce une bonne nouvelle… qui me remplit de joie ?

Comprenez-moi bien : il ne s’agit pas d’être yéyé ! Il y a bien des phases de notre vie qui sont dures, âpres, voire acides. Il ne s’agit pas de le nier, et donc d’afficher une joie de façade ; il ne nous est pas demandé de faire du cinéma. Pour ces situations, le prophète Sophonie et l’apôtre Paul ont aussi des mots qui conviennent : « Ne pas laisser ses mains défaillir », « Ne soyez inquiets de rien » ; ils parlent de joie, mais aussi de « sérénité ». Dans l’adversité, dans l’acidité, le chrétien se reconnaît à la sérénité qui l’habite… non pas qu’il soit indifférent aux douleurs, aux injustices… mais serein au nom de la même bonne nouvelle : « Quoi qu’il arrive, Dieu s’est fait homme. Dieu nous aime. L’humanité est divinisée. Je suis aimé. Rien ni personne ne peut nous séparer de l’amour du Christ ».

Avez-vous déjà rencontré des personnes qui rayonnent de cette joie et de cette sérénité ? Vous arrive-t-il de vivre la joie et la sérénité, sans savoir pourquoi. Ce sont deux grâces à demander.

L’Evangile fait encore un zoom sur Jean Baptiste et sur les personnes qui viennent à lui. « Que devons-nous faire ? » La réponse, ou plutôt les réponses, car elles sont adaptées à chacun, sont d’une simplicité déroutante. Il n’y a  pas besoin de s’appeler Jean-Baptiste pour affirmer cela : « faites ce qui convient, ne volez pas, ne soyez pas violents, … » Je continuerais : « soyez joyeux, devenez joyeux aujourd’hui ! »

Qu’allez-vous faire aujourd’hui pour rendre joyeux, pour que quelqu’un qui vous croise soit un peu plus joyeux. Il y a quelques années, un compagnon jésuite est décédé. Un homme extrêmement simple : il n’avait pas d’études, et manuellement il n’était pas des plus doués. Il a passé sa vie au service de ses frères jésuites à peler les patates et à laver le linge. C’était frappant de voir le nombre de compagnons jésuites qui se sont déplacés pour ses funérailles : ils sont venus de Liège, Charleroi, Namur, même de Flandre. Probablement que nous avons tous été touchés par cette joie dont il rayonnait. Dans sa chambre, pendait d’ailleurs cette maxime de Mère Teresa : « Ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux ».

On ne sait pas faire le bonheur des gens à leur place, mais on peut les rendre joyeux, plus joyeux, quelques instants … cela transfigurera leur journée… et cela transfigurera la nôtre. Je ne vois d’ailleurs pas d’autres moyens d’être joyeux que de partager la joie : la recevoir en partage, ou bien la partager soi-même en rendant quelqu’un d’autre joyeux.

Aujourd’hui ce sont des choses simples, évidentes… mais si évidentes qu’on oublie trop souvent de les pratiquer. Bonne suite de marche vers Noël !