Homélie du 34ème dimanche ordinaire par Laurent Capart SJ

34 dimanche ordinaire b christ roi tu es roiHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 22 novembre. 

« Es-tu le roi des Juifs ? » La question posée par Pilate à Jésus qui vient de lui être livré reste actuelle. Jésus n’est-il pas seulement celui à qui nous nous adressons pour lui confier nos soucis quotidiens et lui adresser nos demandes ? Ou encore celui au nom duquel nous sommes contents de nous rassembler à l’occasion de certains événements ? « Es-tu le roi des Juifs ?» À cette question, Jésus ne répond pas qu’il n’est pas roi, mais que sa royauté n’est pas de ce monde. Si tel était le cas, il aurait eu des gardes prêts à le défendre quitte à répondre la violence par la violence et à amplifier ainsi un cercle vicieux. Jésus parle néanmoins de sa royauté parce qu’il a une vision et un  projet, celui de la civilisation de l’amour pour reprendre les mots prononcés par le Pape Paul VI à la fin du vingtième siècle : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

En prononçant ces paroles, Jésus donne le sens profond de sa naissance et de sa venue dans le monde et nous aide à trouver le sens de notre naissance et de notre venue dans le monde. Le reste de l’Évangile nous permet de comprendre que la vérité dont il est question est celle évoquée au verset 11 du psaume 84 : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ».

Puisque Jésus est roi, ses disciples sont des citoyens dans son Royaume. Trois étapes permettent de vivre bien cette citoyenneté. La première est la rencontre personnelle avec le Roi à qui nous pouvons confier nos soucis et adresser nos demandes, notamment celles qui concernent l’élargissement de nos cœurs. Le 2 décembre, nous serons informés sur la situation des réfugiés présents dans notre pays. D’ici là et même si nous ne pouvons pas participer à cette soirée d’information, nous pouvons demander au Christ que nos cœurs soient moins de pierre et plus de chair qu’aujourd’hui. Le sacrement de réconciliation, celui de notre histoire personnelle avec Dieu, est également un moyen privilégié de nous exposer à l’Amour de Dieu qui nous aide à aimer comme Lui. En effet, se savoir aimé inconditionnellement de Dieu, quels que soient les péchés commis dans le passé, permet d’aller vers les autres sans être déçu au cas où les personnes rencontrées ne répondraient pas à l’amour mis dans les relations avec elles.

La deuxième étape du parcours de citoyenneté dans le Royaume des cieux est de répondre à l’invitation du Roi à faire la fête avec les autres, particulièrement quand il se donne Lui-même à manger dans le sacrement de l’eucharistie. Cette ouverture aux autres prépare à la troisième étape : changer avec le Christ Roi le monde pour que l’amour y soit déployé. Dans notre contexte, cette mission ne relève pas seulement des personnes activement engagées dans la politique. Ces dernières sont en effet très attentives aux avis de leurs électeurs    potentiels qui n’hésitent d’ailleurs pas, par exemple, à faire entendre leurs voix quand il s’agit de décider quelles zones d’habitations seront survolées lors du décollage et de l’atterrissage des avions. Quand l’objectif est de rendre ensemble plus habitable notre maison commune, pour reprendre les mots du Pape François en ce début du vingt-et-unième siècle, il est nettement plus nécessaire, que quand il s’agit est question de la trajectoire des avions, de travailler l’évolution des mentalités et d’agir concrètement pour contribuer efficacement à ce que le projet et la vision du Christ Roi continuent à transformer le monde.