Homélie du 32ème dimanche ordinaire par Louis Piront

32 dimanche ordinaire b l obole de la veuveHomélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 8 novembre.

L’apparence et la réalité sont sans cesse reliées l’une à l’autre dans notre vie et dans celles des personnes que nous rencontrons. 

La veuve de Sarepta est, à première vue, une pauvre femme condamnée à mourir de faim avec son fils. Elie a l’air d’un voyageur démuni qui demande l’aumône, mais qui n’hésite pas à profiter du dernier pain de la veuve.

Les scribes sont des notables prestigieux que personne n’ose critiquer ni juger.

La veuve du temple semble ridicule en donnant ses deux petites pièces pour le trésor du temple.

Il faut savoir que la plupart du temps, les veuves étaient pauvres, parce qu’elles n’avaient pas droit à l’héritage de leur mari défunt : leur sort dépendait en grande partie de la charité publique. Pourtant la loi exigeait qu’on ne délaisse pas la veuve et l’orphelin : c’est bien la preuve qu’ils étaient dans l’indigence … Mais personne ne songeait à changer la loi sur l’héritage…

Voilà l’apparence et la réalité des personnages bibliques dont on parle dans les lectures de ce jour.

On pourrait continuer :

Que vaut une brebis perdue au regard des 99 autres ?

Que vaut le fils prodigue en regard de son frère resté fidèle au travail chez son  père ?

Que vaut le publicain en regard du pharisien lorsqu’ils viennent tous deux prier au temple ?

Que vaut l’aveugle Bartimée, assis passivement au bord du chemin, face à tous  ceux qui suivent Jésus sur le chemin vers Jérusalem ?

Et le paralytique ? et le lépreux ? qui sont les fruits du péché ? En tout cas, c’est ce qu’on disait d’eux …

Que vaut un enfant : n’a-t-il pas tout à apprendre ? N’est-il pas avant tout celui qui dérange les grands ?

Que vaut un centurion romain aux yeux des Juifs ?

Que vaut une Samaritaine ou une Cananéenne ?

Un Samaritain, même s’il est bon ?

Que vaut le larron ?

Finalement, que vaut Jésus sur la croix ? Plus rien, à côté des rêves de puissance que les disciples avaient projetés sur lui : Jésus lui-même était prisonnier de l’image que les disciples se faisaient de lui !!!

Mais ce monde des apparences n’existe pas que dans la bible … Il nous rejoint dans notre vie aujourd’hui …

Que vaut un SDF, un sans papier, un drogué, un chômeur, quelqu’un qui émarge au CPAS, un surendetté ? Un vieux ?

Même chose sur le plan matériel :

Que vaut une voiture si elle n’a pas l’air conditionné ?

Que vaut une carte routière à côté d’un GPS ?

Nous sommes tous les jours confrontés au monde des apparences qui faussent nos échelles de valeur …

Jésus-Christ vient bouleverser nos échelles de valeur :

La brebis perdue s’avère être plus précieuse que les 99 autres …

La veuve de Sarepta, qui avait donné tout ce qui lui permettait de vivre, et qui semblait aller tout droit vers la mort, la voilà comblée …

C’ est l’histoire du grain de riz offert qui revient sous forme de pièce d’or… (Les contes contiennent souvent plein de sagesse !)

Dans la réalité de la foi, ce qui semble avoir visage de mort, cache, en réalité, une vie surabondante …

« Si le grain ne meurt, il ne peut pas porter de fruit, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit »

Notre réalité rejoint la réalité de la veuve du temple : le récit ne dit pas ce qui lui arrive après avoir tout donné …

C’est ce qui se passe aussi pour nous : il nous faut croire que la vie nous rejoint à travers tout ce qui nous arrive, malgré toutes les apparences contraires …

Il ne s’agit pas simplement de supporter, il s’agit, comme pour les veuves des lectures de ce jour, de donner, de se donner, de se livrer.

Mais attention : ce n’est pas la souffrance endurée qui donne la vie, mais le don qui est fait avec amour : c’est celui qui donne sans calcul, par amour, qui reçoit une mesure bien tassée …

Le fils prodigue, le publicain, le larron, le paralytique, le lépreux,  ne s’appuient plus sur aucune apparence pour aller à Jésus : leur vie est jugée sur ces apparences : c’est pour cela que Jésus veut les retrouver dans leur réalité profonde.

Aujourd’hui, en Occident, l’Eglise ne jouit plus de la même audience qu’auparavant : elle a de moins en moins pignon sur rue : la « civilisation chrétienne » est battue en brèche, en tout cas quant à son apparence extérieure …

Ne serait=ce pas un temps de grâce pour retrouver les vraies valeurs qui sont sources de vie …. Ce qu’elle peut offrir au monde actuel n’est plus caractérisé par un éclat extérieur : son offrande devient un peu comme celle de la veuve du temple …

Mais elle doit garder la conviction que la semence dont elle dispose, a une capacité de fertilité extraordinaire, même si l’apparence ne semble pas favorable.

La graine de sénevé va, elle aussi, à l’encontre des apparences, en faisant se développer un arbuste, tout en étant la plus petite des semences …

Si l’Eglise est exposée à des virus qui risquent de mettre en péril le monde dans lequel nous vivons, n’oublions pas que ces virus agissent aussi à l’intérieur de l’Eglise : ces virus ont pour noms la puissance, l’éclat et la richesse, le profit … Je crois que l’Eglise est en train de perdre ce qui est accessoire au développement de l’Esprit qui doit l’animer …

Faut-il le regretter ou s’en réjouir ??

Si nous acceptons de redevenir simplement une semence d’Evangile, chacun, là où nous sommes, nous retrouverons la force de tout ce qui est petit comme cette semence, en nous rappelant les noms qu’elle porte :

SOLIDARITE, ACCUEIL, BIENVEILLANCE, ECHANGE et  MISERICORDE.

Cette semence-là est vraiment signe, sacrement de Dieu dans notre monde.