Homélie du 30ème dimanche du temps ordinaire (par Louis Piront)

30 dimanche ordinaire a aimerHomélie prononcée par Louis Piront, le 26 octobre 2014.

La question des pharisiens nous semble un peu naïve à première vue.

Mais sommes-nous tellement capables de distinguer l’essentiel de l’accessoire, surtout quand il s’agit de choix de vie ?

Il nous arrive de considérer comme important ce que nous faisons plus facilement … Cela nous permet de juger plus facilement les autres en nous comparant à eux…

C’est l’histoire du pharisien et du publicain qui viennent prier au temple : le pharisien est très conscient par rapport à ce qu’il fait de bien : cela lui donne une supériorité par rapport au publicain dont la notoriété publique est plutôt négative.

Mais voilà : lorsqu’on est enfermé dans un système où l’on peut croire que la fidélité à des préceptes permet de mesurer les mérites que l’on a engrangés, on est loin de  la dynamique où Jésus veut nous mener …  Les 613 préceptes ajoutés aux dix commandements amenaient évidemment les gens à se questionner sur ce qui était le plus important.

Et là-dessus, les docteurs de la Loi n’étaient pas d’accord, d’où la question posée à Jésus.

Question piège qui mettait Jésus dans l’obligation de prendre parti pour l’un ou l’autre clan en décidant un ordre hiérarchique entre tous ces préceptes … Mais Jésus n’entre pas dans ce jeu …

Pour Jésus, respecter la Loi, c’est essentiel : il ne s’agit pas d’enlever un seul « i ». Mais en plus, ce respect doit se faire dans une perspective qui n’est pas restrictive : la Loi ne définit pas le maximum auquel on doit arriver pour être « en règle » !! La Loi prend tout son sens lorsque nous la respectons comme un minimum qui nous indique une direction que nous sommes appelés à suivre dans une perspective d’amour.

Le respect de la Loi peut devenir un exercice malsain : on pourrait en retirer une gloire personnelle, si on réussit à l’appliquer, tandis que celui qui ne réussit pas va être méchamment jugé par le premier.

Il faut vraiment nous convaincre d’une chose : la mesure de la valeur de notre vie n’est pas la loi en tant que telle, car alors on peut dire comme St Paul, que la loi multiplie le péché !! Et le monde est divisé en « bons » et « mauvais ».

La vraie mesure de l’homme, c’est Dieu : l’homme est créé à l’image de  Dieu. Et il n’a jamais fini de travailler à cette image !

Il n’est plus question de se comparer aux autres en espérant être « meilleurs » qu’eux. On ne peut pas se contenter d’être « en règle », de faire son « devoir » …

La Loi, pour Jésus, est basée sur la relation d’amour vis-à-vis de Dieu et des autres, les autres et moi-même devant être mis sur un pied d’égalité.

Dans le double commandement de Jésus, se trouve une dynamique, une force de vie, qui nous arrache au-delà des limites de la Loi, au-delà des frontières que nous pouvons construire pour établir nous-même un « label de qualité ».

Le double commandement qu’il rappelle, résume, non seulement la Loi fondamentale, mais aussi les « prophètes », qui sont là pour nous provoquer sans cesse à « plus », pour nous entraîner « au-delà ».

La Loi ne pourra jamais révéler qu’une direction qui permet d’être sur la route qui mène vers une vraie relation avec Dieu et avec nos frères.

Si je veux aller à Bruxelles, je ne vais pas m’arrêter au poteau indicateur qui se trouve à l’entrée de l’autoroute, ici en haut de la rue St Laurent !

Il y a un proverbe qui dit : « lorsque quelqu’un montre la lune du doigt, l’imbécile regarde le doigt ! »

Ce n’est pas la Loi que je dois regarder, c’est la direction qu’elle montre : c’est Dieu, dont je dois chercher l’image toute ma vie.

Les prophètes de tous les temps ont toujours travaillé à contrer tout ce qui était réducteur de la Loi. Et Dieu voudrait que tout son peuple devienne un peuple de prophètes qui seraient moteur d’un « plus » dans la vie de notre monde. Sous le régime de la loi, l’homme cherche plutôt à tirer la couverture vers lui en essayant de mettre simplement la loi de son côté : sous le couvert de la loi, il cherche à protéger ses privilèges : celui qui gagnera sera celui qui aura été le plus malin pour aller chercher le détail qui va faire pencher la balance de son côté !!! A la limite, on peut défendre n’importe quoi, du moment qu’on trouve le moyen de le défendre !!! Cela pourrait aboutir à de très grandes injustices. Les lois doivent être contrôlées par ce qui dépasse les lois : c’est l’Amour qui est au dessus des lois et qui leur donne leur vrai sens. Il faut des gens qui sont animés par cet amour qui vient de Dieu. Devant cet Amour de Dieu, nous sommes tous des déficients : personne ne peut se vanter de mérites : il faut des gens pour rappeler sans cesse ce réalisme et cette humilité nécessaire devant cet Amour infini de Dieu.

Aujourd’hui, comme de tous temps, Dieu engage des prophètes pour réagir dans ce sens. Amen.