Homélie du 2ème dimanche ordinaire par Paul Catherinot

02 dimanche ordinaire b tu t appelleras pierreHomélie rédigée et prononcée par Paul Catherinot le 18 janvier

Aujourd'hui, c'est le 2ème dimanche du temps ordinaire. Il y a une semaine à peine, nous quittions le temps de Noël, un temps pour la joie, un temps où la lumière vient briller dans la nuit, pour briser nos enfermements et nos solitudes. 

Mais déjà, sans transition, retour au temps ordinaire... Alors justement, c'est le moment de se poser la question: qu'est­ce que le temps ordinaire pour nous? Qu'est­ce que nous allons en faire? Quelle sera sa saveur? Les textes que nous venons d'entendre nous donnent un certain nombre de pistes, de balises, pour rester en dynamisme spirituel.

Premier point: les textes nous invitent à prendre un temps pour discerner. Ils nous parlent d'une certaine patience à avoir. Dans la première lecture déjà, patience de l'écoute chez le jeune Samuel, patience d'Elie qui, progressivement, l'aide à discerner cet appel. Dans l'Evangile aussi, patience du regard chez Jean­Baptiste: « Posant son regard sur Jésus qui allait et venait ». Une écoute, un regard qui se posent, qui prennent leur temps. On ne s'agite pas, ça respire. On ne cherche pas à saisir ou à posséder: on pose. Il y a cette belle attitude chez Elie et chez Jean-Baptiste qui ne cherchent pas à posséder, à garder jalousement leurs disciples pour eux­mêmes. Ce sont de belles figures d'éducateurs et d'accompagnateurs. Ce qu'on appelle parfois la « direction de conscience » ou la « direction spirituelle » n'est pas une entreprise de manipulation, mais le désir d'aider l'autre à entendre, à poser son regard sur le Christ, là où Il se trouve, là où Il attend chacun de nous. C'est un index qui dirige vers le Christ: « Voici l'agneau de Dieu »! Alors suivez­le! Donc un regard qui se pose.

Mais deuxième point: la qualité de ce regard dépend aussi de notre capacité à nous laisser regarder; le poids et la consistance de nos paroles dépendent aussi de notre capacité à écouter. C'est vrai dans nos relations de tous les jours. C'est vrai dans la prière et dans notre relation avec Dieu. Faire l'expérience que Dieu nous parle et qu'il pose son regard sur nous : « André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui ». Jeudi dernier, un collègue à la prison me disait qu'il avait été éduqué dans la foi, baptisé, catéchisé jusqu'à l'âge adulte, puis qu'il avait laissé tomber, qu'il avait « perdu la foi » comme on dit. Un discours que nous avons sans doute déjà entendu, chez des proches, dans nos familles... Il me semble que dans ce genre de discours, nous pouvons entendre quelque chose d'important pour nous aussi. Catéchiser, éduquer, parler de Dieu sont de très bonnes choses, mais le point essentiel n'est pas là. Au fond, tout ce que l'on peut espérer en tant qu'éducateur, en tant qu'accompagnateur, c'est qu'un jour le regard de l'autre croise aussi celui du Christ. C'est à ce moment là que commence vraiment l'histoire du disciple, c'est là que commence le temps ordinaire qui n'est alors plus si ordinaire que cela.

Car en effet, troisième point, le temps ordinaire est un temps pour se réjouir. Toute vocation commence avec la joie. C'est un critère très simple mais il est excellent! Il y a une expérience qui est physique et qui conduit à cet émerveillement, à ce cri d'admiration: « En ma bouche il a mis un chant nouveau (...). Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur tu le sais. J'ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée » (Ps 40). Le temps ordinaire, pour un chrétien, c'est l'action de grâce.

Je conclurai avec le pape François. Dans ses voeux de Noël adressés aux membres de la Curie, le pape parlait du risque de « l'Alzheimer spirituel ». Il précisait à ce sujet: « Nous détectons cette maladie chez ceux qui ont perdu la mémoire de leur rencontre avec le Seigneur». Des quinze maladies, c'est celle qui nous guette tout particulièrement pendant ce temps ordinaire. Perdre de vue le sens de notre histoire de disciple, son origine et le chemin déjà parcouru. Et oublier comment cette histoire, dans ses joies et dans ses peines, est liée à l'histoire du salut. Les textes de ce dimanche nous proposent une remise en route dans cette perspective. Prenons cette proposition au sérieux: regarder, se laisser regarder et vivre dans l'action de grâce.