Homélie du 2ème dimanche du temps ordinaire par Thierry Dobbelstein SJ

02 dimanche ordinaire c noces de cana 1Homélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 17 janvier.

Le miracle de Cana, on l’aime bien ! Mais on ne sait pas trop ce qu’on doit en faire. On l’aime bien, car l’événement nous donne l’image d’un Dieu qui aime le vin, et mieux encore le bon vin !

Par ailleurs quelle abondance ! Six jarres de cent litres, dont il est précisé qu’elles ont été remplies jusqu’au bord. Comme les archéologues n’ont pas encore repéré avec certitude la situation de Cana, c’est que cela ne devait pas être un grand bourg. Donc quand bien même tout le village a participé à la fête, cela devait faire une fameuse quantité de vin par personne ! Sans oublier que c’était un deuxième service. Bref scène est sympathique : on l’apprécie.

Toutefois le risque c’est que cela nous fasse seulement sourire. Une belle belle histoire, sans plus ! D’autant que ce n’est pas vraiment le type de signe qui réponde à un besoin de première urgence. Que Jésus guérisse une femme qui souffre de pertes de sang depuis des années, et dont le mal la coupe des rapports sociaux normaux, on comprend que c’est fondamental. Que Jésus purifie un homme lépreux, et donc exclu de la communauté ; qu’il le réintègre ainsi, cela aussi apparaît fondamental et urgent. Mais une fête de mariage où on boit de trop. Est-ce si fondamental et urgent d’y intervenir ?

Je commencerais par dire : « oui c’est bien fondamental ». Quand je vois le soin avec lequel les fiancés préparent le jour de leur union, quand je perçois combien  tout est pensé et soigné longtemps à l’avance, parfois plus d’un an à l’avance… La seule pensée qu’on puisse manquer de vin ce jour-là, ce serait un vrai cauchemar pour ces fiancés. Je pense d’ailleurs que certains parmi eux passent des nuits blanches à imaginer ce qui pourrait venir ternir cette journée maintes fois réfléchie et programmée dans les moindres détails. Donc c’est fondamental au moins existentiellement.

Mais c’est aussi fondamental théologiquement. L’image du mariage est une des principales images utilisées dans l’Ancien Testament pour parler de l’alliance de Dieu avec son peuple. La première lecture du Prophète Isaïe n’est qu’un des nombreux exemples qui vont dans ce sens : « Toi, tu seras appelée ‘Ma Préférence’, cette terre se nommera ‘L’Épousée’ (…) Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu ». C’est tellement fondamental que nous reconnaissons que deux personnes qui s’unissent pour la vie, par les liens du mariage, sont sacrement de Dieu, ils nous parlent de Dieu qui fait alliance avec son peuple.

 

De qui célébrait-on le mariage ce jour-là à Cana ? Jean ne nous dit pas qui est l’époux, qui est l’épouse ? L’époux est simplement interpelé en fin de passage par le maître de cérémonie, pour lui dire : « Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ».Ne peut-on pas imaginer que ce soit à Jésus lui-même que cette parole est adressée?

Il n’est pas trop difficile de voir dans cette scène une évocation de cette alliance nouvelle, alliance qui commence entre Dieu et son peuple. Et cela réjouit : l’eau qui était prévue pour des rituels de purification (une des priorités de la loi de l’ancienne alliance) devient du vin, signe de joie, de réjouissance.

En d’autres termes nous avons dans ce récit la présentation de la mission de Jésus. Venir inaugurer une nouvelle alliance entre Dieu et nous, entre Dieu et l’humanité. Une humanité avec qui Dieu fait alliance, cela s’appelle l’Eglise. Ce n’est donc pas pour rien que Marie apparaît dans la scène. Il n’y en a pas beaucoup où Marie apparaît dans la vie de Jésus adulte. Ce sera le cas (dans l’évangile de Jean) au pied de la croix, lorsque Jésus la confie au disciple qu’il aime – signe de la communauté ecclésiale qui se forme.

Cette alliance entre Dieu et l’Eglise, ce n’est pas rien. Cela valait donc la peine de ne pas lésiner sur les moyens : pas question d’économiser sur la quantité et la qualité du vin ! Cela provoque de notre côté l’exclamation : « On a gardé le meilleur jusqu’à maintenant ! C’est donc le meilleur qui est à vivre, aujourd’hui et maintenant, pas hier ni avant-hier ».

 

Je termine en soulignant cette distinction entre l’eau qui était prévue pour les purifications (ou plutôt qui avait déjà servi pour les purifications, puisque les jarres étaient vides). Que d’eau, que d’eau ! Eau qui rappelle combien on peut vivre dans un sentiment de culpabilité et s’enfermer dans une nécessité de justification devant Dieu ! « Pourvu que je sois assez propre … assez pur ! » A l’inverse le vin, qui réjouit, et qui unit dans la joie. Notre Pape nous a parlé de la joie de l’Evangile ! Il nous en parle parce que tel est le cœur de l’Evangile. Il ne l’a pas inventée, c’est une invention divine. A nous de vivre et de témoigner de cette joie.