Homélie du 2ème dimanche de Pâques par André de L'Arbre SJ

2 paques abc thomasHomélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre le 12 avril

Nous sommes aujourd’hui le deuxième dimanche de Pâques et aussi le dimanche de la divine Miséricorde. C’est une fête qui a été instituée par le pape Jean-Paul II en 2000 le jour de la canonisation de sœur Faustine. Sœur Faustine a eu plusieurs apparitions du Christ et le message qu’elle a reçu concernait essentiellement la miséricorde de Dieu pour l’humanité. Et c’est le Christ qui lui aurait demandé que sa miséricorde soit spécialement honorée par toute l’Eglise le deuxième dimanche de Pâques.

Nous voyons précisément dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus qui donne à l’Eglise le pouvoir de remettre les péchés au nom de Dieu. « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez les péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » Cela demande une explication. « Lier » et « délier », « remettre » et « maintenir » les péchés. Ce langage est une formule de grammaire araméenne : on  emploie deux mots contraires pour affirmer plus fortement une réalité, et mettre l’accent sur le mot « positif ». Ainsi, en leur donnant son Esprit, Jésus donne aussi à ses disciples le pouvoir de « délier l’homme de son mal » : ils sont, désormais, ici-bas, les porteurs de la « miséricorde divine » … comme Jésus l’était.

Mais le miséricorde concerne tout chrétien : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » Nous sommes tous bénéficiaires du pardon de Dieu. Nous devons à notre tour partager ce don avec tous nos frères et sœurs. Je vous lis une très belle interview qui met cela en valeur.

Il s’agit de Myriam qui se trouve dans un camp de réfugiés chrétiens d’Irak au Kurdistan. Elle est interviewée par une radio arabe chrétienne.

Comment vas-tu, Myriam ?

Très bien, et toi ?

Super, je vais très bien.

D’où viens-tu ? Es-tu aussi de Qaraqoush ?

Oui, je viens de Qaraqoush.

Tu as dix ans, n’est-ce pas ?

Oui.

Depuis combien de temps es-tu dans ce camp ?

Quatre mois.

Qu’est-ce qui te manque le plus de Qaraqoush et que tu n’as pas ici ?

Nous avions une maison et nous nous amusions alors qu’ici non. Mais grâce à Dieu, Dieu prend soin de nous.

Qu’est-ce que ça veut dire « Dieu prend soin de nous » ?

Dieu nous aime et ne laissera pas Daesh nous tuer.

Tu sais combien Dieu nous aime, n’est-ce pas ?

Oui, Dieu nous aime tous. Pas seulement moi. Dieu aime tout le monde.

Est-ce que tu penses que Dieu aime ceux qui t’ont fait du mal ?

Oui, il les aime.

Qu’est-ce que tu ressens vis-à-vis de ceux qui vous ont chassés de votre maison et qui vous ont rendu la vie si difficile ?

Je ne leur veux aucun mal, je souhaite simplement que Dieu leur pardonne.

Et toi, peux-tu aussi leur pardonner ?

Oui.

Mais c’est très difficile, ou bien est-ce facile, de pardonner à ceux qui vous ont fait du mal ?

Je ne veux pas les tuer. Pourquoi les tuer ? Je suis juste triste qu’ils nous ont chassés de notre maison. Pourquoi ont-ils fait cela ?

(On parle alors de son école et de son amie Sandra.)

Elle m’aime beaucoup. Et moi aussi je l’aime et je souhaite la revoir un jour.

Bien sûr. Et j’aimerais que nous soyons avec toi le jour où tu retrouveras Sandra.

Espérons !

Ca veut dire quoi ?

J’espère que nous pourrons revenir chez nous, et qu’elle reviendra, elle aussi, pour que nous puissions nous revoir.

J’espère que tu pourras retourner chez toi dans une maison encore mieux que celle que tu as quittée.

Si Dieu le veut ! Ce qui compte, ce n’est pas ce que nous voulons, c’est ce que Dieu veut parce qu’il sait ce qui est bon pour nous.

Est-ce que tu es triste parfois ? Est-ce que tu penses que Jésus t’a abandonnée par exemple ?

Non. Parfois je pleure parce que nous avons quitté notre maison et Qaraqoush, mais je n’en veux pas à Dieu d’avoir quitté Qaraqoush. Je le remercie d’avoir pris soin de nous. Même si ici nous souffrons, il prend soin de nous.

Tu m’as appris beaucoup de choses.

Merci, vous aussi vous m’en avez appris.

Qu’est- ce que je t’ai appris ?

Vous m’avez appris… Non, vous ne m’avez rien appris, mais vous m’avez écoutée en ressentant avec votre cœur. Vous m’avez écoutée. J’ai des sentiments, et je voudrais que les gens sachent ce que je ressens, ce que ressentent les enfants ici.

Sais-tu que Jésus ne t’abandonnera jamais ?

Il ne m’abandonnera jamais. Si on croit vraiment, jamais il ne nous abandonnera.