Homélie du 29ème dimanche du temps ordinaire (par André de L'Arbre SJ)

29 dimanche ordinaire a l impot a cesar

Homélie prononcée par André de L'Arbre le 19 octobre 2014.

Vers l’an 30, c’est Tibère qui est l’empereur  du vaste empire romain. Ses armées occupent la Palestine et la résistance juive ne cesse de gronder. Des objecteurs de conscience, les Zélotes, s’opposent à l’occupant et refusent de payer l’impôt. Ce sont des révolutionnaires. 

Les Hérodiens, les partisans d’Hérode qui gouverne la Palestine, s’appuient sur le pouvoir romain pour conserver leurs places. Ils collaborent ouvertement. Les pharisiens s’emploient à sauvegarder la liberté religieuse en s’accommodant plus ou moins avec les autorités politiques. Nous constatons donc une variété de positions bien différentes et opposées.

La délégation qui vient vers Jésus a effectivement des opinions opposées puisqu’il y a des Hérodiens et des pharisiens. Ils commencent par flatter Jésus, mais ces compliments sont bien insidieux car ils cachent un piège. Les compliments sont cependant très beaux et très justes. « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. »

En répondant à leur question, Jésus sera de toute façon compromis. S’il répond qu’il faut payer l’impôt, il perd toute popularité car on attendait un messie qui chasserait l’occupant. S’il répond qu’il ne faut pas payer, il sera dénoncé comme dangereux par les Hérodiens. Il décevra de toute façon les deux camps.

Jésus montre d’emblée qu’il n’est pas dupe. Il démasque immédiatement l’hypocrisie. La réplique de Jésus est devenue un dicton populaire, mais souvent mal compris. Il ne s’agit pas d’une séparation totale entre l’Eglise et l’Etat. Il n’y a pas une autonomie totale du pouvoir politique, car tout pouvoir vient de Dieu. On voit dans la première lecture que Cyrus, souverain païen, est considéré comme l’instrument de Dieu alors qu’il ne le connaît pas. Par ailleurs, Paul demandera aux chrétiens de se soumettre aux autorités civiles. Les chrétiens ne peuvent pas ignorer la politique et s’enfermer dans leurs églises, ignorant ainsi la cité, les affaires, la famille, l’impôt, etc. Mais Jésus refuse net d’être un Messie politique : « Je suis roi, mais mon royaume n’est pas de ce monde », répète-t-il clairement.

En renvoyant la monnaie à César, Jésus en fait désacralise la politique, en affirmant que César est César, mais qu’il n’est pas Dieu. Que César continue son travail. C’est une fonction humaine soumise à tous les aléas des réalités socio-politiques, des régimes, des systèmes, des idéologies. Mais tout n’est pas dit.

Nous ne savons que trop que les sociétés sans Dieu sont rapidement inhumaines. Quand l’Etat se fait Dieu, il s’impose et écrase souvent l’homme. On a évoqué cette semaine au parlement le douloureux souvenir du nazisme. Nous sommes témoins tous les jours de la violence dans le monde au nom de telle ou telle idéologie ou par pur intérêt économique.

César lui-même doit se soumettre à Dieu et rendre à Dieu ce qui lui appartient. La politique n’est pas le tout de l’homme. L’homme ne vit pas seulement de pain, de logement, de marchés, de production. Créé à l’image de Dieu, à son effigie, il est destiné à partager la vie même de Dieu.

S’il faut rendre à César la monnaie frappée à son effigie, à combien plus forte  raison faut-il rendre à Dieu sa propre personne marquée à l’effigie de Dieu. A César on doit l’impôt, à Dieu toute sa personne et toute sa vie. A l’exemple de Jésus, il faut aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force. 

Est-ce que ma vie est toute donnée à Dieu ? Est-ce que je m’engage sérieusement à instaurer le royaume de Dieu ? Est-ce que je m’engage dans les réalités humaines comme la famille, l’économie et le politique pour y édifier le règne de Dieu et la communion entre tous les hommes ?