Homélie du 28ème dimanche du temps ordinaire (par Louis Piront)

28 dimanche ordinaire a les invites a la noceHomélie prononcée par Louis Piront, le 12 octobre 2014.

Voilà deux paraboles qui se suivent et ne se ressemblent pas : celle de l’invitation au repas de noces et celle du renvoi de l’homme qui ne portait pas l’habit de noces. Si Matthieu juxtapose ces deux paraboles, c’est qu’il y a un enseignement à retirer de ce rapprochement… 

D’abord l’invitation au repas de noces :... Cette symbolique de noces n’est pas très habituelle dans notre langage de foi d’aujourd’hui. Mais dans les textes tardifs de la Bible(fin d’Isaïe, Osée, le Cantique des cantiques, les livres de la sagesse), l’Amour de Dieu pour l’humanité est souvent exprimé en termes d’amour conjugal. Et quand St Paul parle du mariage, il dit que le mariage est la meilleure image de la relation de Dieu avec l’humanité entière. Dans le premier Testament, il était clair que l’annonce et l’accomplissement de l’alliance universelle passait par le peuple élu : Israël. Ce sont les enfants d’Israël qui étaient les premiers invités. Logiquement, la foi juive aboutissait tout droit au Messie. Mais Israël refuse l’invitation. Alors, on pourrait dire : catastrophe! le repas de noces ne pourra pas avoir lieu…  Eh bien non ! On va constater, au contraire,  que le refus d’Israël  va même favoriser l’entrée de tous les peuples dans la salle du festin.

Historiquement, c’est ce qui s’est passé : dans les Actes des Apôtres, on voit se répéter plusieurs fois le même scénario : les Apôtres, chassés de Jérusalem,  vont aller ailleurs, et le Christianisme se répand. Paul, à chaque ville qu’il  visite, se rend d’abord à la synagogue et commence par annoncer aux Juifs que Jésus est le Messie attendu. Certains croient en lui et deviennent chrétiens. Mais la prédication de Paul atteint aussi des païens qui deviennent chrétiens à leur tour. Alors, les Juifs qui n’ont pas voulu écouter Paul prennent peur pour leur foi juive et chassent Paul.  A Antioche, par exemple, Paul dira : « C’est à vous d’abord que devait être adressée la Parole de Dieu. Puisque vous la repoussez,  alors nous nous tournons vers les païens ». Et partout, cela a été pareil : c’est parce que les Apôtres étaient chassés de ville en ville que l’évangile s’est répandu de ville en ville. Au moment où Matthieu écrit son Evangile, les païens sont déjà entrés en masse dans l’Eglise, grâce au refus des juifs, peut-on dire.

Et puis, il y a la seconde parabole : l’absence de l’habit de noces sur un des convives qui se fait éjecter. Cela ne signifie certainement pas qu’il lui fallait satisfaire à une exigence de comportement, que le vêtement de noces pourrait symboliser les « mérites acquis » … Dès qu’on parle de mérite, on dénature le don de Dieu : la première parabole dit bien que tous ont pu entrer … Mais il s’agissait de se dévêtir de ses habitudes pour revêtir le Christ.  Pour naître à l’Autre dans une relation,  il faut enlever le vêtement de nos habitudes, de nos préjugés,  pour entrer dans ce qui revêt l’autre, pour entrer en communion avec l’autre.

Lorsque des bandits organisés dans une bande commencent à douter de l’un des leurs, ils vont l’inviter à « se mettre à table » : cela veut dire que c’en est fini de jouer avec leurs pieds : on va faire le point sur la manière dont cet élément douteux respecte les règles du groupe. Il s’agit davantage d’un accord sur l’essentiel qui les relie l’un à l’autre dans un souci de cohérence. Dieu ne nous demande pas d’être parfaits, mais d’être dans la logique du devenir, pour pouvoir partager la même table … « Se mettre à table », pour les chrétiens qui se rassemblent le dimanche, ce n’est pas se contenter d’être parmi les invités, comme un poids mort, en croyant que tout est fait. Les chrétiens sont appelés à se sentir encore appelés à aller plus loin, dans leur démarche de foi, en restant habillés par l’idéal que nous propose l’Evangile. Nous avons toute une vie pour nous mettre au monde, pour renaître selon l’esprit de l’Evangile, en restant en communion avec Celui qui nous appelle sans cesse au-delà des habitudes prises … Nous risquons souvent de nous accrocher à « ce qui est déjà là ».

Qu’il s’agisse des Juifs, des païens, ou des chrétiens, nous sommes tous dans une difficulté réelle à sortir de nos habitudes acquises qui nous rassurent, pour entrer dans quelque chose de neuf, et cela même si nous pressentons que ce qui nous est proposé peut être source de plus grande vitalité spirituelle. Il s’agit d’entrer dans le risque de la Foi, de la confiance. L’habit que nous sommes invités à revêtir, n’est pas à notre mesure, mais à la mesure de Dieu !!! C'est-à-dire sans mesure, sans limite … Laissons-nous revêtir de ce vêtement qui, même s’il n’est pas « à la mode »,  nous mènera bien plus loin que ce que nous croyons être capables de faire. Lorsque les parents achètent un vêtement à leur enfant qui est petit, ils prévoient que leur enfant va grandir. Dieu prévoit que nous pouvons grandir, nous aussi : laissons-nous habiller par Lui !