Homélie du 27ème dimanche du temps ordinaire (par Laurent Capart SJ)

27 dimanche ordinaire a la vigne et les vignerons revoltes 1Homélie prononcée par Laurent Capart, le 5 octobre 2014.

Grâce à l’aide de plusieurs commentateurs, ce passage d’Évangile est clair : les vignerons sont les chefs des prêtres et les pharisiens, les serviteurs malmenés, les prophètes, le fils assassiné, Jésus et le peuple à qui la vigne est confiée, nous. Mais s’il en est ainsi pourquoi, après la mort et la résurrection de Jésus, ce texte a-t-il continué à être raconté et a-t-il été mis par écrit dans l’Évangile ?

Pour répondre à cette question, mettons ce texte en parallèle avec une rencontre entre Nathan et David. Ce dernier, ayant aperçu la femme d’Urie le Hittite, avait couché avec elle et elle était tombée enceinte de lui. David, bien embarrassé, avait alors fait revenir Urie pour qu’il couche avec sa femme, ce qui aurait expliqué la grossesse. Mais, Urie n’avait pas voulu loger chez lui quand ses compagnons étaient en campagne, et même après avoir été saoulé par David, il s’y refusa. Du coup, David renvoya Urie rejoindre l’armée en campagne en lui confiant une lettre pour le chef de l’armée. David y demandait qu’Urie fût mis en première ligne au combat, pour qu’il y meure, et c’est effectivement ce qui arriva, et David épousa la veuve d’Urie. Vous vous en doutez, mais le texte biblique le dit explicitement, ce comportement de David déplut au Seigneur et c’est dans ce contexte que ce dernier lui envoya Nathan. Celui-ci aborda David en lui présentant un cas qui nécessitait l’intervention du roi : un homme avait une seule agnelle ; son voisin qui avait tout un troupeau, se saisit cependant de l’agnelle. La réaction de David ne se fit pas attendre : il faut un châtiment important. C’est alors que Nathan lui répondit : « Cet homme, c’est toi ». Ce texte nous enseigne que David connaissait bien les principes, mais que sa passion l’avait aveuglé. Il en va peut-être de même dans la parabole des vignerons homicides : les chefs des prêtres et les pharisiens savaient bien qu’il ne fallait pas tuer le Messie, mais ils étaient en train de s’y préparer. Même quand les principes sont connus, une des conséquences du péché est d’aveugler l’intelligence du pécheur qui ne se reconnaît plus comme tel.

Une autre conséquence du péché est d’endurcir le cœur. En effet quand Jésus demande ce que le maître de la moisson fera à ces vignerons, on  lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu. » Cette réponse est dure et conduit à répondre à la violence par la violence. Le fait qu’elle soit donnée de manière indéterminée et impersonnelle par « on » signifie peut-être que ce sont tous les cœurs qui sont endurcis dans une société où règne la violence. Jésus reprend alors la parole et invite ses interlocuteurs à une conversion. Certes, il dit bien que le royaume sera donné à d’autres, mais il ne parle pas de faire périr misérablement des misérables. Il leur dit par contre ceci : « N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C'est là l'œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! » En se présentant lui-même comme la pierre rejetée, il invite ainsi les coupables de ce rejet à construire désormais sur lui et l’œuvre qu’il vient accomplir en révélant l’amour du Père. Pour prendre une comparaison, ils sont comme des malades qui le sont de leur faute - ce qui en fait n’est pas toujours le cas – et Jésus les invite en même temps à se reconnaître malades et à accueillir le médecin. Certes, il dit que le Royaume leur sera enlevé et sera donné à d’autres, mais en fait, ils peuvent faire partie des autres comme en témoigne l’exemple de Saint Paul qui après avoir persécuté le Christ à travers ses disciples, se voue tellement à lui qu’il en vient à dire que pour lui « vivre c’est le Christ ». Et pour en revenir à David, il est aussi un exemple de cela puisqu’il est resté roi après s’être repenti.

Mais la question demeure : pourquoi cette histoire nous est-elle rapportée ? En fait, peut-être que les vignerons de la parabole et les pharisiens et chefs des prêtres de l’Évangile, c’est nous. Notre planète polluée et tant de personnes qui y vivent victimes des conflits et des injustices, n’est-ce pas une vigne dévastée ? Même si tous dans notre société ne vivent pas riches, oserions-nous dire que nous n’y sommes pour rien dans ce gâchis ? Il est vrai que l’on peut faire dire beaucoup de choses aux chiffres, mais il y a moins d’une semaine, une étude révélait que la Belgique était un des cinq pays du monde  les plus pollueurs par habitant. Et pourtant, nous sommes tous d’accord de dire que polluer est mauvais et qu’il faut combattre les injustices. Dans ce contexte l’Évangile nous invite à reconnaître lucidement nos péchés, mais aussi à ne pas nous considérer comme des « misérables qui doivent périr misérablement ». N’ayons donc pas peur de reconnaître nos péchés, mais aussi, comme Jésus nous y invite, de contempler « l'œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! » Les exemples ne manquent en effet pas de personnes actives pour que grandissent l’amour et la justice dans toutes ses dimensions y compris celle du respect de la création et des générations futures qui y vivront après nous.  Laissons donc le Seigneur guérir nos intelligences et transformer « nos cœurs de pierre en cœurs de chair. » C’est ainsi que nous ferons porter du fruit au Royaume que Dieu nous donne.