Homélie du 26ème dimanche du temps ordinaire (par Louis Piront)

26 dimanche ordinaire a lequel des 2 a fait la volonte du peHomélie prononcée par Louis Piront, le 28 septembre 2014.

Que voilà une parabole simple, facile à comprendre : n’importe quel enfant pourrait répondre facilement à la question de Jésus. Mais la conclusion qu’apporte l’évangéliste, ça alors, c’est un peu fort: prostituées, publicains, tous ces gens catégorisés comme pécheurs, les voilà au ciel avant nous. Il faut reconnaître que cela peut choquer sauf si, comme dit Ezéchiel, nous acceptons une bonne fois de modeler nos pensées sur celles de Dieu., d’aimer comme Dieu aime.

C’est d’abord un amour qui permet de dire NON, sans recevoir une claque pour autant, en faisant confiance à la capacité de chacun de réfléchir ; un amour qui rend libre d’aimer en retour : on est passé, grâce à Jésus, de l’esclavage de la loi à la liberté de choisir Dieu et de l’aimer.

Et si liberté il y a, elle demande de faire la vérité en soi-même, avec soi-même. Tout simplement pour faire accorder nos actes avec nos paroles. Nos paroles ne sont jamais anodines, car elles nous mettent en relation avec les autres, et dès lors si nous voulons que cette relation soit vraie, nos actes doivent être en conformité avec ce que nous disons de nous-mêmes. Rappelez-vous ce que nous dit Jésus : « ce n’est pas celui qui dit Seigneur, Seigneur qui sera sauvé, mais celui qui met en pratique la parole de Dieu. »

Mais nous sommes surtout invités à découvrir la vérité de l’autre derrière ses attitudes qui parfois nous choquent. ; à chercher à comprendre les valeurs réelles de sa vie sous des dehors parfois apparemment inconciliables avec le désir de Dieu.

Reprenons l’épisode de celle que les on-dit de la ville appelaient la pécheresse lorsque Jésus rendit visite à Simon, pharisien important de la cité.   A Simon qui s’étonnait de la gentillesse miséricordieuse de Jésus envers elle, Jésus laisse clairement entendre en le mettant devant sa propre vérité : « toi, tu fais tout ce que la loi dit de faire, mais tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds à mon arrivée, tu ne m’as pas donné un baiser de bienvenue, tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête, mais elle a fait bien davantage, et surtout avec beaucoup d’amour.

Même si sa vie à elle apparaissait comme un « non » à la loi, elle aimait comme elle pouvait, elle aimait, à sa façon, et surtout en vérité. Les pensées de Dieu scrutent le cœur des gens, leur propre vérité, leur vie en vérité. Qui aime le mieux ? On peut, sans vouloir tout justifier, se poser la question. Quand on lit les journaux et les périodiques, on a vraiment l’impression que les personnes inculpées sont déjà présumées coupables. Et même si elles sont innocentées par  après, elles garderont un « parfum » de culpabilité durant toute leur vie. Un moment d’égarement vous colle à la peau durant toute votre vie, même si vous avez réparé le tort que vous avez fait.

Nous sommes conviés à ne pas juger sur les apparences, mais à essayer de comprendre les autres, d’avoir un regard de bonté, de miséricorde et de confiance, en la possibilité de chacun de faire la vérité en soi. Ainsi donc, nous sommes invités à être humbles, c’est-à-dire vrais avec nous-mêmes, - et c’est cela le début de la conversion -et dès lors à mettre nos actes en conformité avec nos paroles, afin d’être aussi en vérité avec les autres.

Cette même humilité dans la vérité nous aidera alors à comprendre les autres, sans les juger sur les apparences, en essayant d’avoir pour eux les pensées de Dieu, d’oser le regard de Dieu.

Il y a parfois des gens peu recommandables, mais qui sont davantage prêts à entendre l’appel du Père… Les publicains et les prostituées sont des pécheurs publics, c’est entendu ; et ce n’est pas de cela que Jésus les complimente ; ils sont comme le premier fils : ils ont commencé par refuser de travailler à la vigne : jusque là il n’y a rien d’admirable !  Seulement voilà : Jean-Baptiste les a touchés : ils ont écouté sa parole et ils se sont convertis.  Ce n’est pas parce qu’ils sont pécheurs qu’ils entrent dans le royaume ; mais parce qu’ils se sont convertis.

Ce qu’il importe de souligner en ce dimanche, c’est que Jésus, venu ouvrir le Royaume de son Père à Jérusalem, là même où se dresse le temple, la Maison de Dieu, se heurte, non aux Romains païens qui souillent la ville sainte, ni aux Juifs impies  qui n’observent pas la Loi et vivent dans le péché, mais il se heurte au haut clergé, aux plus hauts responsables du culte et aux laïcs les plus fervents, les plus pieux, ceux qui, par leurs observances minutieuses, se veulent des gens à part, des « séparés » (sens du mot pharisien).

Le danger pour l’homme n’est pas seulement dans le péché, mais même dans la religion ! On peut à tort croire qu’on croit !! Les professionnels de la religion, eux, ne se sont pas convertis … mais en quoi avaient-ils besoin de se convertir : peut-on imaginer que des gens qui suivaient fidèlement la Loi de Moïse, donnée par Dieu, avaient besoin de se convertir ?   Pourtant, rien n’est jamais acquis définitivement. Ce n’est pas parce qu’on n’a plus de guerre depuis 70 ans que la paix est acquise !! Notre civilisation européenne de 2014 est un colosse aux pieds d’argile : on prend un air étonné en disant que les milliardaires sont de plus en plus nombreux en Belgique : mais c’est là que se trouve justement le danger : c’est pour cela qu’il y a de plus en plus de pauvres et des pauvres de plus en plus pauvres. Il faut une information qui dénonce avec fermeté cette réalité dangereuse qui conduit la société tout droit vers la guerre. Notre foi doit prendre ses responsabilités dans ce monde économique qui va à la dérive.  L’exortation de St Paul aujourd’hui n’est vraiment pas un luxe : le chrétien doit rejoindre le monde des pauvres et être solidaire avec lui. Comme le dit notre pape, le chrétien est un « Cyrénéen » (Simon de Cyrène aidant le Xt à porter sa croix). Il ajoute que l’Eglise est un hôpital de campagne qui soigne d’abord les blessures avant de mesurer le taux de cholestérol !!

Peut-on imaginer que des chrétiens qui sont honnêtes, qui disent leurs prières, qui vont à la messe, ont encore besoin de conversion ? Peut-on imaginer que les prêtres, les évêques ont encore besoin de conversion ?      C’est bien là le problème : une espèce de suffisance qui permet de ne pas se remettre en question et de s’asseoir sur ses certitudes. Et la question de Jésus vient bouleverser tout cela : « êtes-vous sûrs seulement d’être allé travailler à ma vigne ? » « ou bien vous êtes-vous contentés de faire ce qui vous arrangeait bien dans la religion ».  

Décidément, on n’est jamais tranquille quand on met le doigt dans l’engrenage de la Foi : mais le Christ ne nous a jamais promis la tranquillité dans la foi : il a promis la paix, la sérénité, quelles que soient les circonstances et les difficultés de notre vie. Allons-y,  frères et sœurs, allons travailler à la vigne sans nous réfugier derrière des excuses trop faciles. Aujourd’hui encore, les pauvres peuvent nous évangéliser.