Homélie du 25ème dimanche ordinaire par André de L'Arbre SJ

25 dimanche ordinaire b qui est le plus grandHomélie rédigée et prononcée par André de L'Arbre, le 20 septembre. 

Jésus décide maintenant de former plus explicitement ses apôtres, ses collaborateurs directs. C’est une sorte de noviciat ou de grand séminaire, mais sur le terrain. Il s’agit essentiellement de regarder faire Jésus et ensuite d’écouter ses explications sur sa pratique. Et manifestement les disciples ne comprennent pas d’emblée leur professeur. Il y a toujours cette fameuse ambiguïté à propos du Messie.

De quel Messie s’agit-il vraiment ?

Eh bien, Jésus va essayer de le leur expliquer en leur posant d’abord la question : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Jésus désire partir de leur vécu, de leur expérience concrète, de leurs rêves, de leurs ambitions. Mais les disciples se taisent dans toutes les langues, car ils sont manifestement gênés. Ils sentent spontanément que ce n’est pas tout à fait ce que Jésus attend, ce que Jésus leur montre. Ils sont mal à l’aise et saint Marc n’enjolive pas le rôle des futurs évêques que sont ces braves bougres de disciples. Il les montre bornés, obtus, étroits, tout à fait à côté de la plaque.

C’est vrai que ce n’est pas évident du tout. Ce qui habite spontanément le cœur de l’homme, le nôtre, c’est le goût du pouvoir, de la richesse, du prestige. Un jour d’ailleurs la maman de Jacques et Jean a demandé à Jésus les meilleures places pour ses fils dans son royaume. Jésus ne fait pas de reproche à la maman, mais il demande aux fils s’ils sont prêts à boire la coupe qu’il va boire, càd de porter leur croix, de passer par l’oubli de soi et le don total aux autres.

Jésus va essayer de nous inculquer une toute nouvelle idée de l’homme. Il ne s’agit plus d’ambitionner la première place, mais la dernière. « Si quelqu’un veut être le premier parmi vous, dit-il, qu’il soit l’esclave de tous. Car le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie. » Jésus est le seul à se faire radicalement le dernier de tous, le serviteur de tous. Lorsqu’il lave les pieds de ses disciples, ce n’est pas seulement une image, c’est ce qui se passe réellement sur la croix. La croix est la seule véritable révélation de Dieu. C’est là qu’il se donne tout entier. C’est là qu’il se met radicalement à notre service. C’est là qu’il nous sauve du mal et de la mort, et nous donne la vie en plénitude.

L’homme ne doit plus être un loup pour l’homme, mais un frère. Saint François avait même réussi à convertir le loup de Gubbio et en faire un frère. Cela me fait penser au livre qui s’intitule : « François au milieu les loups ». Les loups du pape ne sont pas seulement la mafia, mais certains dans son entourage immédiat. Si François a mis de l’ordre dans la banque du Vatican, c’est que certains étaient trop attachés à l’argent. S’il veut mettre un peu d’ordre dans la Curie romaine, il ne cherche pas spécialement à se faire des amis. Le pape, à la suite de Jésus, souhaite une Eglise plus miséricordieuse et plus soucieuse des petits et des pauvres.

Je termine avec un extrait de l’éditorial de Jean-Pierre Denis dans la revue La Vie du 10 septembre dernier. Il écrit ceci :

« Il y a quelques jours, le pape a voulu rassembler les exclus de l'Église, de Mgr Gaillot, qu'il a chaleureusement reçu, aux prêtres lefebvristes, auxquels il a donné pouvoir d'absoudre les péchés de manière à la fois légitime et valide. Ces gestes ne suffiront pas à faire l'unanimité entre nous. Dans quelques jours, François sera aux États-Unis. Il se heurtera au scepticisme sourd ou à la franche hostilité de beaucoup de catholiques, qui n'aiment pas ses envolées économiques antilibérales et qui ont lu avec horreur - s'ils l'ont lue - son encyclique Laudato Si' sur l'environnement. Puis viendra le synode sur la famille, lieu probable de
multiples déchirures, frustrations et déceptions ... Mais on a entendu l'essentiel du message de ce pontificat : le manteau de la miséricorde est assez ample pour abriter tous les vivants, et le souffle de la charité assez puissant pour que tous les hommes de bonne volonté puissent en sentir l'effet. Le reste ne dépend pas d'un pape, mais de chaque conscience », de chacun de nous.  

Prions pour le pape et pour chacun d’entre nous.