Homélie du 25ème dimanche du temps ordinaire (par Thierry Dobbelstein SJ)

25 dimanche ordinaire a les ouvriers de la derniere heureHomélie prononcée le 21 septembre 2014, par Thierry Dobbelstein SJ

Je vous propose d’essayer de vous plonger dans l’histoire de la parabole de ce dimanche. Si vous étiez le maître de la vigne, le patron de l’entreprise, comment auriez-vous fait ?

D’abord vous auriez été rationnels : un pièce d’argent pour ceux à l’égard de qui vous vous y étiez engagé : « une journée de travail = une pièce d’argent ». Pour les autres, des centimes, et tout en étant juste, la proportion qui convient au nombre d’heures prestées. Cela aurait été rationnel. C’est comme cela qu’on s’enrichit, qu’on fait des affaires tout en étant droit. Visiblement ce n’est pas ainsi que Dieu s’enrichit, car il est déjà riche ! Sa richesse est d’être généreux, donc de donner plus que ce qui est mérité.

Deuxième tentative : imaginons donc que vous soyez un patron d’entreprise généreux à l’image de Dieu, miséricordieux à l’égard des ouvriers qui ont travaillé le moins. Vous décidez en votre fort intérieur que vous allez leur donner autant qu’aux autres – par pure générosité, par compassion ! Imaginons donc que vous êtes ce patron, comment faites-vous au moment de la distribution des salaires ? Je crois que vous commencez par les premiers – ils sont là depuis si longtemps, on ne va pas les faire patienter inutilement, et puis surtout on va éviter les jalousies et les problèmes syndicaux ! Et bien ici encore vous vous écartez de la manière de faire de Dieu ; Il ne raisonne pas ainsi : ils commencent par les derniers ! il veut être généreux, et le montrer !

Dès lors vous direz : « s’il est généreux, pourquoi ne l’est-il pas avec tous ? Il donne aux derniers nettement plus que ce qu’ils méritent ; pourquoi ne donne-t-il pas aussi aux premiers plus que ce qu’ils méritent. Ils méritaient une pièce, il pourrait leur en donner au moins deux ! » Justement pour souligner que sa générosité est générosité, et non pas récompense d’un mérite. Il n’y a pas de mérite dans notre relation à Dieu ! En nous mettant dans la peau d'un ouvrier, cette fois, serions-nous capables de dire: « Je suis un serviteur quelconque – est-il dit ailleurs – J’ai fait ce que je devais, ce que j’ai pu (en fonction du temps de travail disponible). Et cela suffit ! Cela me suffit ! Je ne vais pas regarder les autres d’un œil mauvais, parce que Dieu est bon! » Est-ce que ma relation à Dieu me suffit ? Ou bien est-ce que je dois devoir me distinguer en me comparant aux autres : « Oui mais moi, j’ai fait… Oui mais lui a moins fait ou n’a pas fait… » Tous ceux qui vivent en communauté, ou nous tous qui construisons nos communautés paroissiales, nous savons combien les tentations de commérage sont importantes. Les commérages commencent quand on se compare les uns aux autres : plaisir de rabaisser autrui, envie de le dénigrer ! plaisir de se mettre en valeur soi-même : « Moi, je n’aurais jamais fait ni dit cela ! »

Ce n’était pas différent au premier siècle que de nos jours. C’est la raison pour laquelle les apôtres ont tellement insisté :

« Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous si vous avez entre vous quelque sujet de plainte. Comme le Seigneur vous a pardonné, vous aussi, pardonnez. Mais, par-dessus tout cela, ayez la charité, c'est le lien de la perfection ». (Colossiens 3, 13-14)

« Qu'il y ait entre vous tous union de sentiments, compassion, amour fraternel, miséricorde, simplicité, humilité. Ne rendez pas le mal pour le mal, ni l'insulte pour l'insulte. Bénissez, au contraire, car c'est à cela que vous avez été appelés, afin de recevoir l'héritage de la bénédiction ».  (1ère lettre de saint Pierre 3, 8-9) 

« Faites tout sans murmures ni contestations ; ainsi vous serez irréprochables et purs, vous qui êtes des enfants de Dieu sans tache au milieu d'une génération dévoyée et pervertie, où vous apparaissez comme des sources de lumière dans le monde, vous qui portez la parole de vie ». (Philippiens 2, 12-15)

En résumé :

Le Père, le Maître de la vigne est généreux ; Il fait exploser nos tentations de commerce avec Lui et de logique du mérite ; mais surtout Il réduit à néant nos tentations de nous comparer les uns aux autres.

Chaque dimanche nous offre quelques balises pour la semaine. Vous voyez que nous avons du travail pour cette semaine qui commence ! Du travail, si nous voulons que le thème de ce dimanche féconde toute cette semaine ! En soi c’est très simple ; à vivre c’est tout un programme.