Homélie du 24ème dimanche ordinaire par Benoît Willemaers SJ

24 dimanche ordinaire b tu es le messie 2Homélie rédigée et prononcée par Benoît Willemaers, le 13 septembre.

Il y a des jours où ce que veut nous dire Jésus n’est pas facile à entendre. Les textes de ce jour appartiennent certainement à cette catégorie. Ce qui est tout de même rassurant, c’est que, visiblement, nous ne sommes pas les premiers à avoir du mal à  entendre ce qu’il veut nous dire. Les apôtres les premiers ont eu un peu de mal. C’est tout de même rassurant… Regardons ensemble la scène que nous livre aujourd’hui l’Evangile.

Jésus commence par demander à ses disciples ce que l’on raconte sur lui, ce que les gens disent de lui. Lorsque l’on demande à quelqu’un « qui est un tel ? », c’est souvent plus qu’un nom que nous attendons. Nous voulons savoir non seulement son nom mais aussi d’où il vient, ce qu’il fait, ce qu’il a fait. Et c’est bien le sens de la question de Jésus. Si l’on en croit la réponse des disciples, l’on peut voir qui est Jésus pour ceux qui s’intéressent un peu à lui : un prophète, comme on en a connu d’autres auparavant. Certainement, quelqu’un d’important : Elie est le plus grand, le plus glorieux des prophètes pour les juifs. Ce n’est pas rien que les gens associent Jésus à son œuvre. Ce que pensent les « gens » de Jésus, c’est déjà qu’il peut changer quelque chose dans leur vie. Mais, et c’est là que leur réponse est encore bien courte, ils attendent de Jésus qu’il change leur vie d’une façon bien connue. Qu’il change leur vie « dans les règles », comme prévu et annoncé par les prophètes précédents. Il faut que Jésus reste « dans les clous. »

Nous savons bien que la question vraiment importante est celle qui vient après, celle que Jésus pose à ses disciples. « Et vous, que dites-vous ? ». Si elle est importante, c’est parce qu’il nous la pose aussi, avec la même actualité qu’il y a 2000 ans. Et il semble à première vue que les disciples ont perçu quelque chose de plus que la foule. Ecoutons Pierre : « Prenant la parole, il dit : Tu es le Christ ». Visiblement, pour Pierre, pour les disciples, Jésus est plus que la copie d’un prophète, aussi grand que soit ce prophète. Dans ce « Tu es le Christ », Pierre s’engage. Ce qu’il dit dépasse le factuel. Jésus n’est pas seulement un prophète qui va remettre un peu d’ordre dans Israël ou lui apporter de nouvelles lumières. Pour Pierre, Jésus est vraiment celui qui va changer sa vie. Je vais vous avouer qu’en lisant cette Evangile, j’envie parfois cette assurance de Pierre. Pierre n’est certainement pas blasé, habitué par sa vie avec le Christ. Il attend vraiment quelque chose de lui.

Mais Jésus sent bien que cette réponse est encore très imparfaite. C’est une chose de dire « tu es le Christ ». C’est une toute autre chose que de comprendre ce que cela veut dire « être le Christ ». Et c’est pour cela que Jésus interdit aux disciples de raconter partout « voilà le Christ ». Car quel genre de Christ les disciples annonceraient-ils à ce moment ? La réaction de Pierre aux paroles de Jésus annonçant sa mort montre que Pierre n’avait en effet pas compris ce que c’est « être le Christ ». Il le montre bien, en refusant tout simplement d’entendre Jésus qui annonce sa mort et sa résurrection. L’image qu’il a de Jésus fait qu’il cale sur l’annonce de la mort, incapable d’entendre la promesse de résurrection.

Mais, être le Christ, pour Jésus, ce n’est pas être un « super-Elie ». Ce n’est pas être celui qui va tout changer tout de suite pour le mieux : libérer Israël des Romains ou encore instaurer la justice entre les riches et les pauvres. Etre le Christ, pour Jésus, c’est au contraire tout simplement vivre et annoncer l’amour du Père, dans toutes ses paroles et ses rencontres. Etre le Christ, pour Jésus, c’est savoir que vivre ainsi, c’est risquer de se heurter de manière brutale à toutes les limites des hommes, à toutes nos mauvaises habitudes d’hommes trop souvent égoïstes. Mais c’est vivre ainsi tout de même, au risque d’être assassiné, parce que sa confiance de Fils sait que le Père ne peut l’abandonner à la mort.

La suite du texte, où Jésus ne s’adresse plus seulement aux disciples mais à toute la foule, à tous ceux qui veulent bien l’entendre, nous met sans détours devant une nouvelle question. Quand il nous parle de porter la croix, il nous demande si nous sommes prêts, non seulement à le reconnaitre pour le Christ, mais à le laisser être le Christ ? Pas celui dont nous pourrions rêver, pas un super-héros, mais quelqu’un qui témoigne de l’amour de Dieu pour les hommes. Et cette question est importante. Parce que nous, nous ne pouvons pas être des super-héros. Mais des gens qui témoignent de l’amour de Dieu, oui, là nous pouvons suivre le Christ.