Homélie du 23ème dimanche ordinaire par Louis Piront

23 dimanche ordinaire b le sourd muetHomélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 6 septembre.

Il est bien difficile de détecter quelqu’un qui est sourd : ces personnes passent inaperçues dans la vie quotidienne. C’est vrai pour ceux qui ont un handicap de l’ouïe. Mais c’est vrai aussi pour tous ceux qui n’entendent pas le cri de ceux qui n’ont pas de voix, que la société a rendu muets, parce qu’ils n’ont pas droit à la parole, parce qu’ils n’ont aucun relai pour répercuter leur cri, ou parce qu’ils ne connaissent pas la langue pour se faire comprendre …

Combien de cris, dans notre monde, ne pourraient jamais être entendus, ni recevoir de réponse à leur détresse, s’il n’y avait pas des intermédiaires attentifs et à l’écoute de ceux qui sont sans voix, matériellement, et sans voix, socialement, politiquement.

     « J’ai entendu les cris de mon peuple », dit Dieu par l’intermédiaire du prophète.

J’imagine mal la situation où je serais pris en charge par un groupe qui m’amènerait à Jésus, en lui disant : « il est sourd-muet » ! Pourtant, il est des fois où ce serait bien utile … Je n’entends pas toujours, parce que je n’ai pas envie d’entendre ce qui m’obligerait à changer d’attitude et d’habitude…

Bien sûr, je peux aspirer à un peu de tranquillité lorsque je suis confronté à trop de demandes, mais on s’habitue vite à la tranquillité … et éviter d’entendre la réalité qui est à notre porte…

Comme il est difficile aussi d’entrer dans cet Esprit de Dieu exprimé dans la première lecture : face au mal que l’homme fait, Dieu prend sa revanche en sauvant !! En libérant l’homme de tout ce qui lui fait mal ou fait mal aux autres hommes, en libérant l’homme de tout ce qui l’empêche d’être vraiment homme, de ce qui l’empêche d’utiliser toutes ses facultés :

    « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, l’eau jaillira dans le désert, le boiteux bondira comme le cerf. »

Oui, la revanche de Dieu, c’est de nous sauver en nous libérant de tout le mal qui nous atteint.

Et ce message est proclamé dans un contexte où les hommes ont imaginé Dieu à l’image de l’homme, un Dieu qui se venge comme l’homme.

La Bible a gardé le mot vengeance pour exprimer exactement le contraire : le pardon et le salut. Remarquez que la Bible a également repris le mot « sacrifice » pour exprimer une chose totalement différente : il ne s’agit plus de tuer un animal pour l’offrir (offrir quelque chose d’extérieur à soi), mais il s’agit d’une attitude intérieure de l’homme qui offre son cœur et sa disponibilité à Dieu.

Même chose pour la « crainte de Dieu » : il s’agit, non pas de la peur de Dieu, mais de la confiance au projet de Dieu qui veut que l’homme vive et soit heureux.

St Jacques, dans sa lettre, nous parle de notre façon de regarder les gens selon leur apparence : cela conditionne drôlement la façon dont nous les écoutons et leur parlons… St Jacques parle peut-être un peu de façon caricaturale, mais il faut quand-même se poser des questions : nos églises sont relativement peu fréquentées par les pauvres. Et si on prévoit symboliquement la place du pauvre lors de nos fêtes, elle est quand-même rarement occupée !!

Les sourds et les muets ne sont pas nécessairement ceux qui sont reconnus comme tels par la société. Si Jésus revenait aujourd’hui, il soupirerait certainement en levant les yeux au ciel : il toucherait nos oreilles pour que nous nous rendions compte qu’elles sont là ! Qu’elles nous sont données pour écouter les messages qui peuvent changer nos habitudes, mais aussi pour entendre les cris de nos frères qui ont du mal à vivre, qu’ils soient déjà à notre porte ou qu’ils soient en train d’arriver bientôt à la caserne St Laurent ou ailleurs …

Jésus mettrait sans doute encore de la salive sur nos langues, afin qu’elles disent et concrétisent la bienveillance et la miséricorde.

Dans un monde qui risque de se fermer de plus en plus pour se protéger de l’envahissement des réfugiés et des migrants, puissions-nous au contraire, chacun selon nos possibilités, répercuter ce que nous entendons et avoir une parole cohérente avec nos actes pour répondre aux appels qui nous sont adressés.

Ne réduisons pas Dieu à être une image de l’homme, mais contribuons à ce que l’homme devienne à l’image de Dieu. Et aujourd’hui encore, devenons celui que nous allons recevoir.