Homélie du 22ème dimanche ordinaire par Laurent Capart SJ

22 dimanche ordinaire b l impurete du coeur de l hommeHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 30 août.

Les textes que nous venons d’entendre nous parlent des relations entre l’Évangile, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle, et la morale. Dans ma formation de prêtre, j’ai appris que les homélies ne devaient pas être des leçons de morale. Il y a cinquante ou soixante ans, les sermons parlaient - paraît-il, je n’ai pas longtemps connu cela – beaucoup de morale, et il est donc apparu nécessaire de remettre la Bonne Nouvelle au centre des prédications.

Cependant, comme nous venons de l’entendre, la Bonne Nouvelle elle-même parle de morale. Saint Jacques l’écrit clairement : « Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. »

Pour nous aider à voir clair, notons d’abord que Jésus distingue très clairement la « tradition des hommes » et le « commandement de Dieu ». La tradition des hommes contient des prescriptions, qui sont peut-être très utiles dans un contexte donné, mais ne sont pas universelles. Les règles hygiéniques invoquées par les pharisiens et les scribes sont de cet ordre-là : elles dépendent d’une époque et d’un contexte géographique donné. Par contre, le commandement de Dieu - aimer Dieu et les autres - est universel : le respecter est une source de bonheur profond et durable pour tous les êtres humains quels que soient leur époque et le lieu où ils vivent. Comment dès lors annoncer la Bonne Nouvelle sans pratiquer et enseigner ce commandement ? Par contre, nous faisons fausse route quand nous voulons imposer une tradition culturelle particulière à des personnes d’autres cultures. Il n’est pas normal de confondre l’annonce de la Parole de Dieu et l’imposition de systèmes politiques, économiques et sociaux et d’autres éléments culturels. Quand l’Église a fait cela, elle a provoqué beaucoup de dégâts.

Remarquons ensuite que les pharisiens et les scribes se réfèrent à des pratiques extérieures qui permettent à la fois de donner une bonne image de soi quand on les respecte et de condamner les personnes qui ne les respectent pas. Jésus situe son propos à un autre niveau : « C’est du dedans, du cœur de l’homme,  que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés,  fraude, débauche, envie,  diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans,  et rend l’homme impur. ».  Considérons par exemple l’envie malsaine qui consiste à désirer quelque chose qui n’est pas conforme au commandement de l’amour. Si j’ai envie de cette chose, personne ne le voit, au départ en tout cas. Il est donc important que je repère le caractère mauvais de ce mouvement intérieur et que je le combatte avant qu’il ne sorte de moi et devienne nuisible pour les autres.

L’attitude que Jésus commande de suivre ne consiste pas seulement à repérer les mouvements intérieurs malsains. En positif, elle conduit à reconnaître et à accueillir « les présents les meilleurs, les dons parfaits » qui « proviennent tous d’en haut » et à ressentir la proximité aimante du « Père des lumières » de qui ils descendent. Ces paroles de Saint Jacques nous aident à comprendre l’extrait du livre du Deutéronome nous indiquant que le commandement de Dieu est notre sagesse et notre intelligence aux yeux de tous les peuples. L’auteur du livre du Deutéronome indique en effet « Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? » et poursuit : « Et quelle est la grande nation dont les décrets et les ordonnances soient aussi justes que toute cette Loi que je vous donne aujourd’hui ? »

N’imposons donc pas nos traditions humaines aux autres, mais enseignons leur le commandement de Dieu et surtout mettons le nous-mêmes en pratique dans nos vies et reconnaissons les dons du Seigneur notre Dieu et sa proximité aimante.