Homélie du 22ème dimanche du temps ordinaire (par Thierry Dobbelstein SJ)

Nous sommes dans l’immédiate suite de l’Evangile de dimanche dernier. Souvenez-vous ! Simon Pierre vient d’être loué par Jésus – heureux est-il ! – parce qu’il vient de confesser que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant ! et cela ne lui vient pas de lui-même, mais de Dieu le Père !

Et voici que dans les instants qui suivent, il se fait remonter les bretelles, comme aucun de nous n’aime en faire l’expérience.

 

D’abord la cause ! Jésus annonce sa passion, sa mort et sa résurrection. Humainement on ne peut deviner que « être messie » signifie passer par une telle voie. Quand Pierre réagit – il réagit souvent spontanément et avec beaucoup de naturel – il souligne combien la voie annoncée par Jésus est surprenante et apparaît inacceptable : « Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera pas ! »

Cela a beau être naturel et spontané – parce que la voie du Messie est peu naturelle – il n’empêche que c’est tout le contraire de ce que Jésus attend de ses amis. Pierre ne reconnaît pas la nouveauté de ce qu’il a pourtant confessé. Ses visions sont trop humaines. Il est passé devant le Christ, plutôt que de le suivre. Si Jésus se retourne, c’est pour remettre Pierre à sa place : derrière, à la suite du Maître, et non pas au travers de son chemin. Par ailleurs cela permet à Jésus de lui tourner le dos et donc d’amortir le choc quand il doit lui adresser ce reproche.

Pour nous c’est une double leçon :

-         Il est normal de passer, parfois brutalement, d’une consolation – « bienheureux es-tu parce que cela t’est inspiré de Dieu ! » – à une désolation ; il n’est pas rare de passer d’une inspiration divine à une grosse bourde. Pierre est passé par là, et la grâce d’état n’y change pas grand-chose.

-         C’est un appel à la vigilance : sans cesse nous devons nous méfier de ne pas nous mettre à la place de celui que nous voulons servir.

 

C’est ainsi que Jésus poursuit en explicitant quel est le chemin du disciple. Cela peut apparaître redondant : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il me suive ! » Se faire le disciple du Christ, c’est reconnaître qu’il est le premier. Il y a donc à renoncer à cette envie si naturelle de me croire le centre ; renoncer à décider à la place du Seigneur des voies et moyens qu’il devrait choisir. Etre disciple, c’est choisir les moyens du Seigneur parce qui lui, il les a choisis. Etre disciple c’est parcourir le chemin du Seigneur, parce que lui, il l’a parcouru.

Gagner le monde entier, que ce soit la richesse du monde entier, les honneurs et la reconnaissance du monde entier ou le pouvoir sur le monde entier (richesse, honneur, pouvoir), nous en avons tellement envie ; nous y succombons. Et Jésus nous dit : « ce n’est pas ce que j’ai recherché ! ce n’est pas ce que tu dois rechercher ! ce n’est pas là que se trouve la vie ».

 

Dans toute retraite ignacienne, en deuxième semaine, nous sommes invités à approfondir notre désir d’être disciple de Jésus ; nous confier à lui ; nous offrir à sa mission. C’est la « Méditation du Règne » ! C’est la première étape : celle où Simon Pierre et les autres apôtres sont bien contents et fiers d’accompagner Jésus ! Ils sont fiers de se savoir disciples du Maître et Messie.

Mais ensuite, dans cette deuxième semaine, il y a la « Méditation des Deux Etendards », proposée par Ignace de Loyola. C’est une méditation où il ne s’agit pas seulement d’exprimer son désir d’être compagnon du Messie, mais de choisir la voie que lui a choisie. Pas le chemin si spontané, humain, naturel de l’avoir, du valoir, du pouvoir ; mais bien le chemin de la pauvreté, des humiliations, de l’humilité.

J’aime pour ma part, parler de remède, plutôt que de chemin. Le chemin de la pauvreté et de l’humilité qui passe par des humiliations, c’est peu engageant : cela semble tellement étroit, et peu « goûteux ». Mais le remède de la pauvreté et de l’humilité. Un remède comme une pilule à avaler deux fois par semaine, peut-être une fois par jour (pour certains il faut des doses un peu plus forte, on peut conseiller une pilule par repas). Cela va vite porter des effets réels. Lorsque se présente un dépouillement, je l’accepte en liberté, sans en faire une maladie ; lorsque je vis une humiliation, je n’en fais pas une jaunisse.

 

Trois points :

Ne nous laissons pas entraîner trop rapidement dans les expériences de consolations spirituelles intenses : il n’est pas rare que l’enthousiasme nous y fait perdre la vigilance. On risque de vouloir prendre la place du Christ.

La voie qu’il a choisie c’est celle de la pauvreté et de l’humilité. Il n’y a pas à imaginer pour lui (et pour nous) une autre voie.

Si la voie nous paraît trop peu attirante, ou trop « goûteuse », considérons-la au moins comme un remède : une petite dose régulière !