Homélie du 21ème dimanche ordinaire par Thierry Dobbelstein SJ

21 dimanche ordinaire b a qui irions nousHomélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein, le 3 août.

Trois lectures, deux points seulement. La première lecture est tirée de la fin du livre de Josué. Josué est le successeur de Moïse. Ce dernier avait conduit le peuple d’Israël hors du pays de l’esclavage et au travers du désert. Mais c’est à son successeur Josué que revint l’honneur de conduire le peuple à l’intérieur de la terre promise. La lecture est un extrait de son discours d’adieu, peu avant de mourir.

Il est intéressant de voir qu’il ne s’agit pas de souligner des prétentions territoriales. Il s’agit plutôt de placer chacun des membres du peuple devant ses responsabilités : « Qui adores-tu ? Tu as le choix entre les dieux, les idoles du pays dont Abraham était originaire en Mésopotamie, les dieux des habitants de Canaan (le territoire qu’ils habitent désormais) ou bien le Seigneur, l’Unique ».

Pas de compromis possible dans le service : c’est l’un ou l’autre. Les aînés parmi nous ont appris : « seul Dieu tu adoreras ! » Adorer est un verbe qui doit être réservé à Dieu… pour souligner cette exclusivité. Aimer, on peut le réserver au chocolat – « j’aime le chocolat » – , à ses parents – « j’aime ma mère et mon père » –, au Standard ou à David Goffin – « j’aime le Standard et j’aime David Goffin ». Mais je n’adore que Dieu !

Vous savez que le langage jeune apprécie beaucoup les superlatifs : « c’est super, c’est giga, c’est super-giga », et aussi « ça, j’adore ! » Ils disent rarement qu’ils aiment tel type de musique… ils adorent tel type de musique ; ils n’aiment pas les pitas ou les hamburgers de Mc Do, ils adorent les uns et les autres. Leur langage trahit l’exclusivité, l’absence de compromis.

De la même manière on peut comprendre l’interpellation de Josué : est-ce sans compromis que tu aimes le Seigneur, lui et rien que lui ?

S’il vous arrive d’être de mauvaise humeur lorsque le Standard perd un match : vous arrive-t-il d’être encore plus de mauvaise humeur quand la volonté de Dieu n’est pas accomplie ? S’il vous arrive de vous réjouir d’un excellent concert ou d’un magnifique repas, de vous réjouir à l’avance, de l’apprécier pendant, d’aimer vous en souvenir par après pour le ‘redéguster’ en imagination, êtes-vous prêts à faire de même avec une rencontre particulière du Seigneur ?

C’est ce que Pierre exprime d’une manière merveilleuse, dans son langage-jeune : « A qui irions-nous Seigneur ? si ce n’est vers toi, si ce n’est avec toi ». Reconnaître que sans le Seigneur, nos espérances sont vaines. Certes je peux me réjouir d’une qualification du Standard (quand elle arrive ! et d’autant plus qu’elle n’arrive pas souvent), je peux me réjouir d’une victoire d’un sportif belge, je peux apprécier un beau concert, un bon repas … mais qu’est-ce tout cela, si le Seigneur n’est pas ! Ce n’est ni la victoire sportive, ni la beauté d’un concert ou d’un repas qui peuvent contenter l’espérance de notre vie. Ils sont simplement l’indice que nous sommes assoiffés de passion : nous aimons nous passionner. Mais seule la passion du Seigneur, l’adoration du Seigneur peut nous rassasier.

 

Deuxième lecture : l’épître aux Ephésiens. Qu’avez-vous retenu ? Je parie que vous avez retenu : « Femmes soyez soumises à vos maris ! » … si vous êtes épouses pour vous en offusquer, si vous êtes maris pour ricaner. Le problème c’est que très souvent nous nous contentons de retenir une phrase et que nous occultons et le contexte, et le reste des affirmations. Qui d’entre nous a entendu : « Vous les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il s’est livré pour elle ; (…) c’est comme cela que le mari doit aimer sa femme : comme son propre corps » ? Et si cela ne suffit pas encore : « Jamais personne n’a méprisé son propre corps : on le nourrit, on en prend soin ». Qui d’entre nous a entendu que le texte ne commençait pas par « Femmes soyez soumises », mais bien par « Soyez soumis les uns aux autres » ?

Bref apprenons à lire les Ecritures jusqu’au bout ! Certes Paul a écrit dans un contexte patriarcal – qui a d’ailleurs dominé jusqu’il y a peu chez nous, et qui domine encore en certaines parties du monde. Certaines expressions le trahissent. Reconnaissons toutefois qu’il y a des expressions prophétiques pour ce contexte, parce qu’elles expriment une réelle réciprocité dans l’amour, dans la soumission mutuelle. Sans cette réciprocité, il n’y a pas de relation amoureuse possible dans la durée.

Le texte que nous avons entendu est à la base de la théologie d’un mariage chrétien : non pas pour dire que l’homme serait plus la tête que la femme. Mais pour souligner que le mari et la femme, qui s’aiment jusqu’à la limite du possible, sont sacrement de l’amour du Seigneur pour son Eglise, et de l’Eglise pour son Seigneur. Il y a un attachement total, une soumission complète qui va jusqu’au sacrifice. Dieu qui se donne à l’Eglise, et l’Eglise qui s’offre à Dieu. Offrande, réciprocité et absolu.

 

Je résume. Adorer le Seigneur. Aimer le reste, si possible dans le Seigneur. Et quand j’ai l’impression que je suis plus passionné par un loisir, un art, une personne que par le Seigneur, m’en laisser interpeller : il est temps de voir que c’est à ce point, avec davantage de passion encore que je devrais vivre mon attachement au Seigneur : lui seul peut être le sens de ma vie, lui seul assouvira mon désir d’être passionné.

C’est encore de passion qu’il était question dans l’épître de Paul : nos amours humains peuvent être images, sacrements, rappels de l’amour de Dieu pour nous, et de nous pour Dieu.