Homélie du 1er dimanche de l'Avent par Marc Chodoire SJ

1er avent c 1Homélie rédigée et prononcée par Marc Chodoire, le 29 novembre. 

L'Avent, ça commence plutôt mal cette année, semble-t-il. Déjà il y a 15 jours, st Marc nous adressait le même genre de message. Aujourd'hui, non seulement Luc en remet une couche, mais les événements actuels nous montrent à quel point les nations peuvent être affolées et désemparées, avec leur cortège de peurs et de replis : « Bruxelles, ville morte » etc ... Pour une fois, les divers Cassandre et prophètes de malheur semblent être d'accord avec l'évangile lorsqu'ils évoquent  l’attente de ce qui doit arriver au monde.

         Jésus anticiperait-il donc la dérive des médias d'aujourd'hui en insistant lourdement sur des images aussi anxiogènes que le fracas de la mer et des flots, les signes dans le soleil, la lune et les étoiles ? N'oublions pas que Luc, tout comme Marc, écrit dans un contexte d'époque qui n'invite pas à la sérénité : l'empire romain commence sérieusement à s'effriter ; la moralité est en chute libre un peu partout ; à Rome, c'est la persécution religieuse ; à Jérusalem, le Temple est détruit et la population massacrée. Ainsi, vous comprenez pourquoi Luc met en évidence certaines paroles dramatiques de Jésus ... en leur donnant probablement une importance qu'elles n'avaient pas !

         Une simple transposition, et nous voici, en 2015 cette fois, en train de considérer « un système économique qui court à sa perte, rejette les plus faibles et déshumanise l'homme ». (C'est la thèse que développe Édouard Tétreau, consultant, essayiste et chroniqueur pour Les Échos dans son dernier livre : Au-delà du mur de l'argent.) Le réalisme le plus élémentaire nous oblige à voir en face, sans l'édulcorer, l'état du monde et de nos sociétés. Les questions, inimaginables il y a 50 ans, sont lancinantes : celles qui touchent au début et à la fin de la vie humaine, les dérives environnementales, les conflits interethniques, et bien entendu le terrorisme  -  devenu notre insoutenable voisin.  

         Mais n'y a-t-il pas dans le cœur de l'homme une capacité de réagir, de rebondir, d'accueillir finalement le pire comme un appel au dépassement ? N'est-ce pas cette piste que Jésus ouvre devant nous ? Car, nous appeler à la résignation, ce n'est vraiment pas son genre ! On dirait plutôt qu'il nous donne un mode d'emploi et un remède, en nous proposant une démarche d'intériorité qui nous ferait sursauter d'espérance : « Ne suivez pas le chemin de ceux qui s'éclatent pour mieux oublier ; que votre cœur ne s’alourdisse pas dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, mais  restez éveillés et priez en tout temps ! »

         L'intériorité ... N'est-ce pas cette disposition du cœur et de l'esprit qui, seule, peut nous permettre de voir l'au-delà des choses, de franchir la barrière du spectaculaire ? « Il faut faire attention, papa, les méchants ils ont des pistolets ! » - « Mais nous, nous avons des fleurs. » - « Alors, nous sommes protégés ? » Emouvant dialogue entre un papa et son fils au lendemain des attentats de Paris : http://www.lesoir.be/1045933/article/soirm...te-d-un-enfant-apres-attentats-paris-video

         Changez de lunettes, nous dit Jésus, ne vous laissez pas sombrer dans le catastrophisme et la peur ; sans occulter l'aspect dramatique de certaines situations, apprenez à regarder avec votre cœur, et vous pourrez alors contempler la promesse qui germe au cœur du pire.

         Admettre que la fin d'un monde contient en germe l'aube d'un monde nouveau : la démarche, folle aux yeux du profane est authentiquement évangélique. Nous n'avons pas le droit d'arranger des paroles aussi abruptes que celles de Jésus pour les rendre comestibles, il s'agit de les accueillir dans leur crudité, mais aussi de décoder le secret d'amour qu'elles recèlent.

         Et que signifie : « Restez éveillés » ? Jésus nous donne là les deux aspects constitutifs de l'être spirituel :      

         1° Celui qui ne se laisse pas piéger par le syndrome du zappeur : au lieu de changer de chaîne (!) d'une minute à l'autre parce que telle image ne lui plaît pas, il ose regarder en face le réel : il reconnaît que ce monde est devenu ce que nous en avons fait, avec ses drames, mais aussi avec ses passionnantes recherches pour le rendre habitable.

         2° Mais c'est aussi celui qui reconnaît qu'au cœur des événements qui façonnent notre histoire, le Christ est en croissance. Oublierait-on qu'en toute circonstance il ne cesse de venir se mêler à notre humanité ?

         Quant à l'injonction « Priez en tout temps ! », Jésus nous invite à être audacieux, c'est un défi qu'il nous adresse : « Es-tu prêt à contempler, là maintenant, l'accomplissement du projet d'amour de mon Père ? » Ainsi, le veilleur, n'est-il pas celui qui est tellement sûr que le soleil va se lever, qu'il est attentif aux premiers signes de l'aurore ? Surtout au cœur de nos hivers ...

P. Marc Chodoire, Membre de l’équipe d’aumônerie à St-Joseph/Espérance