Homélie du 1er dimanche de Carême par Thierry Dobbelstein SJ

1 careme b convertissez vousHomélie rédigée et prononcée par Thierry Dobbelstein le 22 février

Dimanche prochain ce sera le premier jour du printemps météorologique. Que fait-on au printemps ? Les plus jeunes sentent remonter les hormones. Les plus adultes sont souvent pris – c’est mon cas ! entraîné par l’exemple de mes parents et grands-parents – par une ardeur de nettoyage et de rangement. Il faut faire le nettoyage de printemps !

Et comme les températures restent fraîches, c’est le nettoyage intérieur qui a été entrepris, plutôt que le travail de jardin ou le nettoyage du trottoir.

Mercredi dernier, c’était aussi le mercredi des cendres, le début du Carême. J’aime voir un lien entre ces deux événements qui coïncident partiellement. Car qu’est-ce que le Carême, sinon un grand nettoyage de printemps ! Et tant mieux si les conditions climatiques, nous obligent à commencer par un nettoyage intérieur. Car pour ce qui est du Carême, ce n’est pas des « souillures externes » (pour reprendre l’expression de Pierre dans la deuxième lecture) qu’il s’agit, mais bien d’un dépoussiérage interne. Le Carême, 40 jours de nettoyage intérieur du printemps.

 

Le plus dur dans un nettoyage c’est de commencer. Il y a ce coin de la maison, dont on sait qu’il faudrait remettre en ordre, frotter, gratter et repeindre. On a remis l’entreprise de mois en mois, parce qu’il y avait – apparemment – plus urgent à faire. Mais on savait, il faudra un jour s’y mettre, et remettre à neuf. On attend simplement l’occasion.

Tel est le Carême : une occasion pédagogique. Pour entreprendre, ce que l’on remet de mois en mois ; on sait bien qu’il faudra commencer un jour à récurer. Le tout c’est d’avoir le courage de commencer. Il faut donc l’occasion. Un printemps par exemple, après l’engourdissement de l’hiver. Traditionnellement le Carême est une période de préparation au baptême –  période de catéchuménat – par laquelle passent les futurs nouveaux chrétiens. Ils seront baptisés la nuit de Pâques. Vous aurez repéré dans les lectures d’aujourd’hui toutes les allusions aux baptêmes et aux vertus de l’eau. Comment nettoyer sans eau ? La montée vers Pâques, et la préparation des catéchumènes est l’occasion qui s’offre pour nous encourager à nous y mettre, à commencer le nettoyage qui a trop souvent été reporté.

 

Vous savez toujours quand vous commencez un nettoyage ; vous pouvez difficilement prévoir quand il se terminera. Vous commencez dans un coin : il faut déplacer des meubles ou des objets, et vous découvrez tout ce qui s’est accumulé pendant des mois, parfois des années, dans les armoires, sur les armoires, derrières les armoires. Il y a ce qu’on a repoussé dans un coin, parce qu’on ne voulait plus le voir. La poussière et toiles d’araignées s’y sont accumulés d’autant plus vite qu’on ne voulait plus voir ce qui avait été évacué dans le coin. Et plus il y faisait sombre, plus on avait tendance à y repousser d’autres encombrants.

Quand enfin on y remet son nez, des souvenirs reviennent. A chaque objet qu’on reprend en main, la question se pose : « Je garde ou je jette ? J’élimine ou bien je remets en état et je réutilise ? » Et puis ce qu’on a retrouvé, il faut lui trouver une place, on passe donc d’un coin à l’autre, et ayant commencé dans un réduit de l’appartement, on passe finalement d’une pièce à l’autre, d’un étage à l’autre. On sait où et quand on a commencé, on sait difficilement où et quand on terminera le grand nettoyage.

Ainsi en est-il dans le Carême, avec le nettoyage intérieur. Il faut du temps. Si l’on profite réellement de l’occasion pour remettre à neuf un coin de ma vie où poussières et toiles d’araignée s’accumulent, il faudra un certain temps. Bien sûr on peut toujours faire illusion : laisser l’armoire fermée et se contenter d’un vague passage d’une loque humide (une loque à reloqueter) sur les surfaces. S’il y a quarante jours, c’est pour un nettoyage en profondeur : prendre le temps d’ouvrir les armoires de ma vie, de faire le tri pour évacuer ce qui est encombrant, recoller ce qui est cassé, redonner vie et éclat à des trésors oubliés.

 

Quand on a terminé un nettoyage, on a mal aux muscles … souvent on n’a pas compté les heures de la journée : le temps est passé si vite. Mais il y a une grande satisfaction. Il y a la fierté de l’entreprise commencée et menée à bien – la fierté du passé. Il y a surtout la joie de se sentir mieux pour aborder l’avenir : on se sent mieux dans ses meubles, parce que plus propre, plus lumineux, renouvelé : des objets, des souvenirs, des meubles sont mieux mis en évidence. On se dit même : que n’ai-je pas pensé plus tôt à mettre tel fauteuil à tel endroit ? à accrocher tel cadre sur tel mur ?

Tel est l’objectif du Carême : expérimenter la satisfaction et la joie d’une vie renouvelée. Que n’ai-je pensé plus tôt à mieux vivre ces relations ? Pâques est la fête de la résurrection, pas seulement celle de Jésus Christ il y a près de 2000 ans, mais aussi la nôtre. Profiterons-nous – profitons-nous – de ces 40 jours (46 jours avec les dimanches), pour entreprendre un nettoyage intérieur ?

Je vous invite à commencer par un coin, poussiéreux de votre vie ! Cela en vaut la peine … vous verrez où le Seigneur vous mènera, quelle vitalité il souhaite pour vous.