Homélie du 1er dimanche de Carême par Laurent Capart SJ

1 careme tentations 1Homélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 14 février.

La première lecture, extraite du livre du Deutéronome, peut nous aider à vivre le carême comme un temps de mémoire et d’action de grâce. Moïse y prescrit de faire mémoire de son histoire personnelle : « Mon père était un Araméen nomade. » Très vite, cette histoire devient communautaire. Le peuple a eu besoin d’aller en Égypte, il y a prospéré, puis y a été traité durement et s’est mis en route vers la terre promise.

Au moment où Moïse parle, il a des prémices à offrir et donc la situation du peuple est bonne. Il est cependant bon qu’il fasse mémoire des différentes étapes et rende grâce. Ce terme « rendre grâce » indique bien que c’est Dieu qui a fait grâce, c’est-à-dire don gratuit, le premier, et que nous pouvons, comme à l’offertoire lors de chaque eucharistie, choisir d’offrir à Dieu ce que nous avons reçu gratuitement de lui. Mais que retenir particulièrement quand nous faisons mémoire de notre histoire, et de quoi rendre grâce ? L’Évangile nous livre des indications précieuses.

Tout d’abord, nous pouvons faire mémoire de la vie que nous continuons à recevoir chaque fois que nous nous nourrissons. Mais comme dit Jésus, « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. » Dans l’Évangile selon Saint Mathieu, il ajoute : « mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » La parole, il en est question dans la lettre de Saint Paul aux Romains : « Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. » Cette Parole de Dieu nous surprend parfois, parce qu’elle nous rejoint parfois dans des conditions difficiles, mais nous pouvons toujours la scruter pour y découvrir que Dieu nous dit toujours la même chose : « Je t’aime bien, tu sais. » Nous pouvons donc rendre grâce pour la vie et pour la Parole.

Nous pouvons également faire mémoire de la capacité que nous avons de nous engager fortement dans ce que nous vivons, ce qui est le contraire de papillonner. Cette capacité d’adoration, elle n’est chemin de bonheur que quand c’est Dieu qu’on adore. Si nous nous l’exerçons en vue de devenir riches ou puissants, nous suivons des fausses pistes. « On adore que Dieu. » Cette expression indique bien que lui seul est absolu. Nous pouvons faire mémoire des moments où Dieu a été central pour nous et en rendre grâce.

Si nous avons pu faire mémoire de moments où la Parole de Dieu nous a touchés et du bonheur d’adorer Dieu en le mettant au centre de notre vie, nous comprenons pourquoi Jésus répond au diable : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »  Nous avons en effet la capacité de vivre en confiance l’aujourd’hui de Dieu en rendant grâce pour sa présence aimante dont nous faisons mémoire plutôt que de le mettre à l’épreuve pour nous assurer qu’il n’a pas changé. En outre, mettre Dieu à l’épreuve est une manière de l’utiliser pour finalement périr. Si Jésus était entré dans le jeu du diable, il se serait finalement écrasé après avoir fait sensation de manière très fugace. Dieu sait mieux que nous ce qui est bon pour nous.

Pendant ce carême, entraînons-nous à faire ce qui est bon en tout temps : faire confiance à Dieu en faisant mémoire avec reconnaissance et gratitude des événements où nous avons pu expérimenter le bonheur de vivre en fonction de lui et de sa Parole toujours actuelle : « Je t’aime bien, tu sais. »