Homélie du 20ème dimanche ordinaire par Laurent Capart SJ

20 dimanche ordinaire b je suis le pain de vieHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 16 août.

Le texte d’évangile que nous venons d’entendre est difficile à comprendre, et c’était déjà le cas du temps de Jésus : "Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger?" 

Notre situation est un peu celles de personnes arrivées depuis peu dans un village de montagne. Elles ont l’habitude de marcher sur les chemins, mais quand un alpiniste expérimenté leur explique qu’avec le matériel adéquat elles pourront escalader des parois abruptes, elles trouvent le propos très étrange. Ces paroles ne correspondent pas avec leur expérience, mais peuvent cependant être très utiles et leur apporter beaucoup de joie. Une des manières de refuser de croire est de dire que cela ne peut pas être vrai parce que ce discours ne peut aider ni ceux qui habitent le long de la mer, qui eux peuvent par contre découvrir des sports nautiques, ni les citadins, qui eux peuvent cependant visiter des musées. Remarquons en effet que le Christ ne dit pas : « ceux qui ne mangent pas la chair du Fils de l’homme, et ne boivent pas son sang, n’ont pas la vie en eux. », mais «  si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. » Jésus parle ici pour ceux qui sont en sa présence, et il serait dommage qu’ils refusent de l’écouter en utilisant le prétexte que certains sont dans des cultures où ils n’ont pas entendu parler de Jésus.

Difficiles à comprendre, les propos de Jésus nous aident cependant à comprendre quel type de relation il invite ses disciples à vivre avec lui. Ils peuvent en outre nous éclairer sur nos relations avec les autres. Le premier type de relations dont nous faisons l’expérience est celle du « face à face » ou du « côte à côte ». Dans les deux cas, les interlocuteurs restent bien séparés les uns des autres, et leur rencontre cesse quand ils ne sont plus en physiquement en présence les uns des autres. Un autre mode de relation est celui de l’amour fusionnel, mais le mot « amour » est en fait inadapté dans ce cas. En effet, dans ce type de relation, tous sont fusionnés dans une sorte de magma où les personnes ne sont plus distinctes les unes des autres : il est alors, par exemple, impossible de dire « Je t’aime » parce que cela nécessite un « tu » auquel le « je » d’adresse.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » La relation que Jésus invite à vivre avec Lui demeure, ce qui signifie notamment qu’elle ne s’arrête pas quand Jésus n’est plus présent. Elle n’est pas non plus fusionnelle puisque que le « moi » et le « lui » existent bien tous les deux.  Il s’agit bien d’une invitation que l’on peut choisir d’accepter en mangeant la chair du Christ et en buvant son sang. La référence à la nourriture et à la boisson est également éclairante parce que la nourriture transforme celui qu’elle nourrit, mais est aussi transformée par lui. Laisser demeurer le Christ en moi me nourrit, mais le Christ veut aussi être transformé par ma présence amoureuse en lui. En outre, la nourriture et la boisson nécessaires et appréciées ne sont pas les mêmes tout au long de la vie, et chaque nouveau repas peut être une fête. Laissons donc le Christ nous instruire de la relation profonde qu’il veut vivre avec chacune et chacun de nous, et si nous ne comprenons pas tout, ce n’est pas grave. Notre expérience, très quotidienne et terre-à-terre, n’est-elle pas en  effet que nous pouvons respirer sans connaître en détails le fonctionnement de notre système respiratoire ?