Homélie du 19ème dimanche du temps ordinaire (par Louis Piront)

Les trois lectures de ce jour vont dans le même sens :

Il faut abandonner l’idée que Dieu se manifeste dans la puissance :

L’ouragan, le tremblement de terre, le feu…

ELIE doit se convertir à un Dieu qui est tout autre que celui qu’il a provoqué, face à Jézabel (femme du roi Achaz) et aux prêtres de Baal.

Jézabel avait introduit 400 prêtres de Baal et la paganisation progressait de jour en jour.  Elie allait devoir montrer à tout le peuple que le Dieu de l’Alliance était le plus fort : que  son Dieu avait le pouvoir de donner ou de retenir la pluie.

Les prêtres de Baal et Elie doivent s’affronter lors de l’offrande du sacrifice : c’est le Dieu d’Israël qui embrase le bûcher du sacrifice. Les prêtres de Baal sont battus. Alors, Elie continue sur sa lancée en faisant massacrer les 400 prêtres de Baal !!

Evidemment, après une telle manifestation de violence,  Elie doit s’enfuir devant la colère de Jézabel.  Il part dans le désert et là il est dégoûté de la vie et se tourne vers Dieu pour l’appeler à son secours … Il commence à se rendre compte qu’il a exigé des prodiges de la part de Dieu … Au mont Horeb, il va apprendre à se convertir à un Dieu dont la puissance est faite de douceur, un Dieu qui ne crie pas, qui ne tue pas, qui ne brise pas le roseau froissé, qui n’éteint pas la mèche qui fume encore.

Il faudra 40 jours et 40 nuits de marche dans le désert, accompagné par un ange de Dieu qui le nourrit et l’abreuve,  (voyez cette peinture de Fisen, au fond de la chapelle de St Martin, qui représente cette scène) pour découvrir, en arrivant au Mont Horeb, qu’il s’est lui-même trompé de Dieu : comme ses adversaires, il avait imaginé un Dieu de puissance, à l’image de ses propres ambitions.

Il va comprendre que Dieu n’est, ni dans l’ouragan, ni dans le feu, ni dans le tremblement de terre, mais bien dans le murmure d’une brise légère.

Il va comprendre que la peur ne peut pas convertir le cœur de l’homme : Dieu travaille tout en douceur le cœur de l’homme, pour qu’il réponde, en toute confiance et en toute liberté.    « … je mettrai ma loi au fond de leur cœur… ».

Chaque fois que le peuple de Dieu a succombé à la tentation de puissance, il s’est retrouvé dans une situation de fragilité qui lui a fait abandonner sa volonté de puissance pour s’en remettre avec foi et confiance au Dieu de l’Alliance, qui est un Dieu de bienveillance et de miséricorde.

St PAUL, lui, a dans son cœur une autre violence : une violence qu’il retourne contre lui-même : il voudrait être maudit, tellement il est triste que son peuple, le peuple de l’Alliance, n’a pas répondu à l’appel du Christ. Mais Paul sait bien qu’on ne convertit pas les gens par la violence. Par contre, il ne refusera pas

d’être victime de la violence de ceux qui le rejettent à cause de l’Evangile qu’il proclame.

L’EVANGILE de ce jour va mettre en scène un Jésus qui ne veut pas d’un pouvoir donné par les hommes en vue de dominer : après avoir nourri la foule, les esprits sont échauffés ! Les gens veulent faire de Jésus leur roi. Jésus réagit en obligeant les disciples à passer sur l’autre rive.

Passer sur l’autre rive, c’est refuser la tentation de puissance, en faisant l’expérience de la  fragilité, au milieu du lac, en étant livrés à la tempête et aux vents contraires. (« ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse »)

Et ce n’est qu’à la fin de la nuit que Jésus les rejoint pour les rassurer : de nouveau, le Dieu d’Israël, à travers Jésus, se manifeste dans le calme après la tempête.

Pourtant, Pierre est encore tenté par l’extraordinaire : il veut que Jésus le fasse marcher sur l’eau. Et Pierre va être confronté à sa fragilité : on ne peut rejoindre Dieu par sa propre force : c’est Dieu qui vient rejoindre les siens sur la barque. C’est Jésus qui ramène aussi Pierre sur la barque avec les autres. Et tous reconnaissent la présence de Dieu dans « cette brise légère » qu’est le calme après la tempête … C’est pratiquement lorsque le jour se lève que le calme se rétablit, parce que Jésus est là.

Désormais, chaque matin rappellera ce matin de Pâques où Jésus a marché définitivement sur l’eau, c’est-à-dire  sur les forces du mal.

Jésus n’est pas un fantôme qui apparaît tout à coup : il est cette présence continue qui rassure, qui libère l’homme de sa peur et l’accompagne pour passer à l’autre rive, là où Dieu peut vraiment se manifester, parce que l’homme a cessé de projeter sur lui ses propres rêves de puissance.