Homélie du 18ème dimanche ordinaire par Laurent Capart SJ

18 dimanche ordinaire b je suis le pain de la vieHomélie rédigée et prononcée par Laurent Capart, le 2 août.

Nous avons entendu dimanche dernier comment Jésus avait nourri la foule en prenant le pain, en rendant grâce et en le distribuant. Aujourd’hui, nous voyons la foule rechercher Jésus, puis, l’ayant trouvé, l’interrogeant. Jésus leur dit alors qu’ils le recherchent parce qu’ils ont été rassasiés, parce qu’il a rempli leurs ventres. Il les invite à aller plus loin en travaillant « pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. » Il s’agit donc de travailler et pas seulement d’être nourri, et d’avoir en vue la vie éternelle et pas seulement la satisfaction de ses besoins matériels.

                Les interlocuteurs de Jésus lui demandent alors un signe, mais l’évangéliste a déjà noté en début de récit que cela ne les aidait pas à « travailler aux œuvres de Dieu » : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. »  De l’épisode de la manne, ils n’ont retenu que l’aspect matériel, mais la première lecture, dans le livre de l’Exode, peut nous aider à mieux comprendre comment Jésus vient donner le pain de Dieu « qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

                Dans le désert la communauté des fils d’Israël récrimine en effet contre Moïse et Aaron : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! » Ils se souviennent des marmites de viande et du pain, mais pas de la servitude qu’ils subissaient. Ils semblent aussi oublier comment Dieu a commencé à les libérer en les faisant sortir d’Égypte et échapper à leurs poursuivants. Ils en sont venus à regretter le temps où ils étaient en train de mourir comme esclaves, mais le ventre plein. Le chemin de libération, à travers le désert, n’est pas facile. Le Seigneur répond alors favorablement à leurs récriminations et promet d’envoyer de la viande au coucher du soleil et du pain à satiété le lendemain. « Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp. » Rien de plus n’est précisé : ils savent comment se nourrir avec les cailles. 

                Le lendemain matin la manière dont Dieu les nourrit et accomplit sa promesse est différente. Du pain leur a été promis, mais c’est « une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre » qu’ils trouvent sur le sol. « Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » ( ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?), car ils ne savaient pas ce que c’était. » Et bien plus tard, du temps de Jésus, et encore de nos jours, on ne parle pas du pain, mais de la manne. En effet, en complément des cailles qui apaisent leur faim de nourriture, ils ont besoin d’être rassasiés de manne, de « Qu’est-ce que c’est ? ». Tel est bien le cheminement des petits enfants. Ils commencent par ne boire que du lait, puis s’habituent à se nourrir avec d’autres aliments liquides, puis solides, mais tous leurs besoins ne sont pas satisfaits pour autant. Un jour vient où ils se mettent à poser beaucoup de questions : « Pourquoi voit-on le soleil le jour et la lune la nuit ? » « Comment les fleurs apparaissent-elles au printemps ? », etc. Les parents et autres adultes sont alors amenés à être très humbles parce qu’ils ne connaissent pas nécessairement toutes les réponses… Mais en procédant ainsi, les enfants montrent clairement qu’il ne leur suffit pas de recevoir de la nourriture pour vivre. Toutes ces questions, ils les posent pour s’insérer dans le monde et y agir, qu’ils en soient conscients ou non. Il s’agit bien de recevoir pleinement la vie en s’y engageant activement.

                Tel est bien le désir de Jésus : nous donner la vie et nous nourrir de « Qu’est-ce que c’est ? ». Qu’est-ce que c’est la fraternité humaine ? Qu’est-ce que c’est le rapport entre la justice et la paix ? Qu’est-ce que c’est le fait d’être tous ensemble enfants du même Père que Jésus vient nous révéler et qu’est cela implique dans notre vie de tous les jours et quand des réfugiés sont à nos portes ?  Cette nourriture pour laquelle Jésus nous invite à travailler « demeure jusque dans la vie éternelle. » Il est intéressant de noter qu’elle n’est pas promise dans la vie éternelle, mais donnée ici et maintenant, mais en même temps Jésus dit qu’elle demeure dans la vie éternelle où elle nous aide donc à entrer. Jésus, sans être insensible à nos besoins matériels, vient nous donner la vie en plénitude, notamment en nous révélant de quel amour nous sommes aimés et comment aimer pour accueillir la vie en plénitude.