Homélie du 17ème dimanche ordinaire par Louis Piront

17 dimanche ordinaire b multiplication des pains 3Homélie rédigée et prononcée par Louis Piront, le 26 juillet.

Il est important de planter le décor dans lequel le récit se déroule :

Dimanche dernier, nous lisions St Marc qui racontait comment la foule avait rattrapé Jésus de l’autre côté du lac et comment aussi Jésus les instruisit longtemps.

Et aujourd’hui, Nous sommes invités à écouter l’évangile de Jean  pendant 5 dimanches pour le récit de la multiplication des pains et le discours sur le pain de vie.

1.     Nous sommes au printemps : l’herbe est encore verte et abondante : cela fait penser évidemment au Bon Berger qui conduit son troupeau là où il y a de l’herbe fraîche et abondante.

2.     Jésus gagne la montagne : le lieu symbolique où Dieu est présent et se manifeste.

3.     C’est un peu avant la Pâque juive : ce qui veut dire que ce qui va se passer a un lien avec le rappel de l’exode d’Egypte : les gens ont fait le déplacement pour rejoindre Jésus sur l’autre rive : la foi est une démarche qui suppose un déplacement par rapport aux habitudes de notre vie.   Il s’agit de croire en autre chose que les rêves que les gens ont projetés sur Jésus : Jésus ne vient pas pour satisfaire les ambitions de ses concitoyens par rapport au Messie qu’ils attendent.

Jésus vient rassasier autre chose que le corps : il vient rassasier le cœur de l’homme de façon surabondante … N’oublions pas le premier signe que Jésus avait accompli à Cana où il nous annonce qu’il vient étancher notre soif avec un vin supérieur à celui que nous attendons.

4.     Il n’y a pas de multiplication sans partage : dans la première  lecture, comme dans l’évangile, il y a un partage, minime, faut-il le dire : d’un côté, 20 galettes d’orge et du grain frais dans un sac (= ce sont les prémices offertes au prophète) : pour cent personnes, ce n’est rien du tout … De l’autre côté, dans l’évangile, 5 pains d’orge et 2 poissons pour 5000 hommes. Maintenant, cela suffirait presque pour nourrir ceux qui viennent dans nos églises pour écouter la parole de Dieu. Les prédicateurs actuels ne sont sans doute plus à la hauteur pour attirer les foules !…

5.     Il y a aussi une vraie pauvreté des dons : le pain d’orge était le pain du pauvre : le « pain gris » (manger son pain gris avant son pain blanc)   Les gens qui apportent le peu qu’il y a  sont manifestement eux-mêmes pauvres (c’est souvent comme cela...)   Mais ce qui compte, c’est d’être conscient de sa pauvreté, de sa faim.  Il faut avoir un esprit de pauvre pour partager : seuls ceux qui ont goûté au pain gris peuvent comprendre ce que cela veut dire : avoir faim, avoir besoin … « C’est le partage du peu qui fait advenir le beaucoup.

6.     Ils mangèrent et il en resta, dit la première lecture.  On ramassa 12 corbeilles de restes, dit l’évangile …Mais cette surabondance est le signe que Dieu est présent avec la surabondance de son amour.   Jésus ne veut pas succomber à la tentation de la domination, il se retire sur la montagne pour communier à la fécondité de Dieu.   

7.     Bref ; Jamais, l’action de Dieu  ne se manifeste dans la puissance de l’homme, mais dans sa fragilité. C’est d’ailleurs un enfant qui apporte le pain et les 2 poissons : c’est lui qui est porteur d’avenir et de la fécondité de Dieu ;  à partir de la fragilité partagée, l’homme peut recevoir de Dieu la surabondance de ses dons.

Dieu ne nous remplace pas, ne se substitue pas à nous. Il nous a confié la tâche de faire croître et multiplier ses propres dons qui deviennent ainsi les dons des hommes. L'homme reconnaît ainsi ses limites humaines en même temps que la grandeur de cette « collaboration » de son travail uni à l'œuvre de Dieu.
Il faut des saint Vincent de Paul ou des Frédéric Ozanam, des abbé Pierre et des Mère Teresa, les –« restos du cœur » et « Médecins sans frontières », des O.N.G… Au lieu d'accuser Dieu de laisser tant d’hommes mourir de faim, demandons-lui de mettre au cœur des hommes cette générosité qui les fait participer au grand commandement de Dieu. Pain rompu pour un monde nouveau...