Homélie du 17ème dimanche du temps ordinaire (par André de L'Arbre SJ)

Chers Frères et Sœurs,

Jésus parle beaucoup, comme vous le savez, en paraboles et en images. Les images sont suggestives et permettent d’accéder à des univers plus larges que des raisonnements nécessairement plus limités. 

L’image du trésor est de cet ordre. Ce mot nous invite d’emblée à imaginer toutes sortes de merveilles. Nous avons tous le « l’île au trésor » ou « le trésor de Rackham le Rouge », ou encore l’histoire de « la caverne d’Ali Baba et des 40 voleurs » où Ali Baba est le seul à connaître l’expression magique qui donne accès au trésor : « Sésame, ouvre-toi ».

Du temps de Jésus, il n’y avait pas de banques et lorsqu’on avait beaucoup d’argent on l’enterrait en secret dans un champ ou dans son jardin. Pour que la cachette reste bien secrète, on n’en parlait à personne. Il arrivait qu’on meure avec son secret et que les héritiers soient très déçus. 

Nous voyons dans l’évangile d’aujourd’hui qu’un homme a trouvé un trésor dans un champ. Il l’enterre à nouveau et n’en parle à personne. Fou de joie, il va vendre tout ce qu’il possède pour pouvoir acheter le champ en question. Dans la première parabole, le trésor lui tombe du ciel, tandis que pour les perles le marchand est à leur recherche. C’est un peu comme au Loto. Il cherche à gagner. Il n’y a pas longtemps, il y a un heureux gagnant qui a empoché plus de 67 millions d’euros à la loterie nationale. Là aussi, il vaut mieux être très discret et n’en parler à personne.

Quel est le trésor dont parle Jésus ? Jésus connaît le vrai trésor, il connaît le vrai bonheur, qui consiste dans la joie durable de notre union à Dieu. Une fois qu’on a expérimenté l’amour de Dieu, on ressent une telle joie et une telle liberté qu’on est prêt à tout lâcher avec une très grande facilité. 

N’est-ce pas ce que l’on ressent aussi au moment de s’engager dans le mariage ? On quitte tout pour s’attacher à son conjoint avec énormément de joie et un sentiment de grande liberté. 

Nous pouvons nous rappeler aussi cette scène de François d’Assise qui quitte tout : ses parents, le commerce florissant de son père et même ses vêtements. C’est tout nu qu’il se réfugie dans les bras de l’évêque et qu’il suit l’appel de Jésus.

La parabole du filet nous rappelle que notre joie et le don de nous-mêmes dans le mariage ou dans la vie consacrée n’est pas toujours aussi facile et aussi libre qu’au début. On ne renonce pas à ses sécurités, à son égoïsme, à ses paresses une fois pour toutes. Il y a des retours sur soi-même. Il y a des replis et des marches-arrière. Jésus nous rappelle que la conversion est constamment à reprendre. Il faut constamment se détacher de soi pour s’attacher davantage au Seigneur. Au lieu de se regarder soi-même, il s’agit de contempler Jésus et se laisser séduire par son regard, par son sourire, par sa bonté et son amour. Comme dans toute relation amoureuse, il faut entretenir ce lien d’affection et de tendresse sinon petit à petit il s’étiole, il s’affaiblit, il se perd.

Oui, nous avons découvert le trésor. Nous avons expérimenté la tendresse et la bonté du Seigneur, mais nous l’oublions facilement. L’eucharistie est le mémorial. Elle est là pour nous rappeler le trésor, le fabuleux trésor de l’amour fou de Dieu à notre égard. L’eucharistie est le remède à l’oubli, à l’amnésie, à l’Alzheimer de nos âmes. L’eucharistie nous garde éveillés, heureux et libres.