Homélie du 16ème dimanche du temps ordinaire (par Thierry Dobbelstein SJ)

Nous venons d’entendre une série de paraboles. Regardez comment la première parabole est actuelle : au lieu de voir le champ de nos existences qui porte déjà beaucoup de fruit, nos yeux sont aveuglés par la zizanie qui est présente ça et là. Regardez comment fonctionnent nos médias : l’espace qu’ils peuvent réserver à de mauvaises nouvelles, à un emportement dans la vie d’un homme ou d’une femme ! et masquer complètement le bien que cette personne a réalisé en des années d’existence. Mais si les médias fonctionnent ainsi c’est parce que nous fonctionnons ainsi !

Regardez, et c’est plus prosaïque, comment on parle du climat et du rendement agricole : pour un agriculteur, le temps n’est jamais comme il faut, du moins quand il s’exprime sur le sujet. Soit il faut trop chaud ou trop ensoleillé, soit il fait trop humide ou trop froid ! Mais si le rendement du froment sera moins bon, il oublie de souligner que cela donne une saison de fraises et de cerises exceptionnelle.

Dans nos vies personnelles c’est la même chose : il y a cette même intolérance ! Nous sommes prêts à nous révolter contre l’agresseur, le meurtrier, le fraudeur. Nous nous transformons en justicier ! « Il faut éliminer le fautif et le coupable ! » Mais comme nous sommes dans un état de droit, nous ne pouvons pas participer à l’imposition de sa peine ; nous devons nous contenter de participer au lynchage médiatique : tout le monde a un avis sur l’inculpé dont parle la Meuse.  

Il arrive que nous soyons nous-mêmes coupables et conscients de notre faute ; dans ce cas, nous risquons de sombrer dans une déprime profonde ! « Moi j’ai été capable de cela ! Moi je ne vaux plus rien ; c’est moi qui devrais être arraché à cette existence ».

Dans la parabole : « Veux-tu que nous allions enlever l’ivraie ? »

 

La réponse du semeur : « attendez le temps de la moisson, laissez pousser ensemble ! » Il y a un appel à la patience. Comme dans la première lecture, Dieu se caractérise par la patience. Ceux qui sont impatients, c’est nous ! Nous voulons toujours aller trop vite, faire place nette, éliminer ce qui est gênant. La sagesse de Dieu a le temps, elle prend le temps !

Dans cette patience, le Seigneur réagit au mal qu’est notre impatience, et au mal que provoquerait notre impatience. Je cite Dominique Collin, dans son livre ‘Mettre sa vie en parabole’ : « On voit bien que le semeur détruit à la racine – non l’ivraie – mais la violence qu’il aurait envie de faire subir à l’action de son ennemi ». Non pas répondre au mal par le mal ou par l’impatience qui produirait elle-même le mal.

Deux exemples pour montrer que ce n’est pas que théorie : 

1 - Tous les parents parmi nous savent qu’il en faut beaucoup de la patience, et de la tolérance avec les enfants. Et ces parents vivent cette patience assez naturellement, même si c’est difficile. Sans cette patience – pour imposer ce qu’ils penseraient être bien pour leurs enfants – ils finiraient par détruire leurs enfants.

2 - Jésus lui-même a vécu exactement le récit de cette parabole. Lorsqu’on lui amène la femme coupable d’adultère. Il se baisse, il attend,… il renvoie la balle « Que celui qui n’a jamais péché… », il ne condamne pas la personne – il n’est pas question de cautionner l’acte – et renvoie la personne, lui redonne la chance de vivre bien, de faire le bien.

 

Toutes les autres paraboles qui suivent, sont étonnamment optimistes : elles soulignent cette puissance de croissance, que ce soit dans la graine ou dans le levain.  « La vision de la vie – du semeur dans la parabole, et donc de Dieu – est bonne : elle voit les êtres et les choses dans leur croissance : elle voit partout la poussée irrésistible de la bonté. Ses serviteurs sont enfermés dans une logique du rendement, lui ne voit que la logique de la fécondité » (c’est à nouveau une citation de Dominique Collin).

Pour ma part, l’Evangile et l’image de l’arbre font résonner en moi le film « Des hommes et des dieux », film qui retrace le discernement des moines trappistes de Tibhirine : « Faut-il rester en Algérie, à la campagne, alors que la guerre civile fait rage ? » En visite dans une famille musulmane, les moines sont interrogés sur leur projet. Et l’un d’eux, tout penaud, répond : « Nous sommes comme des oiseaux sur la branche de l’arbre, à nous demander si nous ne devons pas nous envoler ». Et la femme de la famille, de derrière, dit avec force : « C’est nous les oiseaux, nous les Algériens ! vous êtes la branche sur laquelle nous reposons ». Pouvait-il y avoir plus belle confirmation de leur vie de moine, eux qui se mettaient à douter du sens de leur vie et de leur vocation ! C’est la même émotion quand des fiancés remercient leurs parents, le jour de leur mariage, et expriment plus ou moins clairement combien la famille a été cet arbre dans lequel ils ont trouvé refuge et grandi, et qu’à présent ils sont prêts à s’envoler.

 

Saurons-nous repérer dans votre vie personnelle les exemples de vie, de croissance ? Saurons-nous repérer autour de nous – dans la vie de notre cité ardente – les exemples de croissance, avant de mettre le doigt sur ce qui n’est pas encore parfait ? Saurons-nous repérer dans les journaux (mais c’est là que c’est le plus difficile car les journalistes ont des lentilles qui focalisent sur l’ivraie) les exemples de vie, de croissance plutôt que les faits divers ! Sachons repérer, sachons nous en émerveiller, sachons en parler autour de nous !